‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 192 sur 251 · Tort, lors · texte numérisé non relu

Tort, lors

DES DAMES

l’abbaye de Sainct-Victor vaccante, faisant allusion .1

d’un mot à l’autre, que je laisse imaginer au lecteur sans que j’en face plus ample explication.

Puis, la reyne d’Espagne nasquit, et après consécutivement ceste belle et illustre lignée que nous avons veu, et quasi aussitost née, aussitost perdue, par $• trop grand malheur : ce qui fut cause que le roy son mary l’en ayma davantage, encor qu’il l’aymast bien fort et de telle façon, que luy, qui estoit d’amoureuse complexion, et aymoit fort à faire l’amour et aller au change, il disoit souvent que, sur toutes les femmes du monde, il n’y avoit que la reyne sa femme en cela, et n'en sçavoit aucune qui la valût.

Il avoit raison de le dire, car c’estoit une princesse belle et très-aymable.

Elle estoit de fort belle et riche taille, de grande majesté, toutesfois fort douce quand il falloit, de belle appa rance, bonne grâce, le visage beau et agréable, la gorge très-belle et blanche et pleine, fort blanche aussi par le corps, et la charnure' belle, et son cuir net, ainsi que j’ay ouy dire à aucunes de ses dames, et ung enbonpoinct très-riche, la jambe et la grève’ très-belle, ainsi que j’ay ouy dire aussi à de ses dames, et qui prenoit grand plaisir à la bien chausser, et à en voir la chausse bien tirée et tandue; du reste, la plus belle main qui fut jamais veue, si crois-je. Les poètes jadis ont loué Aurore pour avoir de belles mains et de beaux doigts; mais je pense que la reyne l’eust effacée en tout cela; et si l’a tousjours gardée et maintenue telle jusques à sa mort.

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