L’arc, pour être détendu, ne guérit |>as la blessure
« n’est pas guérie la playe du loyal amour, dont elle « vivante me navra le cœur. »
En plusieurs lieux à Angiers on voit ep peinture ces arcs turquois et ces cordes rompues, et au dessoubs ces mots : Arco per lentare, et mesmes aux Cordelliers, en la chappelle Sainet-Bernardin qu’il a faict édifier : et prist ceste devise après la mort de sa femme, car de son vivant il en portoit un’ autre '.
Or, nostre revne, autour sa devise que je viens de dire, y avoit faict mettre des trophées de mirouers cassez, d’esvantailz et pennaches rompus, des carquans brisez et ses pierreries et perles espandues par terre, les chesnes toutes en pièces; le tout en signe de quitter toutes bombances mondaines puisque son mary estoit mort, duquel n’a jamais peu arrester le deuil. Et, sans la grâce de Dieu et sa constance dont il l’avoit douée, elle eust succumbé à ceste grande tristesse et ennuy : et aussi qu’elle voyoit que ses enfans fort jeunes et la France avoient grandement besoing d’elle, comme nous l’avons veu despuis par expérience; car, comme une Sémiramis, ou un’ autre A tafia, elle entreprist, sauva, et garantist et préserva sesdits enfans et leur règne de plusieurs entreprises qui leur estoient préparées en leur bas aage, avec telle prudence et industrie, que tout le monde la trouva admirable. Et aiant la régence de ce royaume après la mort du roy François son fils, pendant la minorité de nos roys, par l’ordonnance des estatz d’Orléans, s’en fit bien accroire sur le roy de Navarre, qui, comme prince premier du sang, vouloit
1 . Ce passage sue René est tiré de Bourdigné, part. lit, ch. xvi.
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estre régent en sa place et gouverner tout; mais elle gaigna si bien et si dextrement lesdicts estats, que, si ledict roy de Navarre eust passé plus outre, elle le faisoit déclarer attaincl île crime de lèze-majesté. Et possible l’eust-elle faict sans madame de Montpensier, qui la gouvernoit fort, pour les menées qu’on disoit avoir faict faire à M. le prince de Condé sur l’Estat; si bien que ce fut audict roy de se contenter d’estre soubz elle; et voilà un des subtils et. habiles traicts qu’elle fit pour son commencement.
Puis amprès, elle sceut entretenir son grade et auctorité si impérieusement, que nul n’y Qsoil contredire, tant grand et remueur fust-il, jusques au bout de trois mois amprès, que la cour cstoit à Fontainebleau, ledict roy de Navarre, voulant ressentir son cœur, prit mescontentement sur ce que M. de Guyse se faisoit porter les clcfz du logis du roy tous les soirs, et les gardoit toutes les nuictz en sa chambre comme grand-maistre, car c’est l’une de ses charges, et nul n’osoit sortir hors sans luy’ : ce qui faschoit fort au roy de Navarre, les voulant garder; mais, en estant refusé, se despita et mutina de telle façon, que, pour un matin vint prendre congé du roy et de la reyne pour s’en aller hors de la court, et emmenoit avecq luy tous les princes du sang qu’il avoit gaignez avec M. le eonnestable et ses enfans et nepveuz. La reyne, qui ne s’attendoit nullement à cela, fut fort estonnée du commencement, et s’estant essayée tout ce qu’elle avoit peu de rompre ce coup, et donné bonne espérance audict roy de Navarre
t . Sans luy, sans avoir recours à lui.
qu’en patientant il serait un jour contant; mais par belles parolles elle ne peut rien tant gaigner sur ledict roy qui ne se mist en son partement. Sur ce, ladicte reyne s’advise de ce point subtil : c’est qu’elle envoyé faire commandement à M. le conestable que, comme le principal, premier et plus vieux officier de la couronne, il eust à demeurer près du roy son maistre, ^nsi que son debvoir et sa charge luy commandoit, et n’eust à laisser le roy. M. le connestable, sage et advisé qu’il estoit, et fort zélé à son maistre, et curieux de sa grandeur et son honneur, ayant un peu songé en son debvoir et au commandement que on lui avoit faict, le va trouver et se présenter à luy, prest de faire sa charge, son debvoir et estât , et ne bouger d’auprès de sa personne : ce qui estonna fort le roy de Navarre estant sur le point de monter à cheval, n’attendant que M. le conestable, qui lui alla remonstrer son commandement et sa charge, et lui persuada de ne bouger lui-mesme et ne partir; autrement, qu’il s’en pouvoit aller sans lui, ne le pouvant suivre, pour son honneur et debvoir : si bien qu’il alla trouver le roy et la reyne à la suscitation de mondict sieur le conestable; et, aians conférez ensemble avec Leurs Majestez, le voyage du roy navarrois fut rompu, et ses muletz envoiez quérir et contremandez, qui estoient desjà arrivez à Melun. Et le tout s’apaisa, au contentement dudict roy de Navarre : non que M. de Guise en diminuast rien de sa charge, ny en desmordist rien de son honneur, car il garda tousjours sa préhéminence et ce qui lui appartenoit, sans s’estonner de rien, encor qu’il n’y fust le plus fort, estant l’homme du monde en ces
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choses-là qui s’estonnoit le moins, mais qui sçavoit » très-bien braver et tenir son rang, et garder ce qu’il avoit. Il ne faut doubter, ainsi que tout le monde le tenoit, que si ladicte reyne ne se fust ad visée de ceste ruse à l’endroit de M. le conestable, que toute ceste troupe ne fust allée à Paris remuer; chose qui n’eust guières valu : en quoy il faut donner grand los à ladicte reyne de ce traict. Je le sçay, j’^estois » et qu’aucuns tenoient alors que ce n’estoit de son invention, mais du cardinal de Tournon, sage et advisé prélat; mais c’est menteric, car, tout vieil routier de prudence et conseil qu’il estoit, ma foy, ladicte reyne en sçavoit plus que lui, ny que tout le conseil du roy ensemble; car, bien souvent, quand il estoit en delfaut, elle le relevoil et le mettoit à la trace et aux voyes, ainsi que j’en alléguerais plusieurs exemples; mais ce sera assez que je dise cettuy-cy, qui est frais, qu’elle-mesme me fist cest honneur de discourir. Il est tel : , .
Quand elle vint en Guienne et à Cognac dernièrement 1 , pour accorder les princes de la relligion et de la ligue et mettre le royaume en paix , qu’elle ‘ voyoit s’aller ruiner par telles divisions, elle s’advisa, pour traicter ceste paix, de faire publier une trefve premièrement, de laquelle le roy de Navarre et le prince de Condé lurent très-mal contens etamutinez; d’autant, disoient-ils, que ceste publication leur portoit un très grand préjudice à cause de leurs estrangers, qui l'ayant entendue, se pourraient refroidir de leur voyage, ou le retarder, croyans que ladicte