‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 20 sur 251 · Naze, nez · texte numérisé non relu

Naze, nez

ESPAIGNOLLES.

sant mention de luy 1 : et, ne pouvant, se campa devant, faisant quelque forme de forcer la tranchée de l’ennemy, ce qu’il ne fit. Cependant qu’il demeura là campé devant l’ennemy, estant en soucy de prendre langue de l’ennemy, duquel il n’en avoit aucune, il fut fait cas audit Prospero qu’il y avoit là parmy les bandes espaignolles un soldat espaignol qui s’appelloit Lobo*, qui estoit le meilleur ingambe et le plus grand courreur qu’on st^tust voir; car, ayant un mouton sur ses espaulles, il eust couru contre le meilleur courreur quiconque fust, sans aucune charge. Cela pleust audit Prospero; et, pour ce, l’ayant envoyé quérir, luy déclaire le service qu’il désiroit tirer de luy pour le service de l’empereur, et qu’il falloit qu’il essayast avec ses bonnes jambes sçavoir ce que l’ennemy faisoit. Soudain Lobo luy promit qu’il fairoit merveilles, et pour ce prist avec luy un sien compaignon d’armes, gentil soldat espaignol, bien ingambe aussi comme luy, et surtout fort adextre et prompt à charger son harquebuz et à tirer un’arquebusade. Ledit Lobo va près du camp de l’ennemy, de nuict, et là rencontre en sentinelle perdue un grand et démesuré advanturier françois, qui avoit demandé : Qui va là ? Lobo soudain à luy, et le saisit, et le charge sur ses espaulles comme un mouton, et soudain reprend sa routte vers son camp, et s’y retire avec l’excorte de son compaignon, qui tira trois fois [si bien] qu’il arrive seurement avec sa

Page 1