‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 21 sur 251 · Voyez tome I, p · texte numérisé non relu

Voyez tome I, p

2. Non pas Lobo, mais Lupon, suivant Vallès (P** 60 v° et 61), d'où Brantôme a tiré son récit.

RODOMONTADES

cliarge au sieur Prospéra, qui, le voyant arriver, se mit à rire, et tous les capitaines, d’un tel exploit, bien admirable certes. Et ayant interrogé l’adventurier, prist telle langue et advis qu’il peut de luv; après le renvoya à son camp sans luy mal faire, et fit bien récompenser Lobo et son compaignon. Yoylù une belle force d’homme et une belle dextérité, et de son compaignon et tout. Ceste rodomontade vaut bien autant qu^ les autres de parolles. Voylà de terribles forces ! J aymerois autant ouyr parler des forces d’Hercules , ou bien du rynocéros de l’amphitéâtre , de Martial, qui se jouoit d’un taureau comme d’une pellolte, et qui le jettoit aussi haut, ainsi que le portent les vers :

Quantus erat cornu cui pila taurus erat ' .

Un autre, ayant querelle contre un autre, alloit disant partout : Conoceis un tal , o es su amigo ? Ruega üius por el, porque tiene pendencias conmigo. « Connoissez-vous un tel, ou est-il votre amy ? Priez Dieu pour luy, car il a querelle avec moy. »

Comme l’autre qui disoit : Estas son mis misas que hazer acuchilladas , y matar hombres , y quebrar las rnuelas a una puta. « Ce sont mes messes, que de faire à coups d’espée et de tuer gens, et rompre les maschoires à une putain. » Ce dernier est une grande vaillance !

Lorsque l’empereur passa par France, il y eust un

t . Quelle force dans sa corne pour laquelle un taureau n’était qu’une balle! — Voyez Martial, liv. I, epig. XI de Khinocerote.

ESPAIGN0LLE9.

capitaine Espaignol avec luy, qui, voyant entrer un jour le chevallier d’Ambres l , bravasche autant ou plus comme luy, et avec cela très-vaillant, il vint demander à un autre : Sefior, este cavallcro es tan valiente cornes bravo ? « Ce cavailler est-il autant vaillant comme il fait du brave? » Et luy estant respondu qu’oy : Jura a Dios, dunque que se puede ygualar a mi. « Il se peut parangonner à moy. »

Ce chevailler d’Ambres, ayant entendu ceste parolle, vouloit fort s’aller esprouver contre luy, sans La défiance que le] roy avait fait de ne quereller aucun Espaignol. M. de Bussi a voit cela, que s’il fust venu à la court quelque brave nouveau, de le quereller et se battre contre luy.

Un autre soldat espaignol disoit : Yo harto tengo que hazer en consolar esta my espada , que no se quexe de mi y desespere, porque ha tantos dias que la ■hago holgar , y que no saca fruto de sus ennemigos. « J’ay beaucoup à faire de consoller mon espée qu’elle ne se plaigne de moy et ne se désespère de quoy je ne l’ay faite esbattre si longtemps, sans tirer quelque fruict de ses ennemis. » Voylà une bonne espée, et aussi bonne que de l’autre, qui disoit de la sienne en la tirant à demy : O espada , si supiesses kab/ar, dizierades quantos hombres matastes. o O espée , si vous sçaviez parler, vous diriez combien d’hommes vous avez tuez. »

Un autre que l’on louoit devant luy, il dist : No ay necessidad de contar my va/ores y virtudes, que todo el mundo las sabe. a II n’est point besoing de

i . Probablement François de Voisins, baron d’ Ambres.

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conter mes valeurs et vertuz, car tout le monde les sçait. »

Un autre qui contant ses vaillantises , disoit : En Scicilia he muerfo dos salteadores , in Sardigna très, in Napoles dos, y très en bombardia ; de mariera que, segun buena cuenta, son diez. Pues no los escrivi, mas pero acuerdome bien cf el/os, parque tengo excelenle memoria, de mariera que no se habla rfolro que de my virtud, de my gesto y hazanas, que me hazen terner de los ho mb res y amar de las muge res , de mariera que passeando por las cultes lodas tira van mi muchacho por la cappa, y enlendia ellas como por detras le pedian : « Quien es este cavallero tan brat’O, y dispues to, y hermoso? Es este don Juan de Mandozza ? No, res/rondia el muchacho, sino su hermano. » Y ellas respondian ; « Mira como se assen tan bien los cabellos y la barba. O quan va 1er os as son las que alcançan su arnor ! » Y entrambas rogavan mi muchacho que tuniesse forma com' entrasse en sus casas : de tal suerle que las tengo importunas de me tanto rogar y amar, por que para complir sus ruegos, empedo mis negotios y mis guerras. a En Scicile j’ay tué deux volleurs ou brigands; en Sardaigne trois; au royaume de Naples deux, et trois en Lombardie; de mode que pour bon conte sont dix, non pas que je les aye pourtant escritz mais il m’en souvient bien, car j’ay une fort excellente mémoire; de sorte qu’il ne se parle d’autre chose en ceste ville, sinon de ma vertu, et de ma valeur et de mes faitz qui me font craindre des hommes et aymer des femmes ; si bien que passant par les rues tirent mon page par la cape, et luy demandent : « Qui est-ce ce brave, beau

ESPAIGNOLLES.

« et gentil chevallier? Est-ce point dom Joan de « Mandozze? » ainsi que j’en tendois par derrière; et luy respondoit : a Non, c’est son parent. » Et elles respondoient : « Voyez comme il porte la barbe « bien faite, et les cheveux bien renversez. O que « celle-là est bien heureuse et valleureuse qui peut « avoir et acquérir son amour! » Et entr’ elles prioient mon page qu’il trouvast moyen de me mener en leur logis. Mais enfin je les treuve importunes de me prier et d’aymer tant; car pour accomplir leurs prières, il faut que je laisse mes affaires et mes factions de guerre. » Voylà un bel Adonis ! Et pensez qu’il estoit aussi laid qu’un beau diable.

J’aymerois autant un autre, lequel batoit son page ou laquais, et luy disoit : Di, vetlaco , quantas vezes te he jo marulado que no andes a coda passo publicando mj valor y porque, ojendolo las muge res no se pierdan por mj ; de suer le que soj mas impedido a moslrar a eltas la magni ficencia de mi anima, que no en lomar las ciudadesj malar ennemigos? « Dites, gallant, combien de fois vous ay-je deffandu que n’allissiez jamais publier ma valleur, comme vous faites, aflin que les femmes l’oyant ne se perdent pour mon amour, si bien que je suis plus empesché à leur monstrer la magnificence de mon cœur, que je ne suis à prendre des places et villes, et à tuer des ennemys. » Voilà un plaisant badin.

Feu M. d’Estrosse et moy, ainsi qu’une fois en Italie nous interrogions un soldat espaignol qui nous vint accoster, et luy demandions son nom, il nous dist qu’il s’appelloit dom Diego Leonys, porque havia in Berberia matailo très leones. « Parce qu’en Bar-

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barie, il avoit tué trois lyons. » Je vous assure qu’il ne s’en alla pas sans nous donner bien à rire, non seullement pour ce coup, mais pour beaucoup de temps après.

J’aymerois autant celluy qui se vantoit et disoit : qu'en las Indias ha via quebrado un braço a un éléphant e ; y aun osaria jurar , que si vuviesse ponido una mas de fuerça huviesse passade el braço al elephante por el cuero y por las entrannas y las vuviesse sacado por la boca. « Qu’il avoit d’un coup de poinct rompu un bras à un éléphant ; encor oseroitil jurer que s’il eust employé un peu plus de force, il eut passé le bras de l’éléphant par la peau et par ses entrailles , et les eust fait sortir par la bouche. » Voylà de grands coups.

Un jeune soldat espaignol estant interrogé comme, estant si jeune, il avoit déjà les moustaches de sa jeune barbe si grandes, il respondit : Estos bigotes fueron hechos a la fumada del canon, y por eslo crescen tan grandes y tan presto, « Ces moustaches sont été faites à la fumée du canon et par ce elles ont creu ainsi grandes. »

J’aymerois bien autant un capitaine espaignol, auquel estant demandé si sa compaignée estoit composée de vieux soldatz, il dist : Que si; por que hazia el los soldados nuevos luego viejos ; no con las pagas de muc/tos aiios, corne acostumbravan los otros capitanes, sino en muchas peleas y con tinuas escaramuças, con honrada y provechosa sua disciplina de guerra. # Parce qu’il faisoit les soldatz nouveaux aussitost vieux, non pas par les payes de plusieurs années, comme ont de coustume la pluspart des capitaines,

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mays par plusieurs combatz et continuelles escarmouches avec un’ fort honnorable et proflitable sienne discipline de guerre. »

Il avoit raison de dire cela ; car, coustumièrement, ce ne sont les longues années que l’on fait aux armées qui font les bons soldatz, mais les continuel/, combatz et ordinaires exercices des escarmouches et mènemens des mains. Dont je désespère' souvant, quand j’oy dire telz et telz sont aux armées, et mesmes aucuns grandz. Et qu’y font-ilz sinon aller voir le général au matin, et luy donner le bon jour, s’en aller au Cartier, jouer tout le long du jour, faire bonne chère, se donner du bon temps? Et telz y aura-il qui auront esté six ou sept fois en des voyages, qui n’auront tiré espée du costé : et eux arrivans à la court, ou à leur patrie et maisons, font la mine; et eux et leurs gens publieront qu’ilz ont fait mons et merveilles, et auront tué Mardy-Gras. Au diable s’ilz ont tué une mousche ! Voylà comment les longues fréquentations des guerres ne font pas les capitaines ny les bons soldatz, mais le continuel maniement des armes, et la continuelle recherche des combatz et des hasardz.

Feu M. le conte de Brissac se fit en un rien le plus grand capitaine que tant de vieillardz qu’il avoit aux armées, seullement parce qu’il ne fut jamais en repos, tant qu’il y fut, ains à toute heure et à tous momans et occasions ne faisoit que rechercher la guerre, les combatz et les rencontres et à toutes sortes d’hasardz; aussi se façonnant ainsi en un rien tout de

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