‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 201 sur 251 · Le 22 février · texte numérisé non relu

Le 22 février

DES DAMES

ils en avoient la volonté : ce qui eust grandement brouillé l’Estat et empesché le retour de Pologne au roy, car ils tendoient fort là (je le sçay bien pour avoir esté convié à la fricassée) ; qui est encores un des beaux traicts qu’aye faict la reyne. Et, au partir de Paris, les mena à Lyon au devant du roy, si dextrement et vigillamment qu’on ne les eust sceu juger prisonniers qui les eust veu, et aller en coche avec elle ; et toustesfois elle les remist entre les mains du roy qui, pour sa venue, pardonna tout.

En après, qui est-ce qui desbaucha encores Monsieur, frère du roy, de partir de Paris de belle nuict, sortir de la compaignie du roy son frère qui I’aymoyt tant, et se deffaire de son amitié, pour prendre les armes et brouiller toute la France? M. de La Noue sçait tout cela', et les menées qui s’en commençarent dès le siège de La Rochelle, et ce que je luy en dis. Ce ne fust donc pas la reyne mère; car, par un tel et si inopiné deslogement de son fils, elle en prist un tel regret de voir le frère bandé contre le frère et son roy, qu’elle jura qu’elle mourroit en la peine, ou elle les remettroit et rejoindroit comme devant; ce qu’elle fist ; car je luy vis dire à Blois, estant sur le parlement avec Monsieur, qu’elle ne supplioit rien tant Dieu que de luy envoier cette grâce de réunion , et après qu'il luy envoiast la mort , et qu’elle la recevroit du meilleur de son cœur; ou bien qu'elle se vouloit retirer en ses maisons de Monceaux et Chenouceaux, sans jamais se mesler plus des aflàires de France, voulant para-

•t. Voyez plus haut, p. 208.

CATHERINE DE MÉDIC1S.

chever le reste de ses jours en tranquillité. Et de faict, le vouloit faire ainsy; mais le roy la pria - de ne s’en oster, car luy et son royaume avoient grand besoing d’elle. Je m’asseure que si elle n’eust faict, ce coup, la paix, que c’estoit faict alors de la France; car il y avoit lors cinquante mille estrangiers, tant d’un costé que d’autre, qui eussent bien aydé à l’abbattre et ruvner.

Ce ne fut pas donc elle, ce coup, qui fit prendre les armes, non plus qu’aux premiers estats à Bloys, lesquelz ne vouloient qu’une seule relligion, et proposer d’abolir l’autre contraire à la leur; et par ce demandarent que si on ne la pouvoit abolir par le glaive spirituel, qu’il y falloit apporter le temporel.

Aucuns ont dict que la reyne les avoit gaignez; ce sont abus, car d’aucunes provinces il y en eut force qui apportarent des cayers qui ne faisoient rien pour elle. Je ne dis pas qu’elle ne les gaigna par après; ce qui fut un bon coup de partie et d’esprit; aussi que ce ne fusl pas elle qui demanda lesdicts estats : tant s’en fault, les réprouva du tout, d’autant qu’ils diminuoient fort l’authorité du roy et la sienne. Ce furent ceux de la relligion qui les avoient demandez, il y avoit longtemps, et voulurent nqmmémeot, et le requerirent par les articles de la paix dernière, qu’ils .

fussent appeliez et tenus; à quoy la reyne ÿ répugnoit fort, prévoyant des abus. Toutesfois, pour les contenter et qu’ils crioient tant après, ils les eurent à leur confusion et dommage, non à leur profict et contantement, comme ils pensoient; si bien qu’ils en prindrent les armes. Ce ne fut pas la reyne encor qui en fit le coup.

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Bref, ce ne fut pas elle aussi qui les fit prendre lorsqu’on prist Mont-de Marsan, La Fère en Picardie, et Cahors*. Je m’en rapporte à ce que dict le roy à M. de Miossans, qui l’estoit venu -trouver de la port du roy de Navarre, qui le rabroua fort, et luy dict ce pendant qu’on le paissoit de belles parolles, prenoit-on les armes et prenoit-on ses villes.

Voylà donc comment ceste reyne a esté motrice de toutes nos guerres et nos feux, lesquels, encores qu’elle ne les eust allumez, elle employoit tousjours ses peines et tous ses labeurs pour les estaindre, abhorrant de voir tant de noblesse et gens de bien mourir. Et sans cela et sa commisération, tels l’ont haye à mal mortel qui s’en fussent très-mal trouvez, et seroient maintenant en terre, et leur party ne fleuriroit tant qu’il faict : ce qu’il faut imputer à sa bonté, dont nous aurions maintenant grand besoing; car, ainsy que tout le monde le dict, et le pauvre peuple le crie : « nous n’avons plus de « reyne mère pour nous faire la paix. » Il ne tint pas à elle qu’elle ne se fist ’, lorsqu’elle vint en Guienne dernièrement pour en traicter à Cougnac, à Jarnac, avec le roy de Navarre et le prince de Condé. Je sçay ce que luy en vis dire les larmes aux yeux et les regrets au cœur, à quoy ces princes n’y vouloient condescendre; et possible ne verrions-nous les malheurs que nous avons aujourd’hui.

On l’a voulue accuser aussi d’avoir esté complice en la guerre de la ligue. Pourquoy donc eust-elle entrepris ceste paix que je viens de dire, si elle en fust •

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