‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 22 sur 251 · Je désespère, j’enrage · texte numérisé non relu

Je désespère, j’enrage

RODOMOTVTADES

mesmes façonna tant ses capitaines et soldatz que combien qu’ilz y fussent jeunes d’ans, ilz estoient vieux et d’expériances et de playes.

Mais comment me suis-je perdu en ceste digression, et m’esgare de mon premier thème de rodomontades? c’est tout un. Elle n’est point mauvaise, puisqu’il * est venu à propos : un’autre fois je l’eusse oubliée au bout de ma plume. Or, retournons à une plaisante et ridicule rodomontade d’un soldat espaignol, lequel se trouva au désarmer et au despouiller du roy François, à sa prise à Pavie; car il n’estoit pas filz de bon père, ou de bonne mère, qui n’en eust quelque lopin, les uns pour récompance d’honneur, et les autres pour celle du proflit. Or il advint que le bonheur tumba à ce soldat d’oster les espérons du roy ; dont il s’en sentit si gloriffié, que, partout où il alloit, il disoit : Senor, no aveys sentidoja mas nombrar y renombrar aquel que sacco las espuelas dorailas del rey Francesco en Pavia, quarulo fue prcso? Yo soy aquel. « Avez vous* ouy jamais nommer et renommer celluy qui osta les espérons dorez du roy François à sa prise de Pavie? C’est moy. »

C’est tout de mesmes d’un qui disoit : Grandes palabras dùco el rey don Hernandes a don Juan mi abuelo : « Saca mis botas. » « Grandes parolles dit le roy don Fernand à mon ayeul don Joan : Tirezmoi mes bottes. » Voylà de belles rodomontades, et

t. Il, cela.

2. Le manuscrit porte en cet endroit et encore ailleurs : avons pour avez-vous que donnent les anciennes éditions.

ESPAIGNOLLES.

fort ambitieuses! Laissons-les là et parlons-en d’autres.

Lorsque l’empereur Charles eut pris la Golletle, et qu’il fallut marcher parmy les sables chauds et estérilles 1 2 3 et avec grandes incommoditez vers Tunis, s’aparurent à l’audevant de luy, pour l’empescher, environ trente mille Mores, tant à cheval qu’à pied. Il y eut un jeune soldat espaignol qui, s’estonnant de voir tant de gens tout à un coup, commança à s’escrier : Jésus ! Y con lantos Moros haoemos (ta pelear ? Soudain un vieux soldat, marchant près de luy, luy remonstre : Cal/a, bisono ; a mas génie y Moros , mus ganancia y g/oria. « Et comment! avons-nous à combatre lant de Mores ! » L’autre dist : « Taisez-vous, bisogne’; tant plus nous avons à combatre de gens, tant plus y aurons de proffit, de butin et de gloyre. »

Un soldat, allant à la camisade que ce brave don Johan d’Austrie donna en Flandres au camp des Estatz, et en devisant avec ses compaignons, et marchant, il vint à demander des ennemys : Quanlos son * ? Un sien compaignon luy répliqua soudain : Faiate al diabolo, con tu inquisition y cuenta; mas diga : Vamos , vamos a ellos, quantos que sean. « Va au diable avec ton inquisition et ton conte. Mais dites : Allons, allons à eux, quelque nombre qu’ilz soient. »

L’empereur Charles, en la guerre d’Ongrie, un jour qu’il fhisoit la reveue de son camp, et estant

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