Henri IV
mourut, et sur le poinct que nous en avions plus de nécessité et en avons encores !
Elle mourut à Bloys de tristesse qu’elle conceut du massacre qui se fist, et de la triste tragédie qui s’y joua , et voyant que, sans y penser, elle avoit faict venir là les princes, pensant bien faire, ainsy que M. le cardinal de Bourbon luy dict : « Hélas ! ma- « dame, vous nous avez tous menez à la bouche- « rie sans y penser. » Cela luy toucha si fort au cœur, et la mort de ces pauvres gens, qu’elle se remit dedans le lit, aiant esté paravant malade, et oneques plus n’en releva.
On dict que, lorsque le roy luy annoncea le meurtre de M. de Guise, et qu’il estoit roy absolu, sans compagnon, ny maistre, elle luy demanda s’il avoit mis ordre aux affaires de son royaume avant que faire ce coup. Il respondit qu’ouy. « Dieu le veuille, dict-elle, mon fds. » Comme très-prudente qu’elle estoit , elle prévoyoit bien ce qui luy debvoit advenir, et à tout le royaume.
Il y en a aucuns qui ont parlé diversement de sa mort, et mesme de poison. Possible qu’ouy, possible que non ; mais on la lient morte et crevée de despit, comme elle avoit raison.
Elle fut mise en son lict de parade, ainsy que j’ay ouy dire à une de ses dames, ny plus ny moins que la reyne Anne, que j’ay dict par cy devant, et vestue de mesmes habits .royaux qu’avoit ladicte reyne, qui n’avoient servv depuis sa mort à autres qu’à elle; et fust portée après dans l’église hors du chasteau, en mesme pompe et solemnité que ladicte reyne Anne, où elle gist et repose encores; le roy l’ayant voulue
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faire porter à Chartres et de là à Sainct-Denys, pour la mettre avec le roy son mary dans le mesme cercueil qu’elle luy avoit faict faire, bastir et construire, si beau et si superbe; mais la guerre qui survint empescha le tout.
Voylà ce que je puis dire à cette heure de ceste grande revne , qui a donné certes de si grands subjects pour parler dignement d’elle, que ce petit discours n’est assez bastant pour ses louanges. Je le sçay bien; mais aussi la qualité de mon sçavoir n’y pourroit suffire , puisque les mieux disans y seroient bien empeschez. Toutesfois, pour tel discours qu’il est, je l’appends en toute humilité et dévotion à ses pieds, et ce aussi pour fuir la trop grand’ prolixité, pour laquelle certes je ne me sens trop capable : mais j’espère bien ne me séparer d’elle tant en mes discours que je m’en taise du tout, et n’en parle lors qu’il faudra, ainsy que ses belles et non pareilles vertus me le commandent , et m’en donnent ample matière , aiant veu tout ce qu’ay escrit d’elle , et qui a passé de mon temps, d’autres temps je l’ay appris de personnes fort illustres, ainsy que je le feray en tous ces livres.
Ceste rëyne qui fut de tant de roys la mère,
. Et des reynes aussi, ensemble de la France,
Mourut lorsqu’on avoit d’elle le plus d’affaire ;
Car nul qu'elle n’a peu luy donner assistance 1 .
i. Ces vers, comme ceux de la page 448 sur Marie Stuart, sont probablement de Brantôme.
LA REYNE D’ESCOSSE
DISCOURS III
SUR LA REYNE D’ESCOSSE