Prime, printemps
LA REYNE D’ESCOSSE. 415
qu’au mois d’avril n’y avoit pas aucuhe apparoissance 1 2 de se parer de sa belle robe verte, ny de ses belles fleurs. Si bien que les gallans de la court alloient augurant là-dessus, et publiant que ceste prime avoit changé sa belle et plaisante saison en un ord et fascheux yver, et n’avoit voulu se vestir de ses belles couleurs et verdures, pour le deuil qu’elle vouloit porter de la partance de ceste belle reyne, qui tuy servoit totalement de lustre. M. de Maisonfleur, gentil cavalier pour les lettres et pour les armes , en fit pour ce subject une fort belle élégie.
\je commancement de l’autonne estant donc venu, il fallut que ceste reyne, après avoir assez temporisé, abandonnast la France; et s’estant acheminée par terre à Calais, accompagnée de messieurs tous ses oncles, M. de Nemours, et de la pluspart des grands et honnestes de la court , ensemble des dames , comme de madame de Guyse et autres, tous regrettans et pleurans à chaudes larmes l’absence d’une telle reyne, elle trouva au port deux gallères, l’une de M. de Meullon *, et l’autre du capitaine Albize, et deux navires de charge seulement pour tout armement : et, six jours après son séjour de Calais, ayant dict ses adieux piteux et plains de souspirs à toute la grand’ compagnie qui estoit là, despuis le plus grand jusques au plus petit, s’embarqua, ayant de ses oncles avec elle messieurs d’Aumaile, grand prieur, et d’Elbeuf, et M. d’Amville, aujourd’huy M. le con-