Comité, officier des galères
LA REYJJE D’ESCOSSE. 419
cogne u et veu, le matin de ce brouillard levé, le terrain d’Escosse, il y en eut qui augurarent sur ledict brouillard , qu’il signifioit qu’on alloit prendre terre dans un royaume brouillé, brouillon et mal plaisant.
Nous allasmes entrer et prendre terre au Petit-Lit, où soudain les principaux de là et de l’Islebourg ‘ accoururent pour recueillir leur reyne; et ayant séjourné deux heures seulement au Petit-Lict, fallut s’acheminer à l’Islebourg qui n’est qu’à une petite lieue de là. La reyne y alla à cheval, et ses dames et seigneurs sur des hacquenées guilledines du pays, telles quelles, et harnechées de mesmes; dont, sur tel appareil, la reyne se mist à pleurer et dire : que ce n’estoient pas les pompes, lesapprestz, les magnificences ny les superbes montures de la France, dont elle avoit jouy si longtemps ; mais puisqu’il luy falloit changer son paradis en un enfer, qu’il falloit prendre patience. Et qui pis est, le soir, ainsi qu’elle se vouloit coucher, estant logee en bas en l’abbaye de l’ilebourg’ (qui est certes un beau bastiment et ne tient rien du pays) , vindrent soubs sa fenestre cinq ou six cens marauts de la ville luy donner l’aubade de meschans violions et petits rebecz*, dont il n’y en a faute- en ce pays là; et se mirent à chanter des pseaumes tant mal chantez et si mal accordez, que rien plus. Hé! quelle musique et quel repos pour sa nuict!
Le lendemain matin, on luy cuida tuer son aumosnier devant son logis; et s’il ne se fust sauvé de