Que le vent souffle, s’il sait souffler
ESPAIGN'OLLES.
tinuer ces bravades et blaphèmes. Toutesfois, il y fut bien secoué, et prest à périr.
Ovide' raconte qu’Ajas Oylée tournant de la guerre de Troye, son navire fut mené de toutes façons par les ondes, les tempestes et les ventz , luy les maugréant et détestant. Ledit navire vint à donner à travers d’un escueil, que se brisant, Ajax eut l’adresse de s’en jetter soudain hors sur l’escueil, où, s’y agraffant des mains et des ongles, se mit à maugréer davantage. « En despit de Jupiter et Minerve, dist-il, je « me sauverai des eaux de Neptune. » Mais Jupiter, irrité de telz blaphèmes, envoyé soudain son foudre sur l’escueil , qui, s’esclattant en deux part/. , l’une demeure ferme, et l’autre, de la salvation d’Ajax *, tumbe dans l’eau et emporte l’homme, et tous deux s’obruarent* et sumergearent ainsi dans la mer, dont il pensoit estre sauvé.
Quand les rodomontades de parolles portent leur coup et leur efTect, [elles] sont fort à estimer ; car il y a deux sortes de rodomontades, l’une de parolles, et l’autre d’effaitz : et ceste-cy dernière mérite louange sur les autres, comme ceste-cy que je vais dire, que j’ay leue dans le livre de la guerre iF Allemaigne , fait en espaignol par le seigneur d’Avilla, qu’y estoit présent, et que j’ay veu confirmer au feu capitaine Vallefrenière, gentil soldadin s’il en fut onques, et qui
1 . Ce n’est point Ovide qui rapporte les circonstances de la mort d’Ajax que rappelle ici Brantôme. On les trouve dans \' Odyssée, chant IV, vers 399 et suiv.