‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 35 sur 251 · Boucler, bouclier · texte numérisé non relu

Boucler, bouclier

3. Repiquet, carillon; c'est le mot espagnol ( repiquele ) francisé.

vit — 4

RODOMONTADES

ISO

gras, montant un jour le degré du chasteau de Madric, il y eut deux autres gentilzhommes qui estoient au haut, qui, le voyant monter, s’entredirent assez haut que l’autre l’ouit : Mira el puerco que suie. « Voyez le pourceau qui monte. » L’autre, estant monté, leur dist : Si, po soy puerco', mas, cos no me mata reps, dist-il à l’un, et à l’autre : y vos, no me comereps 1 . i< Ouy, je suis pourceau, mais vous ne me tuerez pas, » picquant l’un, qu’il ne le tueroit pas pour son peu de valleur qu’il cognoissoit en luy; et l’autre, qu’il ne le mangeroit point, d’autant qu’il estoit soubçonné d’estre maranne, lesquelz ne mangent point de pourceau.

Un médecin dict bien mieux : lequel estant allé voir un évesque qui estoit malade, mais fort gros et gras, et l’ayant laissé, ainsy que aucuns de ses amys, en sortant de sa chambre, luy eussent demandé comment il se portoit, il ne dict autre chose, sinon : Pluguiese a Dios que fuesse tal mi macho * /

Un paouvre diable espaignol qu’on menoit pendre, ainsi que le cordeiller l’admonestoit de son salut, et luy demandoit s’il ne s’estoit pas bien tousjours souvenu d’un’oraison qu’il luy avoit apris, et s’il ne l’avoit pas tousjours dicte, laquelle, la disant tous les jours, il ne mouroit jamais de feu ny d’eau, et si sçauroit le jour de sa mort; le gallant, tout prest à estre jetté au vent, luy respondit arrogamment : V ate al diablo, segnor fraple , que tan bien aveys pro-

i . Et vous, vous ne me mangerez point.

S. Plût à Dieu que mon mulet se portât aussi bien. — Ce paragraphe manque dans le manuscrit.

ESPAIGNOLLES.

SI

phetizado , y tan mal m'a servido tu oration ; porquc no muero en fuego ny agua, mas en cl ayre, que es peor, y tan bien yo sabese, y cognosco el dia de mi muerle. « Au diable soyez-vous donné, monsieur le moyne, que si bien vous avez prophetizé, et tant mal m’a servy votre oraison, car je ne meurs ny dans le feu, ny dans l’eau, mais en l’air qui est pis, et si je sçav bien à ceste heure et cognois fort bien le jour de ma mort. » Et ainsi mourut-il. Ce conte tient pluslost de la plaisanterie que de la rodomontade; et l’ay plus tost escrit que pensé : toutesfoisje ne m’en repens, car il n’est point mauvais.

Un capitaine espaignol estant un jour allé voir une courtizane, sa dame, à Tolledo, elle luy pensant remonstrer qu’il ne venoit à la bonne heure, d’autant qu’à telle heure du soir passoient et repassoient trois braves et rodomonlz de la court, tous couvertz, et leurs rondelles en la main chascun, qui estoient les deux Pymantelz et don Juan de Guzman, il luy respondit en bravant : Que vengan, que vengan estas bravos di cor te , y de las mas pin ta dos, tan bien arodelados ! Que vive a Dios, sus rode las y braque les no me es pan tan, ny mas ny menas que las cosse le tes y barquebuzes de cien enemigos en canipagnia. Y si vienen, yo les mostrare quan peligrosa cosa es de locar a rnis amores. « Qu’ilz viennent, qu’ilz viennent, ces braves et mauvais et des mieux painctz de la court, qui sont si bien couvertz de leurs rondelles et boucliers, ilz me font autant de peur que les corcelletz et harquebuz de cent ennemis en campaigne; que s’ilz viennent, je leur fairay sentir combien la chose est périlleuse de toucher à mes amours. i> Mais

RODOMONTADES

le bon fui ainsi eomm’ il bravoit, les voyev venir toucher à la porte avecques grand’rumeur de leurs armes, ce que luy, entendant le bruict, il dist à sa dame : Senora , gran locura séria y Irato d un alrevido temerario y ignaro de tas armas , d un solo acometer a 1res : y por esso, mejor es por my de recognoscer la puer ta por detras; y me recoger, y me salvar fuera. « Seignore, ce seroit une grand’ follie, traict d’un présumptueux téméraire et qui ne sçait que c’est que des armes, d’un seul entreprendre à se battre contre trois, et par ce, il est meilleur pour mov que je reeognoisse un peu la porte de dernière 1 2 et me retire et me sauve. » Je tiens ce conte de M. de Savoye, qui en sçavoit de fort bons, et les racontoit bien quand il vouloit.

Et certes, ce capitaine avoit raison, après avoir bien pensé en son fait, de se desdire de sa bravade et se retirer de bonn’heure; car ces Pimentelz estoient des fandans de la court de l’empereur, et des plus accomplis et adroitz. Ce furent ces deux qui se firent tant signaller en tous les tournois et combatz cellebrez en Flandres pour la réception du roy d’Espaigne’, et mesme don Alonso l’aisné, ainsi que j’ay leu et ouy raconter à madame de Fontaines, l’une des honnestes dames de France, qui esloit lors fille de la reyne Eléonor et se nommoit Torcy. Du despuis ce don Alonzo fut envoyé visce-roy à la Collette, où il fut accusé de sodomie, et pour ce senteneié. Surquoy un gentilhomme frauçois, que je cognois, de-

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