‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 36 sur 251 · Voyez tome III, p. 91 et suiv · texte numérisé non relu

Voyez tome III, p. 91 et suiv

ESPAIGNOLLES.

mandant une fois à Rome à un Espaignol de la mort dudit Alonzo, lors il luy respondit naïfvement : Seîior, fue quemado, parque era bujarron, coma por ventura Vucssa Merced. « Il fut brûlé parce qu’il estoit bougeron comme par advanture vous pourriez estre. » Ce qui fut tourné en risée, voyant la naïfveté dont usoit en son parler ledit Espaignol, et aussi que ledit gentilhomme estoit soubçonné de ce vice 1 .

Ce capitaine espaignol précédent tenoit de l’humeur et opinion d’un autre t}ui disoit : Mas quiero yo que de mi diga la gente : « aqui un tal huyo , » que « aqui un tal murio. » a J’aime mieux que le monde dise de moy : un tel fuist, que si l’on disoit : en un tel lieu il mourut. » Celluy-là voloyt vivre à bon esciant.

Un soldat espaignol, descouvrant et racontant un jour une demie douzaine de blessures ou harquebuzades qu’il avoit receues à la guerre, l’une prise au siège de Parpignan, l’autre à la Goullette, la troisiesme à Serizolles, la quatriesme à une rencontre en Piedmont, et la cinquiesme à la reprise de Casai; et, venant à la sixiesme, monstrant une grand’ ballafïre, et faisant la mine de mesmes, qu’il avoit tout le long du visage, il dist : Y esta me la dio por delras un bujarron Italiano, que me pesa mas que lodas, porque luego que me la dio, huyo y escapo de rnis manos, de tal manera que no le pude alcançar , y se tiene tan segreto y escondido de my , qu'ay dos a nos que voy buscando por el, s in poder hatlar/o. Mas, vive Bios ! que si yo le topo, aunque fuesse entre los braços de

1 . D'après cette phrase, ce gentilhomme ne peut être Brantôme, comme nous l'avions supposé ailleurs. Voyez t. I, p. 323, note 1.

RODOMONTADES

Belzebut , yo le (lare tantos palos a la turquesqua, qu’yo le hure morir buen martyr. « Et ceste-cy me la donna un bougre italien par derrière, qui me pèse plus que toutes les autres, parce que tout aussitost qu’il me la donna, il se mit en fuite, de sorte que je ne peuz jamais l’attaindre; et si se tient si secret et caché de moy que je ne le puis trouver, et si je le vois 1 cherchant il y a plus de deux ans; mais je vous jure bien que si je le rencontre jamais, fust-il entre les bras de Belzebut, je luy donneray tant de coups de baston à la turquesque (qui est à dire par le ventre), que je le fairay mourir bon martyr. »

Un de nos capitaines François dist bien mieux une fois, menassant un sien ennemy : « Je luy donray « tant de coups de baston que je l’en fairay mourir: « et, quand il sera mort, je le fairay escorcher, et « corroyer sa peau; si bien que j’en fairay un tabou- « rin, que je fairay encor batre vingt ans après, afin « qu’il se souvienne de moy en l’autre monde. »

En tournant de Malte, nous autres François qu’y estions allez pour le siège , nous rencontrasmes en Toscane, à nostre chemin, un soldat espaignol de moyen aage et de fort belle façon, comme certes de eeux-là il ne s’en trouve qui l’ait mauvaise; mais pourtant fort mal mené de sa personne, et bien deschiré. M. de Lan sac et moy nous nous mismes à luy demander d’où il venoit. Il nous respondit qu’il venoit de la guerre d’Hongrie, et que nouvelle volunté luy avoit pris d’aller chercher loingtaine advanture par les armes, encores qu’il fust du tout, disoil-il,

i. Vois y vais.

ESPAIGNOLLES.

SS

ruinco por las armas, « rompu pour les armes » ; se repentant pourtant fort du voyage, pour n’avoir trouvé en ces pais aucune courtoisie, tant la gent y estoit barbare et rude. Puis, en ayant assez dit de mal, il eut ceste superbetté de ne nous demander l’aumosne scelon la coustume des autres paouvres; mais, par ces motz nullement ne vergoigneux ne piteux, il nous dist : « Sehores, Vuessas Mercedes considérait con poca pesadumbre ‘ que si fuessen en mi lugar, lo qiChavrian da mcnester para passar su camino , yo, si fuesse en el vuestro lugar , lo que les daria de buena caridad y gana , para soccorro de vues iras necessitades. « Messieurs, considérez avec quelque peu de poix, si vous autres estiez en ma place ce que vous auriez de besoing pour passer chemin , et moy si j’estois en la vostre ce que je vous donrois de bonne charité et volunté pour le secours de vos nécessitez. » Voyez quelle gloire et quelle industrieuse façon de demander l’aumosne sans faire le gueux et du quemant ! Je vous laisse à penser si nous en rismes et si nous en fismes le conte ailleurs : et si n’y a pas longtemps que nous le fismes à M. de Guyse, l^ansac et moy, qui m’en fit souvenir, dont son excellence en rist bien ; et mesmes que , veu ceste gravité et façon altière, nous eusmes honte de iuy donner peu : mais chascun de nous luy bailla un double ducat; encor le maraut en fit peu de conte, disant que no bastarian para seys pastos ’, et que si nous luy voulions donner un laquais jusques à Naples, qu’il le nous

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