Lezardos , il faudrait lagarlos. — Voyez p. 3, note
RODOMONTADES
roy François, quand il estoit prisonnier en Espaigne, il estoit fort songneusement gardé de six compaignies de vieux soldatz espaignolz, et par Allarcon, grand capitaine en qui l’empereur se fioit fort, leur commandant : Quel rey Francisco, par su passatiempo , acostumbrava sernbrar adelanle los soldados de su guardia los escudos de oro, con tanto menosprecio de su fortuna présenté, que los soldados , accariciandolo, soùert'ia y impiamente se quexavan de Dios, porque el rey Francisco no era su seiior, para conquistar todo el mundo, o porque el/os teniendo licencia del emfjerador, libres de juramenlo, no combatian siendo el su capitan : tanto quel segnor don Alarcon , capitan de. su gardia, fue forçado refrenar la corlezia y liberalidad del rey, y la farniliaridad de los soldados. « Le roy François, pour son passetemps, avoit quelquefois accoustumé jetter, semer devant les soldatz de sa garde force escus au solleil avec si grand mespris de sa fortune présente qu’il ne s’en soucioit, si bien que les soldatz pour l’en caresser superbement et par trop iniquement se plaignoient de Dieu, de quoy le roy François n’estoit leur seigneur pour conquester tout le monde, ou bien qu’eux fussent libres de leur serment de fidellité qu’ilz prestoient à l’empereur, ne combatissent soubz luv estant leur général ; de sorte que Alarcon, capitaine de la garde, oyant telles parolles fut contraint faire cesser ceste libérallilé au roy, et aux soldatz empeseber et deffendre de converser si famillièrement avec le roy »; ce qu’il avoit raison; car la conséquence s’en fust emprès ensuivie, le voyant après si libéral, et eux si aflèctionnez à louer sa libérallité et ne la refluser point, et aussi qu’ilz
ESPAIGNOLLES.
l’avoient veu si vaillant et si généreux , et faire si généreusement en la bataille, et n’avoient encores ny veu ny senty ce que l’empereur sçavoit faire : car, comme j’ay dit, bien tard se mit-il à se mettre en campaigne; si bien que l’un esloit tout fait desjà, que l’autre estoit tout neuf. En quoy nous nocterons aussi que le naturel de l’Espaignol est fort avare, et aymera mieux la bource de son ennemy où il n’y aura que deux escus, ou une petite rançon , que de le tuer, comm’en toutes les guerres où ilz ont estez c’est apareu ; car les Espaignoiz desroboyent, et les Tudesques tuoient.
Un Espaignol voulant monstrer sa grand’puissance qu’il avoit en sa ville, où il se tenoit, il disoit : Esta en mi mono meter Moros en la tierra, y puedo pregonar eino y vender vinagre, y salir me con todo esto. « Il est en ma main de mettre les Mores en ceste terre, et si puis faire crier du vin et ne vendre pourtant que du vinaigre et m’en sortir avec cela. » Vovlà un gallant qui avoit beaucoup d’autborité en sa ville, et la vantoit très bien et glorieusement!
Comme j’ay dict ey-devant qu’aucuns soldatz espaignolz ont esté insolentz de parolles à leur empereur, sur quoy il me souvient d’avoir leu en un livre espaignol ', et l’avoir ouy confirmer à deux vieux gendarmes françois, qu’estant Anthoyne de Lève
i. Ce livre est, sans aucun doute, l’ouvrage de Vallès; mais, dans les divers passages où il parle de l’administration d'Antoine de Lève à Milan, nous n’avons pas retrouvé les phrases citées plus haut. Brantôme, ici comme ailleurs, a mélangé et rédigé en espagnol le souvenir de ses lectures et de ce qu’on lui avait raconté.
ROOOMONTADES
une fois dans Milan pressé pour le payement de ses soldalz, tant Espaignolz que Tudesques, et ne sçachant de quoy faire argent, il s’advisa que ningttno pudiesse coser pan, tener harina en su casa sino /os que hiv km arrendado; y a es/os les hazia pagar por cada cargo très ducados de derechos : con esta moneda pago ubundamenle /os Tudescos y Espagnoles . « Que aucun ne peust faire pain nv tenir farine chez soy, sinon ceux ausquelz il avoit arranté et à ceux leur faisoit payer pour chasque charge trois ducatz de droit, et avec ceste monnoye, il en paya fort bien les Tudesques et Espaignolz. » A quoy fut une risée parmy les Espaignolz, et mocquerie, qu’ilz se mirent à apeller l’empereur emperador Carlos , seiior fornero. « l’empereur Charles, monsieur le fournier. » Mais pourtant la risée se tourna après contr’eux ; car on se mit à les apeler soldados de la pagnota, « soldatz de la pagnotle’ » ; ce qui leur esloit le plus grand despit que pour lors l’on leur peust faire, et la plus grande injure qu’on leur eust peu dire : et vovlà d’où est venue la première dérivation des soldatz de la pagnotle ; dont despuis s’est ensuivy que les soldalz qui ne vivoient d’aucunes payes que du pain de la munition, et mesmes depuis en Piedmont, on les appelloit de ces temps soldatz de la pagnotte. Or, faut noter que, quelque temps après, l’empereur Charles s’estant sorty de son Espaigne et mis en campa igné, il produisit tant de braves fruictz de luy et de sa val-
1. Arranlé , a (terme. C’est le mot espagnol [arrendado) francisé.
2. En italien pagnolta signifie à la fois petit [>ain et sot.
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leur, que les soldatz espaignolz se mirent à dire en riant parmy eux : Juro a D/os, que agora no somos nuis soldados del emperador fornero, nias del emqierador guerrero. « A ceste heure ne sommes-nous plus soldatz de l’empereur fournier, mais de l’empereur guerrier. » Et, certes, il l’estoit, et très-bon : aussi le pensoit-il bien estre, ainsi qu’il se vanta, à son retour du voyage de la Goullette à Rome, devant Sa Sainctelé et tout le sainct collège des cardinaux, où il déchiffra si bien le roy François, et le brava et le menaça, jusques à dire : Yo lo forçare y métré a (al punlo de guerra, que servira para accabar el poslrero capilulo de los Illustres desdichados de Bocacio. « Je le mettrav à un tel poinct de la guerre qu’il servira pour achever le dernier chapitre des Illustres malheureux de Bocace 1 . » D’autant que Bocace en a fait un livre, où il exprime la grandeur d’aucuns grands, et leur déclinaison ’ par amprès. Ceste rodomontade estoit belle, si le fait l’eusl accompaignée ; mais il s’en fallut. Le voyage de Provance qu’il entreprit et rompit par sa courte honte, avec son grand conseiller Anthoyne de Lève, qui en fut auteur; mais il y fut bien attrapé par l’advis du prince de Melphe, grand capitaine et trèsrenommé certes , qui . le voyant après la prise de Foussan vouloir venir à Thurin (belle butte d’expérance pour estre pris, s’il y tournoit visage comme il vouloit), le fit advertir par un espion, faisant du bon vallet à l’empereur, et luy monstrer qu’il luy vouloit faire un bon service, et qu’il dressasl ses dessains
I . C’est le livre intitulé ; De ras i but illustrium virorum. 1. Déclinaison , déclin.
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vers Provance, et prineipallement vers Marseille, où il faisoit très-bon, n’y ayant personne pour le soustenir, ce qu’il eust aisément fait. Ledit Anthoine de Lève, voyant les choses facilitées par ledit prince contre l’opinion de tous, il persuada l’empereur ce proget, qui réussit mal, dont il en mourut de despit. Ledit Anthoine de Lève fit là une grand’faute de prendre advis et conseil de son enncmy 1 .
Ce que ne fit pas Assanagas, Espaignol reignié’, que Barberousse avoit laissé dans Alger pour gouverneur et son lieutenant, lorsque l’empereur l’alla assiéger; et l’ayant envoyé sommer et luy remonstrer qu’il ne sçauroit mieux faire en toutes sortes que de n’attendre la furie d’un siège, mais de rendre la ville sans autre cérémonie, il respondit : Nunca peor cosa fue, que tomar consejo de su ennemi go. Que si nie consejarades de no rendir la tierra , jro la rentier ia ; mas pues que, como enemigo , me aconsejajrs de la render, yo no quiero quitarla. o II ne fut jamais pire chose que de prendre conseil de son ennemy et le croire; de sorte que si vous me conseillez de ne la rendre {joint je la rendrois , mais puisque, comme ennemy, vous me conseillez et invitez de la rendre, je ne la rendray point. » Et dist bien mieux : « Avecques quov, vous autres, qui bravez et me- « nassez, me pensez-vous prendre et faire tant de « mal? — Avec tant de gens, de moyens de guerre « que nous avons. — Et moy, respondit-il, j’en ay « de mesmes céans, et de ce qu’il me faut pour me