‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 42 sur 251 · En mire, à l’affût · texte numérisé non relu

En mire, à l’affût

2. Dieu vous donne la paix! — 3. Et Dieu vous ôte le purgatoire !

RODOMONTADES

rcr la paix, je vous donne un’ autre de mesrne, de vous oster le purgatoire. » Car l’un vit de la guerre, et l’autre vit des pratiques qui proviennent de ce qu’on donne pour les âmes du purgatoire : de façon que l’un et l’autre étoient quictes de là.

Et certes, je trouve que le capitaine Fratin avoit raison de sauver la vie à un tel capitaine; car il n’y a rien qui nourrisse mieux le soldat , de quelque party que soit, qu’un brave capitaine guerrier et ambitieux; car il n’ayme non plus la paix ny le repos que le soldat.

Lorsque ce grand capitaine feu M. de Guvse, François de Lorraine, mourut à Orléans, quasi aussitost après sa mort la paix fut faite. Je veidz force soldatz, tant d’un parlv que d’autre, le plourer extrêmement, pour avoir perdu leur père nourrisson. Et si vous diray que j’y vis plusieurs soldatz de la relligion, qui estoient dans Orléans, le regretter autant ou plus que les autres; d’autant que la pluspart d’eux estoient tous vieux soldatz, et de ceux qui avaient combatu soubz luy aux guerres passées estrangères : car les huguenotz, en ceste guerre, a voient enlevé avecqu’ eux la plus belle voilée des vieux soldatz, d’autant qu’ilz avoient les devantz et en avoient fait leur provision devant nous : et iceux soldatz l’aymoient et lionnoroient très fort, et pour ce le regrettoient ; et aussi qu’ilz ne sçavoient où prendre party et tirer solde, et demeuroient en frische, non comme ceux du roy, qui furent plusieurs apoinctez; car force compaignées furent envoyées aux garnisons. Voylà comment ce grand capitaine fut regreté autant des soldatz de l’ennemy que des

espaignoli.es.

siens : car, pour en parler sainement, le soldat n’advise pas quel vent tire sur le droit et sur le tort de la guerre, mais où il vaà gaigner; et qui luy ouvre les moyens pour avoir du jwin, celluy-là est son père. Aussi ne faut-il doubter que si feu M. de Guyse ne fust esté tué, encor que la paix eust esté faite, il vouloit fort faire la guerre à l’Angleterre où il avoit de fort grands dessins : et, pour ce, ces soldatz disoient que, tant qu’il vivrait, ilz n’auraient jamais manque de moyens : ce qui est très certain. Un grand capitaine disoit a qu’un soldat sans guerre est une cheminée sans feu, en esté. »

Pour* quant au purgatoire, cela est assez certain que la practique, l’autorité et la prééminence en est du tout attribuée aux gens d’église, ainsi que le confirma le pape Alexandre 1 , Espaignol, à qui, comme un jour aucuns cardinaux des siens eussent remonstré une grande faute d’un sien peintre, qui avoit peint l’enfer au naturel, et, là dedans, parmv les empereurs, rovs et papes, il y avoit peint et représenté au vif Sa Saincteté, et qu’il falloit punir le peintre ou l’en faire effacer du tout de la peinture, il leur respondit de sang-froid : Ciertumente, no tengo jo poder para sacar a no die del in fier no; a estar en cl pnrgatorio , bien le podiera jo htteer *. Je l’ay ouy dire ainsv à un moyne espaignol; et, quand il le faudrait monstrer par escrit et imprimé, je le

t . Cet alinéa manque dans le manuscrit,

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