Le manuscrit porte par erreur : Séville
RODOMONTADES
manqua. Et, comme par où ilz passoient près de la frontière de France, vers la Lorraine, les chemins estoient rompus de gens quasi (par manière de dire) pour les voir, on leur demanda pourquoy le duc n’avoit avecque luy pris d’autre infanterie italienne ou tudesque. Aucuns respondoient : Porque conoce bien que con singular virtud y valor de nosolros Espagnoles, ha de alcançur en esta guerra el clarissimo nombre de Grau C api tan , mus que ningun otro que nunca fue. « Parce qu’il cognoit et juge bien qu’avec la singulière vertu et valleur de nous autres Espaignolz, il doib attaindre en ceste guerre le nom illustre d’un grand capitaine plus qu'aucun qui ait jamais esté. » Comme de vray, par leurs seulles armes, il a fait trembler tout ce païs-là, et remis en son premier devoir.
J’entretenois une fois, dans le chasteau de Milan, un vieux soldat espaignol, morte-paye de léans, qui avoit toute sa vie consommé aux guerres de l’empereur Charles, et me racontoil qu’il n’aymoit rien tant que les soldat/, espaignolz, {torque como buenos oficiales y labradores , havian texulo con sus manos propias la corona de laurel que llevava al derredor de La cabeça , no terniendo dur fin a sus vidas, para hazer bivir la fania dely dellos. * Parce que, comme bons maistres et artizans, ilz avoient de leurs mains propres tissu la couronne de lauriers qu’il portoit à l’entour de sa teste, ne craignant donner fin à leur vie pour faire vivre sa renommée et de luy et d’eux. »
Un simple soldat espaignol, pour avoir esté trouvé en quelque larcin, fut condampné d’avoir un’oreille coupée; à quoi s’escria, en disant : Vna oreja, pesea
ESPAIGAOLLES.
tal ! Mas querria yo morir , que suffrir tal afrenta. En (auto dixo el capitan : « Concedase esta gracia a este soldado tan desseoso de la honra. » « Comment, « une oreille coupée ! j’avme bien mieux mourir que « d’endurer un tel affront. » A quoy son capitaine respondit : « Eh ! bien donc que l’on fasse cette grâce à « ce soldat tant ambitieux d’honneur. » Et ayma mieux passer par les armes et mourir que d’avoir l’oreille coupée.
J’aymerois autant d’un soldat gascon, lequel estant sur l’eschelle près de la mort, il y eut une femme qui le vint requérir pour mary, ainsi que le temps passé se faisoit*. Luy, la voyant boiteuse, laide et fort contrefaite, et marcher fort incommodément, il dist : « Que fairai-je de cela? Je n’aurois que desplaisir et « incommodité. » Pinge, pinge, dist-il au bourreau, qui est autant à dire en gascon, pends , pends, ce qu’il fit; et le gallant ayma mieux estre pendu que de s’assubjettir à une si laide beste. Celluy-là estoit fort curieux de son ayse, et ennemy de la laydeur.
Aux premières guerres civilles, lorsqu’il fallut assaillir les fauxbourgs et portereaux d’Orléans, feu M. de Guyse commanda aux François donner d’un costé, et aux Espaignolz de l’autre. A la teste du régiment des Espaignolz se trouva un jeune soldat qui, par dessus tous, se faisoit si bien parestre en ses armes et son harquebuz et son fourniment fort beau, et très-leste en grâce, en façon et en habilhemens, car il avoit un pourpoinct de satin jaune, tout cou-