Hélas I je suis à moitié mort
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paravant avoit menacé et crié vengeance, car il ne vouloit venir aux mains nullement, sinon de parolles bravasches, dont il s’avda encores pis que devant. Je tiens ce conte de M. d’Uzais, qui le faisoit le plus plaisamment qu’il estoit possible. Au bout de quelques trois ans ledit seigneur et son frère, et toute sa maison, se retirarent du party du rov; et, sans aucun respect d’injure receue, espousarent et prindrent celluv de l’empereur.
Le jour delà bataille de Cerizolles, ainsi que le marquis del Gouast recognoissoit nostre armée qui marchoit à luv, il vint dire aux gens de pied espaignolz : Fa, solda dos; aqui es tan, a mi parccer, los Gasgones , eueslros vezinos , y quasi hermanos : a td/os ! Que si son eencidos, sontos vence'dores ny\mas ny menos quando un cuerpo esta derribado y caydo en tierra , lodos los o/ros miernbros quedan sin fuerça y valor. « Soldatz, voylà, à mon advis, les Gascons vos voysins et quasi frères. 11 faut aller à eux, car s’ilz sont vaincuz, nous sommes vainqueurs, ny plus ny moins que quand un grand corps est abatu et tumbé en terre, tous ses autres membres demeurent sans force et valleur. » Voylà une grand’ louange pour les Gascons, mettant toute la force de l’armée ce jour-là en eux comme en estant le vray corps, et que quasi un corps ayant esté défiait et abattu, toutes les autres forces n’avoient qu’à tenir. Je tiens ce conte de M. de Grille, brave et gallant gentilhomme provançal, qui, pour sa valleur, fut despuis fait du roy seneschal de beaucayre, et qui estoit capitaine en chef d’une compaignée de gens de pied en ceste bataille, et qui parloit bon espaignol; car, avant esté pris dans
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Thérouanne, avoit demeuré trois ans prisonnier parmy eux.
Estant à la court d’Espaigne, au retour de la conqueste de Bolys, force gallans hommes, gcntilzhommes, capitaines, et autres Espaignolz qui y avoient estez, estans venus à ladite court pour faire la révérance au roy, et se faire remarquer et recognoistre pour leur voyage, je vis passer, estant dans une boutique d’un marchant, un jeune gentilhomme bizarre et fort bigarré en ses habilhemens, et force plumes en son bonnet de diverses coulieurs, monté sur un cheval d’Hespaigne, beau, avec une housse de vellours, rellevant ses moustaches à chasque pas de son cheval; enfin, faisant bien la piaffe, vray piaffeur, homme de main point autrement. Je vins demander à un capitaine qui estoit dans la boutique, marchandant avec moy, qui pouvoit estre celluy-là qui faisoit si bonne mine. Il me respondit seullement : Es aquel que tonio el Penon de Bel/y s, y nunca fue. Dexadlo ir, seiïor , y volar a lodos /os diablos , con sus plumas, que tan mal haze del bravo. « C’est celluy qui print le Pignon du Bellys et n’y fut jamais, l^iissez-le aller et voiler à tous les diables avecques ses plumes, que tant fait-il du brave mal à propos. »
J’aymerois autant d’un gentilhomme tollédan, lequel menaçoit tous les jours, qu’il s’en alloit faire un voyage aux Indes, et jamais ne partoit. Un jour, il parut avecques un chapeau t<?ut couvert de plumes, dont il y en eut un qui rencontra ainsi sur luy : No es posible que no saïga agora este virote, pues qu'esta tan bien emplumado . a II n’est pas possible que ce vireton ne parte, puisou’il est si bien emplumé; »
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faisant allusion sur un rireton, ou trait d’arbaleste, qui part et descoche mieux quand il est bien empenné.
C’estoit lors un grand cas que ceste conqueste de Bollys et de son Pignon, qui estoit une haute roche où il y avoit une forteresse fort mal aisée à monter et à battre : et dedans y pouvoit avoir, quelques soixante Turcs naturelz; mais ilz s’elfrovarent et s’en allarent, n’ayant tenu que trois à quatre jours, L’armée qui estoit devant estoit très belle, de plus de dix mil hommes, et de soixante-dix gallères, où commandoit don Garcie de Tollède, viee-roy de Scieille, car je la vis et y estois.
J’ay ouy raconter en Espaigne, à de vieux capitaines et soldatz espaignolz, que Gonsalle Pisarre 1 , s’estant esmeu et rebellé contre l’empereur Charles, luy fit de grandes guerres civilles aux Indes, ausquelles ne fut vaincu jamais, quelque bataille qu’il ait donné ny rencontré, sinon à la dernière qu’il donna, en ayant combatu jusques à l’extrémité luy et ses gens, no corno leones , mas corno verdaderos Espanoles. « Non comme lions, mais comme vrais Espaignolz; » voulant par là inférer qu’ilz esloient plus braves et hardis que lions. Et luy ne pouvant plus, et ses gens tous deilàitz, il demanda à un de ses compaignons et capitaines qui s’apelloit Jehan d’Acosta : « Que fai-
1. Gonzalo Pizarre était frère de François Pizarre, le conquérant du Pérou. Le 9 avril 1548, il fut défait et pris à cinq lieues de Cu/.co, dans la plaiue de Xaquixaguana par Pedro de la Gasca, conseiller de l'inquisition, envoyé au Péron par Charles-Quint pour rétablir l’autorité royale. Le lendemain même il fut décapité.
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o rons-nous, nous autres qui sommes restez seulz? — « Allons-nous-en, respondit Acosta, vers la Gasça, » qui estoit un capitaine de leur contraire party. « Al- « lons-y donc, dist Pizarre. » Vamos a rnorir, como buenos y verdaderos chris tianos. » « Allons mourir comme vrais et bons ehrestiens, » pensant estre un acte de bon chreslien, ce dit le conte, d’aymer mieux se rendre à son ennemv que fuir; aussi dit-on que jamais ses ennemis ne veirent ses espaulles. Et, voyant auprès de soy Villavicencio, il luy demanda qu’il estoit. L’autre luy respondit qiiera sergento major del campo impérial '. — Y yo, soy Gonza/le Pizaro, respondit-il, el desdichndo. « Et moy Gonzalle Pizarro le deft’orluné, » et luy donna son espée.
Il mareboit en brave cavallier, et en contenance royale. Il estoit monté sur un beau et puissant cheval, qui ce jour l’avoit lait ferrer de treize clous de chasque pied, afin qu’il ne luy manquast au besoing, armé d’une jaeque de maille, et une cuyrasse fort riche, et par dessus une eazaque de vellours, et en sa teste bourguignotte toute d’or, qui estoit un œuvre non moins beau que riche. Ce sergent-major fut fort ayse d’avoir fait butin d’un tel prisonnier, et incontinant le mena devant de Gasça, qui estoit celluy qui commandoit, qui luy demanda soudain s’il estoit beau d’avoir esmeu el bandé tout ce royaume contre l’empereur son souverain et maistre. Pizarre respondit : Yo y mis hermanos, haeierulo conquistado estas tierras y paezes a nuestras cueslas, trabajos, gastos y sançre, no havemos pensado pecar contra la Sacra
i . Qu’il était sergent-major du camp impérial.
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Alaestud, gardandulas , y regiendo , y gobernando , corno Icgitimos senores y conquistadores. « Moy et mes frères, ayant conquis ceste terre et le pais à nos propres coustz et despans, avec nostre travail et nostre sang, n’avons jamais pensé faillir ny pécher contre la Sacrée Mageslé en les gardant et administrant comme légitimes seigneurs et conquerrans. »
Aloi •s Gasça dist qu’on l'oslast de devant luy ; et y eurent plusieurs soldatz qui eurent cliascun plus de cinq ou six mille pesantz d’or pour leur butin. Le lendemain de sa prise, il fut sentenlié à mort, et à estre décapité et mené sur une mulle les mains liées, et ayant une cape sur les espaulles. Il mourut en bon chrestien, par signes, sans parler un seul mot, retenant au reste avec soy un’ authorité encores grande, grave façon et contenance sévère. Sa teste fut portée en la ville des rovs', où elle fut mise sur un pillier de marbre, enfermée d’un trellis de fer, avec ce tiltre ou escriteau : A qui esta la cabeca del trahulor Gonzalle Pizarro, el quai dio la batalla eu la va! le de Xaqusaguava contra la bandera y estandarte real del Iniperador su segnor, al lunes 9 de abril 1548. « Ici est la teste du trahistre Gonzalle Pizarre, qui donna la bataille en la vallée de Xaquisaguava, contre l’estandart royal de l’empereur, son seigneur. Ce lundy 9 apvril 1 548. »
Voylà la fin de Gonzalle Pizarre, qui ne fut jamais vaincu en bataille qu'il aye donné, encor qu’il en ait donné plusieurs. Diego Centeno paya au bourreau ses liabillemens, qui esloient fort riches, alfin qu’il