En
3 . Cela ne peut être ; car les Mores ne mangent point de chair de lièvre.
4. Zarate, dans l'ouvrage cité plus haut (p. 98, note 2) contient (liv. V, ch. xi) de curieux détails sur lui.
RODOMONTADES
du tout rasées, et dedans toutes semées de sel, avec tel escriteau : Icy sont les maisons des traîtres Pizarre et Caravanjal. De mon temps, que j’estois en Espaigne, leurs noms et valleurs raisonnoient encores par la houclie d’un’ infinité de gens, et en racontoienl de beaux et esmerveillables actes, et ne se pouvoient saouler d’assez les louer. Que c’est que de vaillance! car, qu’elle soit ou mal ou bien employée, cil’ est toujours estimée, ainsi que dit le reffrain en latin : lama, sive bona , sive mata, fama est. Et autres disent : Sive bonum, sive malum fama est. « Toute renommée, soit bien ou mal, est renommée; » ou bien, « soit bonne ou mauvaise, c’est renommée, » et mesmes quand elle part d’un cœur vaillant et généreux, et non point poltron; car enfin tout cœur généreux, qui entreprend quelque chose de grand selon soy, ne sçauroit estre autrement que fort estimé et loué, comme Machiavel en est de cet advis. Mais pourtant il est bien tousjours plus louable et plus sainct faire bien que mal; car enfin le bien est tousjours récompansé pour le bien, et mal pour le mal.
Il faut conter ceste rodomontade en fait, qui est très-belle, et pourtant incroyable : Muc/ias cosas han acaescido a los Espagnoles en diversas parles, despues que, con invincibles animos, andan desplegando sus banderas quasi per todo el ntundo ; por las quales ban mcrescido entre todas las naciones renombre * de inmorlal memoria. Y dexadas muchas que por varias historias andan celebradas , el écho solo de un soblado, el quai indignamente esta puesto en olvido, fuerca a creer quanto sca el animoy valor de Ingénié espagno/a. Al tiempo que el marques de Pescara an-
ESPAIGNOLLES. '
du va en buelto en las porfiadas guerras de Lombardia, haviendo se travada entre Franceses y Espagnoles una pelen, vino a herir una pelota a Luys de la Sena, soldado, que andava puesto en hilera en su squadron de infanteria ; y no valicndo la deffensa del cosselete, le entro la pelota en el caerpo. El anirnoso soldado , sentiendo que la pelota baxaba par los vazlos a las tripas, aparlado un poco de su ordonença, con incomparable esfuerço y osadia, saccandose un cuchillo, se hizo una pequena abertura en la barriga, por donde (cosa que parère fabula ) hizo salir la bain : y boltùendo con los dedos las tripas para dentro , con animo nunca visto, hizo con la punla del cuchillo, de una y otra parte , a/gunos agujeros en sus mesrnas carnes, y passando por ellos la agujeta, rosio con grande constancia la abertura que havia hecho ; y buelto a su hillera, no se conocio en su semblante el martyrio que de si, con sus manos, hcuu'a hecho antes hizo; y parecia de hizo su personado entre los muy sanos, aquel que ténia el cuerpo tan mal dispuesto : hasta que de hay a poco rato lo hirieron de un arcabuzazo en la ceja, y le quebraron un ojo, por lo quai fue necesario que le sacasen del escadron. Y no con me nos di lige n cia que admiracion curado, vino a Valladolid donde estaba el emperador don Carlos, y monslrando el testimonio de su valentia, Su Magestad le hizo merced de cien duccutos de renia para siempre. a Plusieurs cas et événemens sont arrivez aux Espaignolz en beaucoup d’endroilz despuis qu’ilz vont d’un généreux courage, desployant leur bandière quasi par tout le monde; par lesquelz ilz ont méritez sur toutes nactions le renom d’une mémoire immortelle, el en
RODOMOMWnES
laissant plusieurs qui sont cellébrez en plusieurs et diverses histoires, l’acte d’un simple soldat, lequel par trop indignement est mis en oubly, force et contrainct à croire combien soit le courage et valeur de la gent espaignolle. Au temps que le marquis de Pescayre estoit embrouillé aux guerres opiniastres en Lombardie, s’estant attaqué entre les François et Ëspaignolz un combat, il y eut une balle d’arquebus qui vint à blesser Louys de la Sanna, soldat, ainsi qu’il marclioit en sa fde et son ordre parmy son esquadron d’infanterie et ne luy servant la deffence du corcellet, la balle luy entra dans le corps. Le brave soldat sentant que la balle luy baissoit par le vague dans les trippes, se retirant un peu de son ordonnance, avec un cueur grand et incomparable bar* dyesse, tirant son Cousteau se fit une petite ouverture au ventre, par où (chose qui parest fable) fit sortir la balle et avec les doigtz retournant et ressarrant les trippes par le dedans, d’un courage non jamais veu, fit encores avec la poincte du Cousteau d’une et autre part deux petitz trous en forme d’œilletz dans sa mesme chair, et passant à travers d’eux un’ aguillette, par une grande constance cousut et ferma l’ouverture qu’il ax’oit faite, et après s’en tournant à sa fille et à son ordre, il ne se cogneut en luv aucunement ny en son semblant le martyre qu’il s’estoil fait et donné avec ses propres mains, ains comme devant joua son personnage parmy les sains celluy qui avoit son corps si mal disposé et blessé, jusques à ce que de là à un peu de temps, il fut blessé d’un’ harquebusade sur le sourcil qui luy rompit et creva l’œil dont luy fut nécessaire qu’on l’ostast de l’esquadron
ESPAIGNOLLES.
et de son rang, et fut après guéry avec autant de dilligcnce que d'admiration; et estant venu à Vailledollid où estoit pour lors l’empereur Charles, s’estant présenté à luy et luv monstre tesmoignage de sa vaillance, Sa Magesté luy lit donner pour récompence cent ducatz de rente annuelle et pour tousjours. »
Je crois qu’après ce conte il ne me faut mesler d’en faire un autre de plus grande générosité espagnolle que celluy-Ià. Ceste rodomontade en vaut bien cent autres de parolles. Je pense qu’on ne sçauroit quel plus louer, ou ce soldat espaignol, ou M. Sceva', l’un des esleuz et favoris soldatz de Jules Cézar, lequel après s’estre trouvé (luy faisant service) en plusieurs battailles, rencontres et combatz en la Gaulle, et s’estre fait signaller par’ un des vaillans et déterminez soldatz qui fussent à son armée, et venant la guerre entre luy et Pompée en ce grand combat qui se fit entr’eux deux à Durachie’, ce soldat, après avoir heu un œil crevé, et son corps percé en six divers endroiclz de part en part, et son bouclier trouvé, auquel estoient encores fichées et plantées six-vingtz flesches, en outre trouvez plus de deux cens trous de flesches qui l’avoient perce à jour, se jette (ce néanmoins) hardiment dans la mer; et fit tant ' qu’il se sauva à la nage, et vint trouver son général. Encor, après avoir si bien fait, se présentant à luv desnué de ses armes (chose illicite en la millice romaine), se mit à luy crier : « Ah ! mon empereur.
1 . M. Cesius Sceva. Voy, Valère Maxime, Uv. III, ch. n, n° 23.