Dyrrachium, aujourd'hui Durazzo
RODOMONTADES
pardonnez-moi si j’ay perdu mes armes. » À quov César ne fit autre esgard ny réprimande; mais le louant pardessus tout, le mit en honneur et estât de centenier.
J’ay cogneu un brave, eseabreux et vaillant gentilhomme de Bretaigne, qui s’apelloit M. de Mareuil, de fort bonne maison, nourry autresfois page d'honneur du roy François premier : lequel, aagé de soixante. ans, en la bataille de Dreux, ayant fait ce qu’un homme de guerre peut faire vaillamment, et y ayant esté blessé en trois endroits, l’un d’un coup de pistollet dans le bras gauche, et l’autre d’espée dans le corps au delfaut de l’arnois 1 , et se sentant foible du sang qu’il rendoit, s’en vint trouver (tout sanglant qu’il estoit, tant du sang de l’ennemy que du sien) M. de Guyse, et luy dist en luy monslrant ses blessures : « Monsieur, je vous suplic me dire et « juger si je suis encor en estât de combattre, ou de « me retirer pour me faire penser. Que si vous me « jugez encor bon pour retourner à la charge, et « qu’ainsi le voulez, je m’y en vais pour m’achever : « si non, et qu’il vous plaise me commander de « m’aller faire penser, je m’y en vais; mais autrement « n’yrayje point si vous ne me le commandez. — « Ouy, respondit M. de Guyse, monsieur de Mareuil, « je veux que vous ailliez faire penser, et le vous ■< commande quand vous ne le voudriez pas. Vous « en avez assez fait pour vostre part. » Je vis, le soir, que M. de Guyse fit le conte; et ledit sieur de Mareuil fut si bien secouru et pensé qu’il eschapa, et