‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 59 sur 251 · Arnois, armure · texte numérisé non relu

Arnois, armure

ESPAIGiVOIXES.

vesquit encores plus de quinze ans après, tousjours aussi brave et vaillant que jamais, et tousjours escalabroux et querelleux, et avoit tousjours quelque querelle. Encor un an advant que mourir, en eut-il une contre Saincte-Collombe le bègue, très brave et haut à la main, et vaillant; et les trouva l’on à Bloys qu’ilz s’alloient battre, sans qu’ilz furent empcschez, et puis accordez. Ce M. de Mareuil fut pour ses mérites récompancé de l’ordre Sainct-Michel, qui estoit peu de chose, car il estoit par trop commun : il méritoit de plus grands biens et grades.

Les soldatz espaignolz qui vinrent au premier voyage en France avec le prince de Parme, disoient : Que erun lotlos de una voluntad , es a saber, morir o vencer. « Ilz estoient tous d’une mesmevolunté : mourir ou vaincre, » y preslos al mandamiento de su general (tous prestz à obéir aux commandemens de leur général) ; y en su armada, con el claror de las armas de los soldados, sus rayos del sol hazia mas ilustres, de manera que con questas luzidas armas, y con las ricas cuùierlas y panachas engallados, parecia una muestra de una muy Jlurida huerta , que représentai al lt la orgulleza del coraçon, y dam senal en los co/orados rostros, lanto que , solo con el aspecto, ponian furor , y manifestavan a los enemigos el peligro tan cerca que sus prcsencias. « Et en son armée avec la clairté des armes des soldatz, le soleil en monstroit ses rayons plus clairs et plus illustres, de mode qu’elle se paressoit avec leurs riches couvertures et casaques de gendarmes et leurs braves penacbes pendillans une monstre d’un jardin bien tleury qui là représentoit l’orgueil du cueur, et

RODOMONTADES

donnoit signal aux visages collorez tant et tant que, avec le seul regard, ilz donnoient fureur et manifestoient aux ennemis le péril aussi près d’eux comme leur présence. » Voylà de beaux molz certes, et surtout les deux derniers.

Un soldat espaignol, me louant une fois le roy d’Espaigne, me disl : Ninguno ay en nuestros tiempos entre los principes christianos y rnoros, a quicn se deçà acotamiento y obediencia , coma al calholico rey d'Espagna, mi senor, cnyos notables hcc/ios , subidos hast a las estrellas , oscurccen los de los cmperadores. Y no es menester que lo diga : diganlo los rey nos y reyes del cencidos, digalo todo el monda. « 11 n’y a point en nostre temps, entre les princes chrestiens et Mores, roy à qui l’on doive porter plus d’honneur, de respect et obéissance qu’au roy catholique, mon maistre; les faitz notables duquel, montez jusqu’aux estoilles, obscurcissent ceux là des empereurs sans qu’il soit besoing que je le die, que lesroys et royaumes par luy subjuguez et vaincuz le disent; voire le dise mesmes tout le monde. »

Le duc d’Albe, celluy qui conquesta le royaume de Navarre pour Ferdinant, estant prest d’estre assiégé dans Pampelune par le roy Jehan de Navarre, assisté des forces françoises que le rov Louys XII luy avoit envoyé, conduictes par M. d’Angoulesme, jeune prince, despuis roy François, et de M. de La Pallice, les habitans dudiet Pampellonne luy ayant remonstré le peu de force qu’il avoit léans pour faire teste à une si grande armée, il leur respondit que : A un mas gente desseava el que se fuessen, porque mas ho nra a los pocos qaedava. Los Pampeloneses,

ESPAIGN01.LES.

acordando se poco desla honra , dixeron : « Mas la honra sin gente mal se gana. * » « Qu’il ne desiroit qu’il y eust d’avantage de gens, pouree que plus grand’gloire demeureroit au petit nombre qui leur fairoit teste, niais ceux de Pampellonne ne se soucians de cesl honneur, luy respondirentque volontiers ceste gloire mal s’acquiert sans gens. » Respondu bien, certes, pour ceux qui veulent jouer leur jeu au plus seur, et au proflit du mesnage’de l’honneur. Pélopidas dist bien autrement, lorsqu’il voulut aller contre Allexandre le tyran : on luy vint dire comme l’on a voit rccogneu ses forces, et qu’il y avoil grand nombre de gens montant bien plus que les siens. II respondit seulement : « Tant plus ilz seront, tant plus nous en tuerons*. » Celluy-Ià avoit l’esprit tandu plus au carnage qu’à l'honneur; non pas comme un capitaine espaignol disoit : Que adonde hay mas afrenta , alli mas honra se gana. « Là où il y a plus d’hasard et d’affront *, là plus de gloire s’acquiert. » Je croys l’avoir dit ailleurs

Un capitaine espaignol, petit, fort d’estature, luy estant fait la guerre de sa pettitesse, il respondit : En los cuerpos pequenos se ensierra un grande y fuerte coraçon ; parque la natura aquello que folio en el cuerpo, puso en la virtud del anirno. « Dans les

1. Ceci est tire (p. 199) de la Comjuista de Naearra dont il est question plus bas, p. 111, note 4. Le duc d’Albe est Frédéric de Tolède, dont Brantôme a parlé, t. I, p. 129.

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