Fadat , sot
ESPAIGNOLLES.
se dit et sè List 1 que lorsque le grand sultan Soliman fut à Hongrie et à Vienne’, fut pris dans une forteresse un soldat lansquenet de si extrême auteur’, qu’on le tenoit pour un géant et pour un miracle de nature, si bien que l’on en lit un présent au grand Solliman, pensant qu’il s’en deust servir à sa garde. Mais, au lieu de cela, il en tira son plaisir par une barbare cruauté; car il le fit attacher par les bras et les piedz, et le fit mettre tout debout en une salle pour combattre en estaquade contre un petit nain qu’on luy avoit donné, et qu’il avoit en délices. Ce petit nain estoit armé de son espée, qui demeura plus d’un’ heure à tuer ce géant, tant il avoit peu de force et assenoit si mal ses coups, ores luy donnant sur le corps comme il se pouvoit hausser, ores sur les cuisses, ores sur les jarretz, le paouvre géant parant aux coups au mieux qu’il pouvoit et esquivant. Enfin il tumba par terre, et ce nain le paracheva comme il peut : et ainsi en donna le plaisir à Soliman, et à aucuns bachas et grands de sa court. Il y pouvoit avoir du plaisir pour ceux qui sont barbares et cruelz, et de la risée, mais nullement pour nous autres qui sommes chrestiens. Je croys que les Romains n’exibarent jamais un tel passe-temps.
J’ay leu dans un livre espaignol, qui se nomme La Conquista de Naoarra *, que le roy Jehan de Navarre
t. C’est P. Jove qui raconte le fait au commencement du XL* livre de son Histoire.