Les moustaches de sa barbe
ESPAIGNOLLES.
hommes de pied espaignolz, et huictante chevaux, prist dans sa cité le grand roy Monteçuma ; et à la fin avec le bel ordre subjuga du tout l’empire mexiquan. En nos temps derniers, Hernan Alvarès de Tolède, duc d’Àlbe et grand capitaine, avec seulement mil’ harquebuziers et cinq cens mousquetaires, avec la bonne discipline et ordre de guerre, rompit et tailla en pièces, en Frize, près le fleuve Amazio 1 , dix mil hommes que le comte Ludovic de Nansau avoit là menez. »
Les Espaignolz, en ce dernier combat, en content beaucoup; car le duc d’Albe avoit bien plus de gens que dit le conte : mais l’autre en avoit deux fois plus que luy; et surtout, liuict ou neuf cens François, très-braves soldatz qui combatirent bien. J’estois lors à la court, quand ces nouvelles vindrent au roy, qui trouva cette deffaite très belle et mémorable, et mesme de si peu de gens contre si grand nombre.
Certainement il faut louer leur discipline et bel ordre : en cela ressemblans aux anciens braves Romains, qui, par discipline de guerre, et non par grand nombre de gens, ont conquis tout le monde. Mais qui est cause de ce bel ordre et discipline, si non le beau entretènement que le roy d’Espaigne donne à ses gens de guerre, et les belles soldes et payes qui ne leur manquent jamais, bien qu’ilz les attendent, mays pourtant ne les perdent comme nos soldatz françois font? Car là où l’argent trotte, l’ordre s’y establil, et où il manque, il n’y a plus que confusion. Et ay ouï dire à de grandz capitaines que
i . Amazio t en latin Amasius, l’Ems.
RODOMONTADES
nul grand aujourd’huy, quel qu’il soit, ne peut entretenir un’ armée bien pollicée, disciplinée et bien ordonnée longtemps, qu’un roy d’Espaigne, ainsi qu’il a tousjours fait despuis que l’empereur son père luy laissa tous ses estatz. Aussi est-il si grand et puissant en terres et moyens, que jamais les Romains n’en aprocharent. En cas qu’il ne soit vray, considérons un peu les grandz tiltres qu’il porte sur le front, que je vois' mettre iey par curiosité : Don Philippe, por la gracia de Dios, rejr de C as t ilia , de Leon, de dragon, de las dos Sicilias , de Jérusalem , de Portugal, de Navarra , de Granada, de Toledo, de Valencia, de Ga/izia, de Mallorca , de Sevilla , de Cerdeiia, de Cordoca, de Corsega, de Murcia, de Jaen, de los Algarves , de Algezira, de Gibraltar , de las islas de Canaria , de las Indias Orientales y Ocidentaies , islas y tierra firme de l Mar Oceano ; archiducque de A us tria, ducque de Borgoha, Brocante, y Milan ; coude de Abspurg, de F landes, y Tirol, y Barcelona ; senor de Viscaya, de Genoea, y de Molina
Voylàdes tiltres qui font peur, à les ouïr seulement
\. Vois, vais.
2. Don Philippe, par la grâce de Dieu, roi de Castille, de Léon, d’Aragon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Portugal, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque , de Séville, de Sardaigne, de Cordouc, de Corse, de Murcie, de Jaen, des Algarves, d’Algeziras, de Gibraltar, des Canaries, des Indes Orientales et Occidentales, des lies et terre ferme de l’Océan; arcliiduc d’Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant et de Milan ; comte de Hapsbourg , de Flandre , de Tyrol et de Barcelone ; seigneur de Biscaye , de Gênes et de Molina.
ESPAIGNOLLES.
nommer, et mesmes de ces deux Indes Orientalles et Occidentalles. On pourra dire que celluy des Espaignes peut porter avec soy plusieurs petitz royaumes qu’on nomme par villes; mais pourtant sont royaumes bons et grands, comme la duché de Milan, qui porte son nom d’une ville, et non du pais. Et quelle duché est-ce, et combien y a-il de villes dessoubz ! Le royaume de Naples, quel royaume est-ce ! De mesmes sont tous les royaumes de villes qui sont en Espaigne. Baste 1 2 3 que c’est un grand roy, et que j’ay ouy dire que les Romains ne furent jamais si grands terriens ny opulans que luy. Cela est aisé à cognoistre, qui en veut computer et mesurer les terres de l'un et des autres*.
Comme j’ay parlé cy-devant de la discipline militaire des Espaignolz, certes elle est très-belle, bien pollicée et gentiment observée; mais il faut confesser le vray : qu’ilz sont fort fascheux et importuns en cela, d’estre fort subjetz à se mutiner quand leur paye leur manque, et non pourtant guières pour autre subject; car ilz ne se veulent mettre à sédition que bien à propos et avecques raison. Il y a longtemps qu’ilz en ont pris ceste coustume, et l’ont continuée soubz le grand marquis de Pescayre, soubz M. de Bourbon et soubz le duc d’Albe. Hz* n’y ont pas faict de grandes fautes en cela, car ilz les sçavoient avoir.