‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 83 sur 251 · Donner des brocards · texte numérisé non relu

Donner des brocards

ESPAIGNOLLES.

engahador de fe, y verdugo sangrienlo ' ; bref, uue infinité d’autres sortes d’injures que l’ire, le despit, le désespoir, la hayne et l'offense, leur rapportoient en la bouche, que j’ay ouy dire et que je tays. Au moins, disoient aucuns, s’il les eust décimez, et faict mourir quelques coupables, la chose ne seroit si exécrable, et les renvoyer contre les Turcs, ainsy que fit le marquis del Gouast ceux qui s’amutinèrent en la duché de Milan, soubs leur chef Sarmento, qu’il envoya jusqu’au nombre de trois mille, en Dalmacye, à Cataro et à Castro-Novo, là où pourtant ilz périrent tons, fust ou par le fil de l’espée, ou de la cadène de Barberousse et de ses gens, portails la peyne de leurs maux et de leurs meffaictz qu’ilz avoient faictz en leur rébellion ; mais aussy ilz firent bien mourir de leurs ennemys. Possible ceux-cy de Ferdinand, s’ilz fussent estez employez pour mesme subject, en eussent faict de mesmes, ou mieux; et par ainsi autant de Turcs mortz et tuez et moins d’ennemys.

Certes, il n’est pas besoing d’estre si rigoureux et cruel en telles justices; car telles gens quelquefois ayans estez pardonnez, et venans à se recognoistre, réparent leurs fautes et font de bons services. Je n’en sçaurois alléguer plus brave exemple que des amutinez de la ville d’Alost en Flandres, qui d’eux-mesme secoururent si bien et si vaillamment la citadelle d’Anvers, assiégée par les États, dont j’en parle ail-

1 . Lâche Italien, ennemi du nom et de la valeur des Espagnols, traître , parjure , moqueur du corps sacré de Notre-Seigneur , trompeur contre lu foi promise, et bourreau sanguinaire.

RODOMONTADES

leurs 1 . Ilz en ont faict de mesmes en plusieurs autres lieux, s’estant ainsi réconciliez; je dirois bien où, mais je serois trop long.

Je voudrois seulement sçavoir sur ce discours, de quelque grand docteur, s’il y alla beaucoup de la conscience dudict Ferdinand en ce serment preste et rompu, qu’aucuns ont dict qu’il ne l’avoit faict que de bouche et non de cœur; savoir si cela se peut faire en la présence et à la veue du corps de Nostre-Seigneur, et si ce n’est point l’offenser en abusant ainsy de son sacrement et de son mystère. Pour quant à l’honneur, il y a tant de raisons de pro et contra , que je les laisse à discourir aux grands capitaines et plus gentils cavalliers que moy. Tant y a pourtant, il me semble, qu’on ne doit point estre tant ainsy sévère à l’endroict des pauvres soldatz, bien qu’ilz fassent lelz ou autres débets; car ce sont eux qui battaillent pour les chefs; ce sont eux qui acheplent de leur sang les victoires, et les chefs en triomphent de l’honneur et du proffit. A quoy sceut très bien avoir esgard Scipion en Espaigne contre ses amutinez, qui, ne se contentans de leur rébellion, prindrent l’autorité et enseigne de consuls à l’instance des soldatz*. Les chefs en furent punis, et aucuns soldatz; et les autres furent pardonnez, qui après firent à luy et à la république romaine très bons services. Je pense bien que ces grands chastieurs de séditions voudraient bien que les soldatz fissent de pierre pain, ainsy que le diable Vouloit que Jésus-

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