Le sac de la ville
RODOMONTADES
puisque le cardinal d’Austrie avoit faillv de les secourir.
Si faut-il que je die quelques gentilles rencontres et rodomontades qui touchent les dames.
Lorsque la reyne 1 vint à Bayonne, de toutes les Espaignolles qu'elle avoit, elle n’en mena aucune avecques ses Françoises que Magdeleine de Giron, fille de la comtesse d’Iraigne, dame d’honneur de ladicte reyne. Elle y mena bien aussy la segnora Sofonisba, Italienne, damoiselle crémonoise, belle et honneste fille, et douce, qui avoit tout plein de vertuz, et surtout qui sçavoit bien peindre et pourtraire au naturel; les autres filles en Espaigne bien faschées pour ne se trouver en telle et si belle feste, qui eussent bien certainement paré la cour, car il y en avoit de belles, et entre autres Léonor de Tolède, qui estoit très-belle, et qui eust possible effacé le lustre de ladicte Magdeleine de Giron, dont elle fut bien ayse de quoy ne vint pour ce subject. Je ne desduiray les raisons pourquoy ces belles filles ne vindrent point, pour ne servir en rien à nostre conte.
Ceste donc belle Magdeleine parut très belle ; aussy le pensoit-elle bien estre, tant elle estoit arrogante. Si bien que moy devisant un jour d’elle et de sa beauté avec un certain cavallier espaignol, il me dict, par un certain desdain et despit : De radia, seîïor. Ju.ro a Dios , que es tan brava y orgul/osa por su beldad , que si el cielo se abaxase y se arrodillase delante sus pies, no se dignaria decirle que se levantase , y se vol-