La reine d’Espagne Élisabeth, en
ESPAIGNOLLES.
viese a su lugar'. Voylà une parole bien arrogante, et plaisante imagination, de se figurer le ciel descendre de son lieu pour s’humilier à elle *.
Telles paroles sont quasi semblables à celles que jadis tinrent nos braves chevalliers françois, qui allèrent en Hongrie soustenir les Hongres contre les Turcs, conduitz par ce vaillant Jehan duc de Bourgongne, et par le mareschal de Boucicaut; lesquelz, trop bouillans, présumans trop d’eux, disoient partout que leurs lances n’estoient pas seulement bastantes pour deflaire tous les Turcs et les battre, mais, si le ciel vouloit descendre sur eux pour leur faire guerre, l’empescher par le soustien de leurs bois et
1 . Laissez-la, monsieur. Je jure Dieu qu’elle est si orgueilleuse, à cause de sa beauté, que si le ciel s’abaissait et se prosternait à ses pieds, elle ne daignerait pas lui dire de se relever, et de se remettre en sa place.
2. Var. Lorsque la reync d'Espaigne vint à Bayonne, de toutes ses filles cspaignolles qu'elle avoit, elle n’en amena aucune que Magdalena de Giron, fdle de la contesse d’Igregne, dame d’honneur de ladite reyne; les autres filles restarent en Espaigne, bien faschées pour ne se trouver en telle teste. Je n’en desduiray les raisons pourquoy elles ne vindrent, car elles ne servent rien à nostre conte. Geste donq Magdallena parust en ceste court l’une des plus belles Cites ; aussi le pensoit-elle bien estre, tant cil’ estait arrogante; si bien que moy parlant un jour d’elle et de sa beauté a un cavailler cspaignol, il me dist d’elle comme par desdain et certain dépit ; Dexadla , segnor. Juro a Dios qu es tan brava y orgullosa par su beldad , que si el cielo fuesse arothllado adeUmle sus pies , ella no se dignaria decirle que se levantase y se a/çase. « Laissez-la. EU’ est si fière et si orgueilleuse à cause de sa beauté que si le ciel estait à genoux devant ses piedz, elle ne daigneroit dire qu’il sc levast. » Quelle humeur de s'aller imaginer que le ciel deust descendre pour s’humilier à elle t (Ms. 3273, f” 168.)
RODOMOiYTADES
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lances qu’il ne descendis^ et le tenir en l’air comme il estoit. Mais pourtant le malheur fut tel que leur rodomontade ne porta feu; car, sans avoir affaire au ciel, ilz furent tous desconfits et deflaits par les hommes, comme on peut voir par nos chroniques françoises.
J’aymcrois autant d’un capitaine espaignol. Allant en un combat, et animant ses soldats, et louant leurs forces, il leur dit : Voto a Dios , que si cl cieto se cayese, le hemos de tener con los brazos Si ce brave eust faict ce coup, il fust esté estimé un second Atlas, qui soustenoit le ciel de ses espaules. Quel fardeau 1 encor que j’aye ouy dire à un vieux resveur de philosophe que l’air est fort léger, et que le ciel, qui en participe, l’est aussy. Je coupe là, craignant que, pour voiler trop haut, je ne vinsse à tomber comme fit Icarus; car le parler m’en est aussy eslranger et incogneu que le haut 'allemand; ny ne veux non plus l’apprendre, ny la science et tout, doubtant de mon cerveau débile et peu capable pour y advenir.
Or, pour retourner à ceste belle Magdeleine de Giron, bien qu’elle fust altière, elle n’estoit pourtant trop ennemie de l’amour, et ne refusa point d’estre servie (comme toute belle et gentille dame ne doit faire ce refus) de plusieurs honnestes cavalliers, et mesmes de M. d’Amville, aujourd’huy M. le connestable, pour lors jeune et brave seigneur, qui la servit fort discreltement tant que le voyage dura, et en porta les couleurs jaunes et tannées. Il y eut pour
1 . Je jure Dieu que si le ciel s’abaissait , nous le pourrions soutenir avec nos bras.
ESPAIGNOLLES.
lors un gentilhomme françois, bien lionneste et galant, qui, le jour de la procession du sacre 1 2 3 , ainsi qu’elle marchoit, luy advint de faire un faux pas; ce gentilhomme s’advance aussytost pour la redresser et luy ayder. Elle le renvoya bien loing, avecques un certain desdain et rabrouement, disant : Jésus ! Y quai discrecion de Fronces * / Elle estoit bien vrayment desdaigneuse et glorieuse, de rendre le mal pour le bien et payer la courtoisie par la discourtoisie. Le gentilhomme luy eust bien rendu son change; mais il n’osa, pour le respect de la reyne sa maistresse, qui le sceut et luy* en fit une remonstrance.
Au bout de quelque temps elle fut mariée avecques un grand seigneur d’Espaigne, dont j’ay oublié le nom, qui fut après vice-roy aux Indes. Ainsv qu'elle l’y alloit trouver avecques la flotte ordinaire, son vaisseau, avecques deux autres, s’estans escartez vers l’isle de San-Domingo, un gentilhomme françois qui s’appelloit M. de Landreau *, de bonne maison, vaillant et brave, et homme de mer, ayant armé quelques vaisseaux pour aller en cours et chercher advanture, fallit à prendre le vaisseau de ladicle dame, et de faict le canonna; mais elle fut secourue de deux autres vaisseaux qui donnèrent la chasse audict Landreau : et, sans ce secours, il la prenoit, à ce qu’il dist à M. d’Eslrozze et à moy à son retour; et