‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 94 sur 251 · Comment! un si galant homme n’avoir point un ducat · texte numérisé non relu

Comment! un si galant homme n’avoir point un ducat

ESPAIGNOLLES.

car une blanca c’est une monnoie d’Espaigne; et convertissent ceste allusion sur elles trois, parmy lesquelles n’y en avoit pas une blanche.

Un médecin espaignol ayant receu quelque desplaisir d’une dame veufve, chargea un jour un maquignon, devant elle, de luy trouver una mula que fuesse viuda'. Le carretier* luy respondit : Coma, cucrpo de tal ! Os hurlais de mi, sentir doctor ? N unca fue mula viuda'. Le médecin luy répliqua : Digo yo que tenga 1res condiciones de una viuda; que sea garda, andadora y coniedora *.

L'on dict que les veufves, au moins aucunes, ont ces trois conditions. Pour bien aller et pour bien manger, je m’en rapporte à ceux qui en ont faict preuve et y ont pris esgard. Pour quant à la troisiesme, j’en ay veu beaucoup de personnes, et mesmes une de très grande authorité', de très grand esprit, estre de ceste opinion et tenir ceste maxime, qu’une femme, aussitost qu’elle est veufve, devient plus grasse et en bon poinct; ce que j’ay apperçeu et m’en suis esmerveillé. Car aucune femme av-je veu entre les mains de leurs marys, maigres, seiches, exténuées, qu’elles en tomboient sur les dents. Ve-

leur dit : Pourquoi non, corbleu ! puisqu’entre vous trois il n’y a pas une blanche.

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