‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 97 sur 251 · Intelligence , sens, signilication · texte numérisé non relu

Intelligence , sens, signilication

5. Qu’il n’avait jamais vu de fruit rester si longtemps en pareil panier sans se pourrir.

RODOMONTADES

A ce mesme voyage et entrevue de Bayonne que j’ay dict ci-devant, madame de Guyse, aujourd’huy madame de Nemours, y estoit, où elle parut fraischement vefve, et très belle et en bon poinct, ainsy que de son temps jeune il n’y en a poinct eu une qui l’ait passée, comme son automne en donne encore une belle apparence; et bien qu 'alors elle fusl plus aagée de beaucoup que Magdeleine de Giron, elle l’effaça fort, bien qu’elle pensast le contraire; car volontiers on void aucuns fruicts en automne aussi beaux ou plus qu’en esté. Ainsy donc qu’elle estoit un jour en la chambre de la reyne, un cavallier espagnol de bonne façon, et bien en poinct, me vint demander : Sei'ior, (juien es esta linda dama veslida de lulo? — Seiior, luy répondis-je, es madama de Guyza , muger de aquel gran capitan monsur de Guyza . — Es madama de Guyza? dit-il. Valame Dios , que linda dama es, y de muy brava y alla guisa' ! Ce mot est un mot ancien des vieux romans, qui correspond bien à ce nom de Guyse; et puis, continuant à la louer, il me dit : Vive Dios ! que bravo trage ticne, y que es bien tallada, y de linda catadura ! — Et puis me redemanda : Es tan buena catolica, y enemiga de los luteranos , como su marido? — Si, sefior, luy respondis-je , y aun mas; porque los luteranos le han malado *.

1 . Monsieur, quelle est cette belle dame vêtue de deuil ? — Monsieur, c'est madame de Guise, femme de ce grand capitaine M. de Guise. — C’est madame de Guise? Dieu me soit en aide! c’est une belle dame et de très-grande et haute guise !

2. Vive Dieu! qu'elle est bien habillée ! qu’elle est bien faite, et de belle mine I Est-elle aussi bonne catholique et aussi grande

ESPAIGNOLLES. ili

Il me redemanda si elle avoit des enfans aussi beaux qu’elle. Je luy dis qu’ouy, et lui monstray M. de Guyse son fils, et qu’elle en avoit deux autres aux escolles à Paris, tous deux semblables. Après, ayant un peu songé en soy, et arregardant ceste belle dame, et de grand’ admiration, il dit, par une petite exclamation : O! bien adcenturado capiton , que tantos hombres enemigos de Dios peleasteis y matasteis en campos y cillas! O! bien adventurado , otra vez, y mas, que con tantos asaltos combatisteis y vencisteis esta linda dama en las camas y pabellones 1 / Et me disoit cela comme par un despit amoureux , jaloux de quoy il n’eust peu participer à une si belle advanture.

Comme de vrav, je croy qu’il n’y a au monde si grand chagrin ny despit à un amoureux d’une belle dame, que quand il songe que son mary ou un autre en jouissent, et n’en mange son pain qu’à la fumée du festin ou par imagination. J’ay ouy tenir ceste opinion à un très grand et brave prince* qui est mort, qui me racontoit un jour privément que, s’il estoit roy de quelque grand royaume, il ne seroit jamais tyran que pour une chose; qu’il entretiendroit très bien la justice et fairoit observer très estroictement

ennemie des luthériens que son mari ? — Oui , monsieur, et encore plus, parce que les luthériens l’ont tué.

1 . O trop heureux capitaine , qui avez combattu et tué tant d'hommes ennemis de Dieu dans les champs et dans les villes! ô trop heureux, encore une autre fois, et plus, qui avez combattu et vaincu à tant d’assauts cette belle dame sur la couche et sous les pavillons du lit.

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