‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 98 sur 251 · Probablement le duc Henri de Guise · texte numérisé non relu

Probablement le duc Henri de Guise

RODOMONTADES

ses édicts et ordonnances, ne fairoil tort à personne, caresseroit fort sa noblesse, et surtout ne fonderait jamais son peuple de grandes tailles, tributs ny subsides; mais que si un sien subject, ou grand ou petit, eust une belle femme de laquelle il vint espris, certes il perdrait tout respect, et eslendroit là-dessus un peu de tyrannie; car il faudrait résolument qu’il en jouvst bon gré maugré, ou par amour ou par force ; mais premier tenterait toutes les voyes de douceur et d’amour; et que si elles estoient trop longues et fascheuses à tenir, qu’il userait de diligence et de prise : « Car bien gastée, disoit-il, serait-elle d’avoir « l’accointance d’un brave rov, et le mary d’estre son « compaignon, à qui et à elle fairoit de grands biens « et donnerait de bonnes grades, et ne leur en serait « jamais ingrat, ny surtout les escandalliseroit ? » Je pense n’avoir guières changé de ces motz qu’il me dit, car quasi ilz sont tous semblables; et me les disoit sur un très beau et très grant subject, sur lequel ceste tyrannie méritoit bien d’estre exercée.

La reyne d’Espaigne, pour l’amour de laquelle seule ce voyage et entrevue de Bayonne se fit 1 , parut aussi très belle ; et n’y eut François qui, l’ayant voue estant fille, n’advouast d’estre extrêmement accrue en beauté, bonne façon et belle majesté, bien qu’elle eust apporté tout cela dès sa naissance; mais l’aage et le temps font beaucoup de belles et bonnes

1 . l/es contemporains attachèrent une grande importance politique à l’entrevue de Bayonne. Il y en eut même qui prétendirent que la Saint-Barthélemy y avait été décidée. C’est évidemment pour répondre à ces bruits que BrantAme dit si nettement que l’unique motif du voyage de Catherine était de voir sa fille Elisabeth.

ESPA1GN0LLES.

choses, aussi bien que de mauvaises et de laides. Ainsi, un jour que je devisois avec un fort honneste cavallier espaignol (car certes force braves et honnestes d’eux me recherchoient, tant pour en avoir veu et cogneu aucuns eu la cour d’Espaigne, qu’il n’avoit pas six mois que j’en estois venu, que pour en parler bien la langue), il me dit ainsi que nous estions sur les hautes louanges de ceste belle reyne, ces mesmes motz, et beaux certes : Que de veras, tan principal reyna y tau complidti , parecia ser antes la creaciun del rnundo , quasi escundùla y cerrada en el pensarnienlo de Dios, hasta que fuese su divina vo/untad que se juntase por santo malrimonio cm el rey don Phelipe; que siendo por sits liue nos hados tan grande, tan poderoso rey, y quasi tocando el cielo con la mano de su grandeza y pujanza, era menester, y no de otro modo, que no esposase otra sino aquella, que, por su gran hennosura, su honrada rnagestad , y sus vir tuiles duras y nobles, sernejaba mas divina y celesliul, que hiunana C’estoit bien louer son rov et sa reyne. Je parle d’elle plus au long en un discours que j’ai faict à part pour elle, sans passer outre.

i . Qu’en vérité une reine si grande et si accomplie paraissait avoir été avant la création du monde comme cachée et renfermée dans la pensée de Dieu, jusqu'à ce que ce fût sa divine volonté de la joindre par saint mariage avec le roi don Philippe ; lequel étant, par son heureux destin, si grand et si puissant roi, et touchant pour ainsi dire le ciel avec la main de sa grandeur et de sa puissance, il était nécessaire , et non autrement, qu'il n’en épousât point d'autre qu’elle, qui, par sa grande beauté, son honorable majesté et scs pures et nobles vertus, semblait plutôt divine et céleste qu’humaine.

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Or, ceste si belle reyne d’Espaigne a esté louée des siens, non-seulement par ces belles, mais par un million d’autres paroles (car ilz l’aymoient fort, voire quasi l’adoroient, ainsi que j’av dict ailleurs 1 ), la reyne de Navarre, sa troisième sœur, a bien esté autant admirée et louée d’eux quand ilz l’ont veue, les faisant aller à l’esgal toutes deux. Mais pourtant la puisnée passoit un peu devant l’aisnée, ainsi que l’on void quelquefois en un boscage un jeune arbrisseau, par ses belles branches, se hausser sur un autre plus vieux que luy. Mais pourtant toutes deux estoient très-belles, mais par airs différens pourtant ; car chascune avoit le sien à part, très beau et très admirable.

Il faut donc sçavoir que lorsque ceste belle reyne de Navarre alla aux bains de Spa ' elle passa par Namur, comme j’ai dict ailleurs, où elle fut honnorablement receue par don Juan d’Austrie, et veue en grande admiration des capitaines et soldatz espaignolz. De là à peu je rencontray à Paris, dans le Palais, un capitaine espaignol, à qui je demanday s’il l’avoit veue de par là ; il me dit que si, y que por ser extremada de beldad y buenas gracias , habia mas priesa, quando salia fuera, por mirar/a, que no a beber agua de /os baîios ; y que por et arte de su hermosura captivaba las perso nas con la fama, y aun muy mejor con su presencia : porque se moslraba su hermosura entre las otras damas, como el sol entre

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