Elcal&broux ir dit toujours pour rude en langue à'K
) Ce serait deux, en voyant le détail qui mit. La de-
l6 Rodom
DES ESPAIGNOLLES.
d'un coup de pistollet dans le bras gauche, et l'autre d'espée dans [e corps au deffaut de l'harnois, et se sentant foible du sang qu'il rendoît, s'en vint trouver (tout sanglant qu'il estoit, tant du sang de l'enneray que du sien) M. de Guyse, et lui dict en luy monsirant ses blessures : « Monsieur, je vous supplie me dire et juger si je suis encor en estai de combattre, ou de me retirer pour me faire panser. Que si vous me jugez encor bon pour retourner à la charge, et qu'ainsy le voulez, je m'y en vays pour m'achever : si non, et qu'i! vous plaise me commander de m'aller faire panser, je m'y en vays; mais autrement nyrai-je point si vous ne me le commandez. — Ouy, respondit M. de Guyse, ouy, monsieur de Mareuil, je veux que vous alliez faire panser, et le vous commande quand vous ne !e voudriez pas :
vous en avez assez faict pour vostre part. »
Je vis le soir que M. de Guyse en lit le conte; et ledict sieur de Mareuil fut si bien secouru et pansé, qu'il eschappa, et vesquit encor plus de quinze ans après, tousjours aussy brave et vaillant que jamais, et tousjours escaîabreux et querelleux, et avoit tousjours quelque querelle. Encore un an avant que mourir, en eut-il une contre Saincte-Colombe le bègue, très brave et haut à la main, et vaillant; et les trouva-t-on à Bloys qui s'alloient battre, sans qu'ils furent empescnés, et puis accordés. Ce M. de Mareuil fut pour ses mérites recommande de Mareuil ne ;v i!r . ,.- ■ . prÏN au pied de la lettre; ce qu'il voulait par le fait, c'était faire constater publiquement son état, et il en avait le droit.
Rodomontades ,
SPA1CNOLLES.
pensé de l'ordre de Sainci-Michel, qui estoit peu de chose, car il estoit par trop commun : il méritait de plus grands biens et grades.
Les soldats espaignols qui vinrent au premier voyage en France avec le prince de Parme, disoient : « qu'ils estoient tous d'une volonté, à scavoir de mourir ou de vaincre, et prêts à suivre les ordres de leur gênerai; et que, dans leur armée, le soleil rendoit ses rayons plus brillans de la clarté de leurs armes. De manière qu'avec ces armes luisantes, et richement couverts de leurs habits et de leurs panaches, ils paroissoient un jardin bien fleuri, où l'on voyoit peinte la fierté de leur cœur; et se pouvoit voir par leurs visages enflammés, que leur seule vue suffisoit pour causer l'épouvante, et pronostiquoit aux ennemis leur perle aussi certaine que l'estoit leur présence 1 . » Voylà de beaux mots certes, et surtout les deux derniers.
Un soldat espaignol, me louant une fois le roy d'Espaigne, me dict : « Il n'y a personne de notre temps, entre les princes, soit chrétiens, soit maures, à qui l'on doive respect et obéissance comme au roy catholique d'Es-
i. Que eran todns de una volunrad,es à saber, à morir, o vencer, y prontos al mando de su gênera] ; y en su armada, el resplandor de las arma? de los si>libi! ■■ . ici i :■.. los rayos del sol; de manera que cou aquellasliicidas armas, y con las rit» cubiertai y panachos angalanados, parerian una muestra de una muy fonda huerta, que presentaba alli la otgulleia del corazon, y daba senal en los tolorados rosiros, tamo que, solo con el aspeclo, ponian pavor, y manifestaban à lus tnemigos el peligro lan cierlo como sus pre-
nS Rodomontades espaignolles.
pagne mon maître, doni les belles actions, montées jusqu'aux estoiles, obscurcissent celles des empereurs. Et il n'est pas besoin que je le dise; que les royaumes et les roys qu'il a vaincus le disent; que tout le monde entier le répète 1 . »
Le duc d'Albe, celuy qui conquesta le royaume de Navarre pour Ferdinand, estant prest d'estre assiégé dans Pampelune par le roi Jehan de Navarre, assisté des forces françoises que le roy Louis XII !uy avoit envoyées, conduictes par M. d'AngouIesme, jeune prince, despuis le roy François, et par M. de La Palliée, les habit ans dudict Pampelune luy ayant remonstré le peu de forces qu'ils avoient leans pour faire teste à une si grande armée, il leur respondit : « Qu'il ne souhaitoit pas non plus qu'ils fussent en plus grand nombre, parce que moins on estoit et plus on en avoit d honneur. » Les Pampelunois, se souciant peu de celte gloire, dirent : « Mais cet honneur ne a sauroit se gagner sans monde*. » Respondu bien, certes, pour ceux qui veulent jouer leur jeu au plus seur, et au proffit du mesnage de
i . Ninguno, hay en nuestros tiempos entre los principe; cristianos y moros, à quîen se deba acatamiento yobediencia como al catolico rey de Espaiia, mi sehor, cuyos notables hechos, subidos hasta las estrellas, obscurecen lus de los emperadores. Y no es tnenesier que lo diga : diganlo los revnos y reyes de el vencidos; digalo todo cl mundo.
i. Mas génie el no deseaba que fuesen, porque mas honra a los pocos quedaba. Los Pampeioneses, batiendo poco de esta honra, dixeron : ■ Coti poca geote, mal se gana. — La traduction de cette dernière phrase devait être ■ avec peu de gens on a du mal à gagner de l'honneur.
ROPOMONTADES ESPAICSOLLES, I 19
l'honneur. Pelopidas dict bien autrement, lorsqu'il voulut aller contre Alexandre le tyran : on luy vint dire comme l'on avolt recongneu ses forces, et qu'il y avoit grand nombre de gens montant bien plus que les siens. Il respondit seulement : * Tant plus ils seront, tant plus nous en tuerons. » Celuy Bvoit l'esprit tendu plus au carnage qu'à l'honneur. Non pas comme un capitaine espaignol (qui) disoit : « Qu'où il a plus de péril, plus on y acquiert d'honneur'. »
Un capitaine espaignol, petit, fort de stature, luy estant faict la guerre de sa petitesse, il respondit : « Dans les petits corps sont renfermés des cœurs grands et courageux, parce que ce que la nature laisse manquer au corps, elle l'employé à augmenter le courage*. »
Un autre disoit pourquoy il bravoit tant, estant si petit, et n'avoit tant de quoy à braver. Il respondit : » Si un petit homme n'est point fanfaron il n'est propre à rien". » Comme de vray j'en ay veu une infinité de petits hommes, n'ayant pas bien de auoy à payer leur homme : autrement, vous les voyez estendre sur la poincte des pieds, ayant leurs génies mulles, ou, pour mieux dire, leurs eschasses de liège, ainsy que j'en ay veu plusieurs se hausser le plus qu'ils peuvent, et se
I. Que adonde liay mai afrenta alli mas honra se gana, — On ne ïoil pas où est la contradiction, j, En los cucrpos pequé
pmo en 'la virtud de] aninw.
j. Hombre chiquito, si no bravo, no valc iiada.
120 RODOMONTADES ESPA IGNOL LES.
gesner en leurs postures, afin qu'ils puissent mieux braver el faire la piaffe. Enfin ce sont des mirmidons larges 1 pour faire la guerre aux grues, ou voudroient fort estre tousjours montés sur des clochers pour parler de plus haut. Voylâ comment les petites gens ne se contentent point de leurs petitesses, mais souhaitent tousjours estre grands.
Si est-ce que ce n'est pas le meilleur que d'estre si grands extravagant ment; car j ay veu force de ces grands n'estre pas plus habiles que les petits, voire très badauis, et fadats de nature et d'art, ny plus vaillans non plus, mais très poltrons; et outre, l'on les vise mieux à la guerre. Et, qui plus est, sont fort subjects à avoir les jarrets coupés, qui y veut tirer : ainsy qu'il se dict et se lit que quand le grand sultan Solyman fut en Ongrie et à.
Vienne, fut pris dans une forteresse un soldat lansquenet de si extresme hauteur, qu'on le tenoit pour un miracle de nature, si bien que l'on en fit un présent au grand Solyman, pensant qu'il s'en deust servir à sa garde. Mais, au lieu de cela, il en tira son plaisir par une barbare cruauté; car il le fil attacher par les bras et les pieds, et le fit mettre tout debout en une salle pour combattre en estoquade' contre un petit nain qu'on luy avoit donné, et qu'il avoit en délices. Ce petit nain esloit armé de son espée, qui demeura plus d'ui
i , Armes de boucliers ou larges.
; U'aulres tentes portent ataauade, q rière de pieux et par extension pour champs des, kslot/ua :.if,'iiih(.T.'iit coup it pointe {d'estoc).
ROOOMONTADES ESPAIGNC
heure à mer ce géant, ei assenoit si mal ses coups, ores luy donnant sur le corps comme il se pou voit hausser, ores sur les cuisses, ores sur les jarrets, le pauvre géant parant aux coups au mieux qu'il pouvoir et esquivant.
Enfin il tomba par terre, et ce nain le paracheva comme il peut : et ainsy en donna le plaisir à Solyman, et à aucuns baschas et grands de sa cour. Il y pouvoit avoir du plaisir pour ceux qui sont barbares et cruels, et de la risée, mais nullement pour nous autres qui sommes chrestiens. Je croy que les Romains n'exhibèrent jamais un tel passe temps.
J ' ii y leu dans un livre espaignol, qui se nomme La Conquisti de Ntaarra', que le roy Jehan de Navarre ayant envoyé un héraut vers les ducs d'Albe et de Nagera, tous deux généraux de l'armée {ce qui n'est pas le meilleur, a parce qu'une armée gouvernée par deux capitaines généraux ne se conserve jamais bien* )■), pour demander batlaille auprès de Pampellune, ils respondirent « qu'ils ne vouloient point la donner là, mais dans les plaines de Bordeaux, où ils s'achemlnoieni pour conquérir toute la Guyenne ' ». Cequ'ilsne firent et ne tindrent, car l'obstacle estoit trop grand : aussy ne le vouloient-ils entreprendre; mais il fafloit qu'ils fissent ceste bravade.