La honra de la milicia espanola
2. Philibert de Châlon, prince d'Orange, chef de l'armée espagnole.
Branthôme, IX. 9
elle leur cousta bon.) Puis 1 le siège de Met qui leur fut très malheureux, n'oublie voyage de M. de Guyse, et la rompure de sor desseing; et puis vient finir sur les deux battailles de Sainct-Quentin et Gravelines, qui contraindrent le roy Henry (n'en pouvant plus) à demander la paix. Il s'en faut les prises de Calais, de Guynes, de Theonville*, et le champ d'Amiens, où le roy, estant en personne, présenta cent fois la battaille au roy d'Espaigne; mais point de nouvelles! Enfin il en conta prou, sans s'oublier aussy, et se disant, estant lieutenant plusieurs fois de l'empereur Charles, estre vray lesmoing de, leur valeur. Ceste vanterie pour luy et pour ses soldats est escusable, autrement le vent espaignol n'auroit point de lieu a . Ainsy en ceste harangue il imita quasy son oncle le conquesteur de Navarre, que je viens de dire, qu'aucuns ont voulu croire avoir esté son père ; mais cela est faux, car son père fut don Carcie de Tolède, qui mourut aux Gerbes* contre les Mores, en la fleur de son aage, y ayant esté envoyé avec, dom Pedro de Navarre*, lieutenant du roy Ferdinand en l'armée qu'il y envoya en M. D. X. Un soldat espaignol ayant appelle un seigneur italien en combat, l'Italien lui fit response que, d'autant qu'il n'estoit pas son
\s le duc d'Albe conte le siège ds Met*.
pas de vanité en Espagne.
j. Autrement, il n'y ai
h (Tunisie).
lils d'un matelot,
: de France.
Rodomontades espaignolles.
pareil de lignage, il luy envoyeroil son vallet pour le combattre. Le soldat luy répliqua :
« Je le veux bien, parce que, quelque méprisable qu'il soil, il vaudra toujours mieux que
Il l'on dit de mesmes d'un gentil homme françois qui refusa ainsy le combat à un qui n'estoit de si bonne maison que luy, qu'il luy envoyeroil un de ses vallets. L'autre respondit : « Je l'en aymerois mieux, car il ne m'en scauroil envoyer pas un des siens qui ne soit plus homme de bien et de valeur que luy, et par ainsy en combattant le vallet j acquerray plus d'honneur qu'à combattre le maistre. »
Un seigneur de Castille fit bien mieux.
D'autant qu'en Castille, pour taire champ, il faut que les deux parties soient esgalles en lignage, et, parce que sa partie estoil fort inférieure à luy, il dict : « Dites à un tel que je me fais d'aussi basse extraction que lui, et qu'il vienne ici se battre contre moi*. ><
Il y en a force grands qui ont faict de tels traicts, qui se sont desmis pour une heure de leurs dignités, charges, gardes et ordres, pour combattre leurs inférieurs, à quoy ils ont plus d'honneur que de s'ayder de telles cuirassés poltronnes. J'en ay faict un beau discours ailleurs 1 .
Les Portugais avoient de coustume de cele-
! . Yo lo otorgo, porque, par muy ruin que sea, seri mejar que vos.
a. Decid i él w! que me haga de tan ruin liiuge corno él, y que se saïga i matar comsigo à Ul parte.
). Voyez le Discours sur les duels.
ijî Rodomontades espaiGNolles.
brer tous ks ans la grande feste du jour que fut donnée labiUtailled'Aljubarota 1 . Par cas, un cordellier ce jour estant venu baiser les mains du roy, qui en celebroit la feste, il dict au cordellier : « Que vous semble de notre fête ? En celebre-t-on de telles en Castille pour de semblables victoires*.' » Le cordellier respondit : « On n'en fait point, parce que nous avons tant de victoires que chaque jour seroit fêté, et que les artisans mourroient de faim ". » Voylà une rodomontade d'un moyne aussy belle que soldat ou homme de guerre eust sceu dire.
A cela, au bout de quelque temps, un cordellier portugais la rendit bonne, fust au mesmes cordellier, ou à un autre qui fust qui en parlast; car, en preschant un tel jour de l'an que celuy-là que ceste battaille fut donnée, il dict en ces mesmes mots à son sermon, en représentant la battaille (comme tels prescheursfont souvent quand ils extra vaguent de leur thème) : « Nous autres chrétiens, nous étions d'un côté de la rivière, et les Castillans de l'autre*. » Quelle altacque fratresque s !
De tout temps, les Portugais et les Castil-
i. Sans la victoire d'AJjubarrota (ij8(). 1* Portugal était
conquis par la Casfille.
i. Que os parère de tmestra fiesta? Célébrante en Castilla laies fiesu piir semcjsnles vrncimientos^
j. No se hacen, porque son tantas las vïctorias nuestras, que cada dia séria liesta, moririan los olidales de l.jmbre.
4. Noiostros cristianoî, estabamos de un c.ibo del rin, y tôt CMdhDDS de la otra pane [ai.
j , Quel clérical récit d'attaque !
(il) Étions ami bout Je la rivière, et les Castillans à ['autre.
MONTADES ESPA ICNOLLES. I)J
lans ne se sont guiere aymés, comme je le cogneus une fois, moy estant à Lisbonne, et entré dans la boutique d'un marchand de soie pour y achepter quelque étoffe; et, d'autant que je parloisbon castillan, je demande à une jeune fille qui gardoit la boutique où estoit le maistre. Elle l'appela soudain, et dict, t prenant pour Castillan : « Voilà un Castillan qui vous demandé 1 , n Luy, se courrouçant contre elle, luy dict, après m'avoir cogneu pour François : « Coquine et mal apprise, n'avez-vous point de honte d'appeler Castillan un homme d'honneur comme celuy-cy'? i> A ceste heure, despuis que le roy d'Espaigne a mis le royaume de Portugal entre ses mains, ifs sont grands confédérés et amys; mais c'e: par force.
Le combat qui fut au royaume de Naples, entre douze gentilshommes françois et douze cavaliers espaignols, demeura fort doubteux sur la victoire. Après qu'il fut finy, le grand capitaine, après qu'il eut envoyé les siens pour bien choisis, demanda à celuy qui en avoit porté les nouvelles comment estoit allé l'affaire. L'autre, parlant ambiguement, ne luy respondit que : « Seigneur, les nôtres (re)vinrent â nous comme bons soldats 3 , » Le grand capitaine respondit : « Je vous avois envoyés pour meilleurs*"; comme voulant dire qu'il les avoit
i . Aqui esta un Castdlano que pregunla por II,
i. Vellaca, mal crbda, à un liombre corno csle, no lienes
■j 3t llauurle Castellano?
J. Stnor, loi nueati-'js vinjiiron .i nj^n.ja por buenos. ^. Por mejores os habia yo enviado.
envoyés pour très bons et très bien choisis, et pour faire mieux qu'ils ne firent. Par là on peut cognoislre que les nostres n'y furent pas tous desconfits, comme aucuns anciens estrangers historiographes en ont parlé. Mais il leur faut pardonner pour vouloir mal à nostre nation. Mais qui lira le roman de M. de Bayard trouvera bien que nos François y firent mieux que les Espaignols, encor que lesdicts Espaignols s'adviserent de donner aux chevaux ' du commencement, tenant la maxime : a Le cheval mort, le cavalier est perdu*. » M. de Bayard acquit là une très grande gloire.
Lorsque les François perdirent le royaume de Naples, et M. d'Aubigny leur général avecques eux, le grand capitan leur fit tous les honnestes traictemens et conditions qu'il fut possible, et leur donna toutes choses nécessaires, et chevaux pour les emmener. M. d'Aubigny voulant braver, encor qu'il fust vaincu, pria le grand capitan qu'il les accommodas!
au moins de bons et forts chevaux pour retourner. Le grand capitan, interprétant le mot retourner pour revenir à la guerre et retourner au pays pour la faire et renouveller, luy respondjt : « Revenez à la bonne heure, quand il vous plaira; vous trouverez toujours
1. De fup;.' ' ■ WVMii français, ce qui ne passait pas pour 1res loyal en Telles rencontres.
2. Mueno el caballo, perdido el nombre de armas (a), (o) Mort le chevil, mort l'homme d'armes. Le récit du
combat se trouve dans l'Histoire de EMyardpar te Loyal ter-
lOMONTADES KSPA1GNOLLES. I}}
en moi la même libéralité que j'exerce tenant envers vous 1 . » Bonne et belle respon se certes d'un tel capitaine et si courtois, et picquante doucement.
Durant le siège de Perpignan, non pas de ce dernier, il y eut le marquis de Ceneite qui demanda un coup de lance*; et voyant que de là à peu deux cavalliers sortirent ainsy que le dict marquis se retiroit, et luy, les voyant, voulut à eus retourner, dont il eut son escuyer qui luy dict : « N'y retournez pas.
J'irai, j'en mettrai un à bas, et vous viendrez lui couper la tête. » Le marquis respondit : a Je veux plutôt y aller et le renverser; et vous irez vous après pour lui baiser le cul 3 . » Il fut bien employé* de faire ceste response à ce brave.
Enquoy j'en ay veu en ma vie de tels braves fats que celuy-li, qui veulent faire ainsy des vaillans, et disent ; « Monsieur, n'allez pas là; il y faict dangereux : laissez-m'y aller, et ne bougez d'icy. a Et Dieu sçait, quelque bonne mine qu ils fassent et pârolles qu'ils disent, ils se concilient'. Il leur faudroit dire ce que dict le grand capitan à un autre qui
;. Volïtd •:» bueii liur.i. ijusnilu Cjuiiieredes; que siempre hallaréu; en mi la jnisma liberalidad que hasta aqui.
i. Demanda à rompre une lante en combat singulier avec un détenseur de la ville.
J. No ïuelva V, S. que yo iré, y derriban.- unude rfkij, y V. S. Ilegarj .1 cortarle la cabcza. Respondio el marques : Antes yo quiero ir, y derribarle; llegartis vos despues, y ir-k-hey; en el rabo.
4, Bien îvisé,
j. Ils s'embrcnneut , se conduisent en foireux.
ij6 Rodomontades espaicnolles.
luy tenoit mesmes propos : « Si je n'ai point de peur, pourquoi cherchez-vous ù m'en donner 1 ? et comme dkt un grand capitaine des nostres à un gallant que je scais : « Pourquoy me voulez-vous faire poltron, moy qui ne le suis point? »
Un capitaine espaignol combattant en estoquade contre un autre, et luy ayant coupé un bras et un jarret, dont il tomba par terre, luy dict : « Rend-toy, autrement je te couperay la « teste. » L'autre luy respondit : « Fais ce que tu voudras, car si je n'ai plus de bras pour me défendre, j'ai encore un cœur pour savoir mourir' »; disant souvent ce mot : « La vie meurt, mJs la renommée vit toujours 1 . »
Un soldat espaignol ayant, en un deffy, mis son ennemy à un tel poinct et blessé, qu'il n'en pouvoit plus; si bien qu'en lieu de luy demander la vie il luy demanda la mort, et le pria de la luy donner, l'autre ne le voulut ; mais l'estropia très bien de bras et de jambes, pour deux raisons, dict-il : « L'une, parce que tu auras plus de peine en vivant; et l'autre, afin que tu puisses dire qui t'a blessé, et d'où te viennent ces blessures*. «
i. Si no tengo miedo, porque quereismelometer?
2. Haced lo que quisieredes, que aunque me falta elbi para pelear, sobrame el comaa para morir.
j. Muera la vida, y la fama siempre vîva..
4. u una, parque mas peu» en vîvir; y la olra, pi puedasdarraîonde qnien te hïriô, y tcdiitalejcuchillada
(a) L'une pour que tu peines plus à vivre; l'autre que tu puisses eïpliquer qui ta blessé el taillé ainsi calcul de bête féroce était fans si son adversaire en était d< réduit à demander qu'on l'achevât.
OMONTADES ESP A IGNOLLES. 1 J7
Comme de vray, ce fut à ce pauvre diable un grand creve-cœur de se voir ainsy vivre estropié de son ennemy, el n'en pouvoir tirer raison. La mort fust esté cent fois plus souhaictable.
Un autre voyant braver un gallant' de parolles et rodomontades, il dict seulement que : * Modère ton grand orgueil, il suffit seul pour le faire périr'. »
L'n capitaine espaignol, tournant des guerres d'Italie, et en racontant merveilles de ses vaillances en une table, il y eut un certain vallet qui servant luy respondit froidement, en estant le bonnet : « Je vous prie, monsieur, de me donner la liberté de le croire 3 . »
Un soldat espaignol, estant tourné en sa patrie, et se vantant en bonne compaignie qu'il avoit veu tout le Monde, il y en eut un qui, relevant ce mot, luy dict : « Il se peut faire, monsieur, que vous avez esté en cosmographie*. » L'autre luy respondit, fust à escient, ou pensant que ce fust quelque grande région ou cité : « Monsieur, nous en estions à vue, mais nous la laissâmes à main
;. Supplïco à V. M. me de licencia para que locrea. — A la suite de cette réponse, le teste de l'édition Lalanne, donne la répartie d'un soldat à un mendiant qu'on retrouve plus loin dans les Sermsiis.