Piiede ser que V. M. ha ya estado en costnografia(fe
(0) Tais-toi, L.ib'Alit orgueilleuse, qu'elle suffise â te faire
rirl C'est-à-dire : Contente-toi de mettre ton orgueil à
ir mourir pour ton compte.
(6) Peut-être que Votre Grâce a été en cosmographie r
ij8 Rodomontades espaicnolles.
droite, parce que nous estions fort pressés '. i Quel gallant! possible se mocquoit-il d'eux', aussy bien qu'eux de luy, ou bien qu'il i'ust là descouvert 5 .
J'aymerois autant le conte d'un certain Italien, qui un jour voyant le roy François discourir à sa table de la grandeur et beauté de sa ville de Milan, ainsy qu'un chascun en disoit sa rastellée, l'Italien, se produisant, dict que certes c'estoit une très belle ville, mais que le port n'en valoit rien, et qu'il n'y avoit gallere ny navire qui ne courust grande fortune de se perdre à l'entrant, si l'on y advisoit bien. Le roy, avecques toute l'assemblée, se mit aussytost à rire et à luy dire qu'il avoit très bien veu et recogneu la place et le port à ce qu'il disoit, et qu'il s'advançast un peu pour en parler encor mieux. Parquoy luy s'avancant, il ne dict autre chose, sinon en faisant sa révérence bien bas : a II suffit, sire,
Juej'aye parlé à Votre Majesté*. » Le roy luy emanda ce qu'il vouloit dire par là. Luy respondit que, puisqu'un chascun parloir, il vouloit parler aussy, et que s'il eust dict quelque chose de bon et de vray, il ne l'eust escouté, et n'eust faict cas de luy; et, pour ce, s'estoit advisé à trouver ceste bourle 6 , pour estre
i. Senor, Uegamos à vista de ella; perodexamasla à mana derecha, parque ibamos de priesa.
2. Peut-être se moquait-il, voyant qu'on raillait, J. Pria en défaut.
4, Basta, sire, ch'io v'ho parlato.
5 . Bourde se di! encore burta en langue d'oc. Celte bourde préméditée rappelle le procédé d'un autre Italien, le marquis de Spinola, qui s'avisa de mordre un doigt de Louis XIV,
mieux reçu à parler à Sa Majesté, et estre entendu d'elle, sçachant bien que la mer n'estott pas plus près de Milan que Gennes.
Un pareil traicl fit un que j'ay eogneu capii.iine de galleres, nommé M. de Beaulieu, fori mon grand amy, qui avoii esté lieutenant d'une des galleres de feu M. le grand-prieur de France, de la maison de Lorraine, qu'il aymoil pardessus tous ses capitaines et serviteurs, car c'estoit le meilleur compagnon, et qui disoit le mot de la meilleure grâce qu'homme de France. Ceux de Marseille, ayant un jour une affaire à la cour de grande importance, ils envoyèrent par deux fois deux consuls des mieux choisis et des plus sages, qui n'y peurent rien faire, et s'en retournèrent comme ils estoieni venus. Surquoy ils s'adviserent de prier ledict M. de Beaulieu d'aller à la cour, et prendre la charge de ces te affaire; ce qu'il entreprend fort librement, car il estoit prompt et très officieux.
Après qu'il eut fairt son harangue à la reyne-mere, qui gouvernoit tout pour lors, elle luy dict en riant bien fort : <• Kl quoy! Beaulieu, ceux de Marseille n'avoiçnt-ils point en leur ville un plus sage personnage que vous pour envoyer en ambassade? » Il luy respondit : a Oui vrayment, madame; mais quand ils ont veu que les deux qu'ils vous ont envoyés n'ont rien peu faire, ils se sont advisés d'y envoyer un fou, si qu'il feroit
il moyen d'être remarqué de Su Maje.té.
»40 Rodomontades espaigno:
mieux qu'un pius sage; et pour ce ils m'ont dellegué. Que si vous me faietes ce bien, madame, de m'octroyer ma requeste, vous me mettre/, en réputation; et, de fou qu'on me tient, je seray désormais estimé très sage, n
La reyne, qui aymoit les bons mots et à rire, luy accorda sa requeste et !e fit depescher : et puis s'en retourna joyeux, et fort glorieux, et bien estimé des Marseillois qui luy firent un beau présent de mille escus pour sa peine, qu'il ne cela point à la reyne, qui en fut bien ayse. J'estois lors à la cour, qui en vis tout le passe-temps; car ledict Beaulieu estoit mon intime amy.
Estant demandé un jour à un brave combien d'hommes il pourroit bien combattre et en sortir à son honneur, il respondit : a Un seul, s'il est homme d'honneur. Si ce sont des lâches, la rue pleine '. » Comme voulant dire qu'il en tueroit tant que les rues en seroient pleines, et en pueroient*. Geste response certes est belle et de considération; car il n'y a rien si aysé que de battre des gens de peu'.
Si nous voulions 1 croire à un conte d'un
i. Si es hambrede bien, uno; y de vellacos, la calle
a. Je ne vois pas que lereite espagnol autorise cet! prétation. Il parait plus logique d'y voir seulement y a : un seul, s'il tu bran ; autant qui la rue peut tenir, si ce sont des lâcha. Ce qui ne veut pas d foule sï considérable, la rue étant généralement éti Espagne. Mais il n'est pas question de cadavres en la rue, comme l'auteur se plait à le dire.
%■ Surtout quand tes gens s'offrent sans défense à coups, ainsi que le montre le récit suivant.
4. Si est employé ici affirmativement. Si* nuu croire équivaut à noire Prenons pour ce qu'il vaut.
Uetti,
Rodomontades espaignolles. [41
capitaine que j'ay cogneu, vray enfant de la mathe' s'il en fut onc, qu'on appelloit le capitaine Freville, brave et vaillant, un grand jeune homme de l'aage de vingt-cinq ans, de belle et haute taille, et bonne façon, et qui partait aussy bon allemand comme sa langue françoise, pour avoir demeuré au pays six ou sept ans. Ce capitaine estoit fort mon amy et m'avoit suivi au siège de la Rochelle, et à la cour quelquefois; le roy Henry, à son retour de Poulloigne*, estant à Lyon, ce capitaine estoit bien souvent avecques moy, dont iî me fut dict de bon lieu que je l'advertisse qu'il ne se pourmenast plus tant, et qu'il pourroit estre en peine de la justice 3 ; ce que je ne failly de luy dire, et de l'en advenir.
Mais il me respondit froidement : s Monsieur, je vous en remercie; mais ne vous en mettez point en peine pour moy de cela; car cela n'est rien. Ce n'est que quelque petite batterie dont on m'accuse; mais la |ustice ne me sçauroit rien que faire, n
3e voulois sçavoir au vray que c'estoit. il me dict : « Monsieur, c'est rien cela; mais, puisque le voulez sçavoir, c'estoit un maraud, marchand de Paris, qui m'avoit faict un desplaisir. Je le fis guetter; et sceus comment il s'en alloit ù Orléans un jour, avecques quatre
1. On appelait infants de la matht (ou mute, de l'italien matin : troupe), les escrocs et les voleurs, ce qui donne tire couleur singulière au faible que hr.i:i[h-';i!f- affiche pour un
tel h
). Éprouver quelque peine de la part des gens de justice.
142 Rodomontades esp(
ou cinq autres marchands de ses eompaignons.
Je monte à cheval. Je les suis tant que je puis. Je les trouve qu'ils disnoient à Longemeau.
Je mis pied à terre, et donne mon cheval à mon homme pour le tenir. Je monle en haut avecque? mon pistolet bien bandé et le chien abattu. Je trouve mon homme au bout de la table. Soudain je vins à luy, et luy dis : Conftssc-toy, marchand de Paris, tu es mort. Je luy présente le pistolet, lequel faut 1 , et soudain mis la main à l'espée. Je luy donne à travers le corps, et tombe roide mort par terre. Je vis ses eompaignons qui font semblant de faire des mauvais. Je donne à l'un si grand estramasson' sur la teste, que je la luy fends à demy; si bien que, tout estourdy, if tombe dans le feu qui l'acheva de mourir. Au tiers je donne une grande estoquade, dont il tomba soubs la table, pour amasser les miettes qui y estoient tombées ; mais il n'en amassa guieres, car il mourut. Le quatriesme se mit à fuir et gaigner les degrés; mais je luy donne un si grand coup de pied parmy le cul, qu'il descendit plus viste qu'il ne voulut, car il se rompit le col. Moy, j'essuye bien gentiment mon espée à la nappe, et bois un coup, laisse mes gens la morts. Je redescens, passe sur le corps de l'autre au degré, et, tout froidement, remonte sur mon cheval, sans que personne de l'hostellerie s'esmeut n'y bougeast autrement, et me sauve. Et tout cela, mon espée
i. Coup de (aille. Le coup de pointe était l'estocade qu'on
Rodomontades espaignolles. 14)
ei moy l'avons faict en un tourne-main. »
Après luy m'avoir faict ce conte, ne pouvant m'engardcr de rire ', je luy dis : « Comment! appelez-vous cela rien? Ah! par Dieu!
vous estes mal, si ne prenez garde à vous.
Sortez-vous-en de ceste ville n : dont i! me crut; et l'accommoday d'un bon cheval et d'argent, et se sauva : si bien que s'il eust esté pris, ou qu'il eus! tardé une heure â partir, il estoit perdu. Encore veux -je bien jurer qu'à grand'peine vouloit-il partir, sans que I en pressasse 5 . Voylà comment ce jeune homme rendit bien malades les quatre personnes, et comment la fortune luy fut bonne.
Hé! quel tueur!
Il arriva un pareil traict à Milan, lors qu'Anthoyne de Levé en estoit gouverneur pour l'empereur Charles, à un comte de cet estât, qu'on appelloit le comte Claudio seulement, et non autrement. Par cas un jour estant allé à la chasse, et son oyseau ayant voilé une perdrix 1 , quand il fut à la remise, qui estoit un lieu fort esgaré et peu battu, il trouva quatre soldats qui s'estoient deffiés, et
I. L'anteur ne voit là qu'une bonne plaisanterie. C'était par le fait un quadruple aisassiuat, et des plus lâchement commis. En suppliant même quj :.(■-, qu/nre victimes n'aient point péri, car leur mort paraît affirmée trop promptcinent pr cet homme si glorieux de son crime, on peut dire que le sens raorai de Branthûme est à la hauteur de celui de son
a. Encore puis-je donner ma parole qu'il avait grand'peine è partir et qu'il me fallut le presser.
3 . Son autour ayant chasse une perdrix, quand Claudio fut 4 la remise, c'est-à-dire au lieu où se cachait le gibier.
144 Rodomontades espmgnol:
avoient choisi pour leur camp et estoquade 1 un pare de brebis et moutons, dont usent les
E astres en là pour y retenir et resserrer leur estial, afin d'enfumer mieux leurs terres.
Quel camp clos, voyez, je vous prie, que ces braves gens-là avoient choisi! Le comte Claudio, les voyant tous quatre en chemise, et prests à se battre deux contre deux, les pria de ne se battre point pour l'amour de tuy, et de s'accorder. Eux luy dirent qu'ils n'en fairoient rien, mais que s'il en vouloit avoir le
[ilaisir, et en estre le juge, qu'il vist faire seuement. Le comte Claudio dict qu'il n'en fairoit rien, et qu'il ne luy seroit reproché qu'en sa présence ils se coupassent ainsy la gorge; et là-dessus met pied à terre, et l'espée au poing, pour les empescher de se battre. Eux aussytost, comme désespérés, vont concerter ensemble, et s'escrier : * Tuons-le, puisqu'il nous veut rompre notre entreprise; et, amprès, nous la reprendrons, et nous nous battrons et verrons à qui le champ demeurera s; et de faict le chargent à outrance.
Mais luy, qui estoit pour ce temps-là un des vaillans de Testât de Milan, se garde si bien d'eux, et les charge si bien tous quatre, que trois demeurèrent morts estendus sur la place: et le quatriesme, blessé à la mort, luy demanda la vie, laquelle il luy accorda, et puis s'en alla. Et, despuis, ce soldat en fit le rapport et le conte, que j'ay ouy faire à Milan d'autres fois.
ie de pieux. De
ADES ESPAIGNOLLES. I45
Voylà des bonnes fortunes de Mars, qu'il employé à ceux qu'il luy plaist. Faut bien notter en cecy que, quand dés gens de bien ont bien envie de se baitre, ou qu'ils sont une fois aux mains, il n'y a rien qui leur fasche plus quand quelques-uns surviennent qui les veulent séparer : et bien souvent a-t-on veu arriver de mesmes que Je viens de raconter, que les deux ennemys, ou quatre, ou plus grand'troupe, s'accordent a charger messieurs les separeurs (j'en ay veu deux tels traicts en ma vie), n'estant rien si fascheux au monde à un vaillant et brave homme que de luy rompre son desseing d'armes.
Au siège de La Fere dernièrement, ayant esté pris deux soldats a un escarmouche, dont l'un estoit François et l'autre Espaignol, et menés devant !e roy, il dict au François que sa sentence de mort estoit donnée par son bandon 1 pour les François révoltés contre luy, mais qu'il luy pardonneroit et luy donneroit la vie s'il luy disoit la vérité. L'autre l'ayant promis, le roy luy demanda combien ils pouvoient avoir encor de vivres léans. Le François luy respondit qu'il y en avoit encor pour un mois. Et ayant demandé à l'Espaignol de mesmes combien il y en avoit, 1 Espaignol respondit qu'il y en avoit encor pour deux mois ou trois. Alors le roy s'adressant au François, luy dict : « Vous serez pendu, car vous 'm'avez menty. » L'Espaignol, advisé., prompt et courtois à sauver la vie de son
ildiie contre les insurgés franjais.
146 Rodomontades i
compaignon, dict au roy : « Sacrée Majesté, il ne ment point, car il n'y en a pas davantage pour les François, qui sont de grands mangeais; mais ils dureront autant aux Espagnols, qui vivent et se contentent de peu '.
Aussy manderent-ils au cardinal d'Autriche qu'il leur envoyas! seultement du sel; car ils se salleroient et se mangeroient les uns les autres avant que se rendre. La rodomontade ne fut là bonne, car ils furent bien ayses di se rendre à une honneste composition que ' roy très généreux leur octroya et tint tri bien.
Certainement, de croire que les Espaignols soient plus sobres que les François, il le Faut : à quoy deux soldats se rencontrant une fois en Italie dans une hostellerie, l'hoste leur servit un plat de raisins, ce que le François n'ap- Prouva point, et n'en voulut manger. Ce que Espaignol remonslra à l'hoste, disant « que les François n'estoient point accoutumés à bâtir sur des choses rondes 3 . " L'Espaignol,
acant à luy, il mange de tout ce qu'on luy onne, et se contente de peu quana il va de son coust et de sa bourse. Que si vous le surprenez sur son ordinaire, il est quitte, en vous en présentant et priant d'en manger, à vous
Idire : « Monsieur, mangez de ce morceau de lard ; je vous jure qu'il n'y a point de perdri loi loi
1. Sacra Magestad, no tniente : parque no hay ma; lo? Franceses que son grandes coroedores; mas bastar los Espanoles, que viven y se com-nlan de poco.
1. que los Franceses no eran acoslumbrados hacer si ficios sobre cosas redondas.
.ODOMONTADES ESPA IGNOLLES.
qui le vaille '. n Quand ils sont à la table et aux despens d'autruy, ils mangent aussy bien que les Franco». Aussy se mocquent-ils d'eux qu'ils mettent tout à la mangeaille, et vont tout nuds; et eux « sont habillés et ornés comme des roys* ». Comme de vray, il n'est pas possible de voir chose si brave comme j'ay veu d'autres fois les vieux soldats des terzes de Naples, de Sicile, de Lombardie, de Sardaigne, voire de la Collette quand ils la tenoient.
Pour retourner encor à leur sobriété, et comme ils endurent la faim, je m'en vais faire ce conte et puis plus. A la révolte de la ville de Sienne, et quelle fut surprise et gaignéc par nostre roy Henri II, il y eut trois soldats espaignols qui, ne perdant cœur, gaignerent une tour de la porte Romaine, et se résolurent là de vendre leur mort au plus haut prix qu'ils pourroient. Comme de faict, ils firent si bien que M. de Termes, le principal chef francois de l'entreprise, vint luy-mesmes parler à eux qu'ils se rendissent, et qu'il leur fairoit bonne guerre et honneste composition, et qu'ils advisassent bien qu'il y avoit quatre ou cinq jours desjà qu'ils n'avoient rien mangé, et qu'ils s'en alloient aux vespres ou vigiles de la mort, n'ayant nulle provision pour vivre, et qu'ils fairoient bien de se rendre et prendre le parti du roy et laisser celuy de l'empereur, autrement il les fairoit brusler
l. Sentir, coma de este pedazo de lucino; que juro à Dios m hay perdizque le valga.
;j m y ataviados como reyes.
148 Rodomontades espaignolles.
leans, ou mourir de faim. Par une petite fenestre de la tour, un respondit pour tous de ceste manière : « Cavaliers, qui que vous soyez, nous vous baisons les mains, tous tant que nous sommes, et vous remercions beaucoup pour le bon parti que vous nous offrez, et la bonne volonté que vous nous témoignez de nous vouloir délivrer de la mort. Quant à nous rendre et à servir le roi de France, il est si bon qu'il ne manquera point de serviteurs : pour nous, nous sommes si fidèles au nôtre, qu'aucune crainte de la mort ne nous fera changer; et le feu, ni aucun autre genre de mort que ce soit, ne nous épouvante point.
Quant à ce qui regarde votre resolution, et ce que vous dites qoe no-js n'avons point de vivres, sachez que nous avons ici beaucoup de tuiles, et que quand la provision nous manque, nous savons nous nourrir de tuiles bien broyées 1 . »
M. de Termes loua fort leur dire et valeur.
Toutesfois, leur ayant encore remonstré leur ma!, ils y songèrent et se rendirent; et il les prit à mercy, et les renvoya sains et sauves.
t. Cavalleros, qualesquiera que fuereis, todos como somos besamos vueàtr.v, manûi Hiuîh.v; vcces, por el buen pariïdo y voluntad 411e de librurnos de muene nos habeis mostrado. ï quanlo à rendirnoi, y servit al rey de Francia, cl es tan
bucno q U e no le faliarà quicn le sirva; y nosolros tani [eales
110 nos espanla el fuego, ni qualquiera olra muerte. que toca à au inlcnto, y que decis que no teneme corner, sabed que Ki lenemos abundanda de ladril skinpre que à las Espanolej falla la provision, coi bien molidos
ar; y
T.n lu
Rodc
II ne faut mangèrent ayant dem
Rodomontades espmgnolles. 149
Il ne faut point doubler pourtant qu'ils ne mangèrent à l'extrémité de ces milles broyées, ayant demeuré là tant de temps et si longuement, lant ils sont patiens de la faim entre autres vertus militaires. Et ne faut point doubter qu'ils n'eussent volonté de se rendre, car ils n en pouvoient plus : mais il falloit avant qu'ils fissent ceste rodomontade, et bravassent, tant ils sont coustumiers de braver, aussy bien en leur prospère qu'en leur adverse fortune; et telle est la vertu de tels généreux.
En ceste guerre et la battaille de Sienne, faicte entre le seigneur de Strozze et le marquis de Marignan, les Espaignols donnèrent réputation à Astolphe Baglion d'y avoir très bien laict; si bien, disoient-ils, « qu'il faisoit un si grand carnage des ennemis, qu'il r.'en touchoit aucuns avec son epée tranchante qu'ils ne laissassent la vie entre ses mains par la délicatesse de son tranchant ' ».
Ils louèrent bien autant là mesmes « un capitaine nommé Léon, et un autre nommé Espinosa, qui faisoient un si grand carnage
[>armi les ennemis, que leurs 'pieds ne fouoient autre chose que des hommes morts de panel d'autre' ».
Un soldat espaignol du prince de Parme, durant ces guerres, ayant esté pris des nostres,
1 . Que lan grande estrago en enemigos bacia, que no topaba. nombre con su cspada cortador.i, que à la duliura de sus liilos no deiase la vida eu sus manos.