‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 2)Chapitre 34 sur 77 · MondiM:. ■.:. lit des consultations en · texte numérisé non relu

MondiM:. ■.:. lit des consultations en

matière criminelle, en droit pénal.

conte, ils firent tant de maux et se firent tant craindre, qu'ils donnèrent bien de l'affaire à Ferdinand, et à songer à luy; car, de les avoir par les armes, il n'en folloit point parler, t.inl ils estoient forts, braves et vailians, et se sçavoienl très-bien conduire en bons hommes de guerre : et, pour ce, fut advisé de les avoir par douceur et belles promesses. Donc, aorâs plusieurs allées, venues, conférences et ambassades par Alvarede Sando, Sancho Allarcon, Alphonse Vives, et surtout par Juan Varga, le bon vieillard, que les amutinés aymoient et appelloient leur père, la paix fut faicte. Et pour la conclure et rendre bien ferme et stable, il fut dict et arresté qu'à un certain lieu où la messe se diroït, tous, d'une pari et d'autre, au moins les chefs, jureroient sur le corps de Nostre Seigneur, quand le prestre le leveroit, qu'ils tienaroient la paix et ne l'enfreindroient nullement. Quand ce fut là, les députés d'Heredia très-volontairement haussèrent les mains dextres. Il y eut un desdicts députés, qui s'appelloit Villa-Lobo, lequel voyant don Ferdinand estre long et tardif à hausser ia sienne, il luy cria tout haut : « Seigneur vice-roi, levezlamain s'ilvous plaît. Voilà le corps de Dieu que vous voyez. Si vous ne la levez pas, nous nous départons sur-le-champ de notre serment; nous rompons la paix, et la guerre recommencera comme devant 1 . » C'est parlé

i , Sentir virey, aliH la n-.jnu. si ..jisteredes, que es el çuerpo de Dios (,.:: i\ .1 wn S: no la allais, luego nos apartamos del juramento, y quebramos la psi, y guerra

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cela à un gênerai, et bravé un vice-roy. Quelle rodomontade! Ce n'est de pair à pair, ny de compaignon à compaignon, mais d'intérieur à son supérieur. Ce fut à Ferdinand à lever la main aussytost, et faire bonne mine pour le coup; mais après il en eut bien sa raison, car, les ayant séparés et départis aux garnisons, qui çà qui là, il en fit mourir et pendre tous les chefs premièrement, et force autres, et plusieurs jetter dans la mer; si bien qu'on en voyoit les rives bordées de corps morts, jusques environs cinq cens. Les autres, les rellegua et les envoya aux isles circonvoisines, où la pluspart moururent de faim, comme en l'isle de Lypary, que je pense n'avoir veu si misérable habitation ; car il n'y croist que des câpriers. Les autres furent envoyés en Espaigne pour y estre ignominieusement veus, Dont aucuns disoient, quand on les y menoit : « Qu'ils auroient bien mieux aimé mourir que de recevoir un tel affront ei un telopprobe, et que d'être traînés ainsi pour être en butte au mépris de leurs parens, de leurs amis et de leurs compaignons 1 . » Pour conclure, ils furent très-rigoureusement chasiiés. Ce quele conseil d'Espaigne trouva pourtant très mauvais, et se mit à en faire le procès à don Ferdinand. J'en ouys raconter quelques particularités du plaidoyé, qui certes sont belles, et fondées sur quelques raisons, lesquelles j'eusse mis icy, mais elles fussent esté trop

i. Que mas presto los ta y verguenza, y ser tr amigos, y companeros.

sus pjrienies,

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longues. J'espère les mettre ailleurs. Ils luy firent donner un adjournement personne! pour comparoistre; mais l'empereur fit surseoir la cause. Aucuns ont dict et escrh qu'il trouva très bonne ladicte rigueur et punition, et mesmes qu'il taxa Ferdinand de n'en avoir pas prou faict ; mais sont menteries, car je tiens de vieux capitaines et soldats espaignols que j'ay veus en SicilleetaNaples, qu'il en fut tres-mal content, et en blasma ledict Gonzague; et en coulla la chose pour le coup. Et tant s'en faut que l'empereur le trouvast bon, que, quand les députés de Milan vinrent vers luy pour luy remonstrer les maux que d'autres amutinés, conduicts par leur chef Sarmento, faisoient en sa duché de Milan, et que, s'il ne leur en faisoit raison, ils seraient contraincis de se la faire eux-mesmes, il s'en courrouça et estomaqua fort, et menaça, s'ils luy tenoient jamais ces propos; et si leur en fit faire une réprimande et menace plus rigoureuse par son chancellier de Granvelle.

Or ledict Ferdinand ayant envoyé ces pauvres mallotrus en Espaigne, et veus en tel estât de tout le monde, mesmes aucuns s'estans présentés au conseil, ne faut point demander si le spectacle en fut odieux en toute l'Espaigne, et à belles injures après luy ; car ceste nation scait fort bien » donner des brocards' » : et la pluspart l'appellent » lâche Italien, ennemi du nom et de la valeur des Espagnols, traître, parjure, moqueur du

[. Ecliar pullas.

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corps sacré de Jésus-Christ, trompeur contn la foy promise, et bourreau cruel 1 j>; bref;, une infinité d'autres sortes d'injure que l'ire, Je despit, le desespoir, la hayne et l'offense, leur rapportaient en la bouche, que j'ay ouy dire, et que je tays. Au moins, disoient aucuns, s'il les eust décimés, et faict mourir quelques coupables, la chose ne seroit si exécrable, et les renvoyer contre les Turcs, ainsy que fit le marquis ciel Gouast ceux qui s'amutinerent en la duché de Milan, soubs leur chef Sarmento, qu'il envoya, jusqu'au nombre de trois mille, en Dalmacye, à Cataro el à Castro- Novo, là où pourtant ils périrent tous, fust ou par le fil de l'espée, ou de la cadene de Barberousse' et de ses gens, portans la peyne de leurs maux et de leurs meffakts qu'ils avoient faicts en leur rébellion; mais aussy ils firent bien mourir de leurs ennemys. Possible ceux-cy de Ferdinand, s'ils fussent estes employés pour mesme subject, en eussent faict de mesmes, ou mieux; et par ainsy autant de Turcs morts et tués et moins d'ennemys.

Certes, ii n'est pas besoing d'estre si rigoureux et cruel en telles justices ; car telles gens quelquefois ayans estes pardonnes, et venans à se recognoistre, reparent leurs fautes et font de bons services. Je n'en sçaurois alléguer

l. Vellaco Ualianu, enemigo de! nombre y valor de [os Espanoles, traydor, perjuro, burlador dei cuerpo wgrado de Nuestro Sefior, engafiador de fe, y verdugo sangrienlo.

î. On à la chaine, en ramant sut les galères de Barbe-

Rodomontades espaign

plus brave exemple que des amutinés de la ville d'Alost en Flandres, qui d'eux-mesmes secoururent si bien et si vaillamment la citadelle d'Anvers, assiégée par les Estats, dont j'en parle ailleurs. Ils en ont faict de mesmes en plusieurs autres lieux, s'estans ainsy réconciliés, je dirois bien où, mais je serois trop long.

Je voudrais seulement scavoir sur ce discours, de quelque grand docteur, s'il y alla beaucoup de la conscience dudict Ferdinand en ce serment preste et rompu, qu'aucuns ont dict qu'il ne t'avoit faict que de bouche et non de cœur; scavoir si cela se peut faire en !a présence et à la veue du corps de Nostre Seigneur, et si ce n'est point l'offenser en abusant ainsy de son sacrement et de son mystère. Pour quant à l'honneur, il y a tant de raison de pro et contra, que je les laisse à discourir aux grands capitaines et plus gentils cavaliers que moy. Tant y a pourtant, il me semble, qu'on ne doit point estre tant ainsy severe il l'endroict des pauvres soldats, bien qu'ils fassent tels ou autres delicts ; car ce sont eux qui battaillent pour les chefs; ce sont eux qui aeheptent de leur sang les victoires, et les chefs en triomphent de l'honneur et du profiït. A quoy sceut très bien avoir esgard Scipîon en Espaigne contre ses amutinés, qui ne se contentans de leur rébellion, prindrent L'autoriié et enseigne de consuls à l'instance des soldats. Les chefs en furent punis, et aucuns soldats; et les autres furent pardonnes, qui après firent à luy et à la republique romaine

ODOMONTADF.S ESP A IGNOLLES.

très-bons services Je pense bien que ces grands chastieurs de séditions voudroient bien que les soldais fisseni Je pierre pain, ainsy que le diable vouloit que Jesus-Christ fist en son désert. Hais, ne pouvant faire ces miracles, il faut bien qu'ils vivent ; et vivre ne peuventils s'ils n'ouï leurs payes, ou ne brigandent. Et, ne leur voulant permettre le brigandage, leur retenant leur solde, que veut-on qu'ils fassent? Voylà en quoy ces grands capitaines et généraux d'armées doivent bien arregarder sur ces chastimens, car il y va de la conscience. Cependant je brise icy, estant le discours trop long et fascheux possible à aucuns.

Un de ces ans que nostre roy print et gaigna Paris de la façon que chacun sçait, les Espaignols qui estoient dedans, qu aucuns nommoient Napolitains {mais autant y avoit-il des uns que des autres), ils furent fort esti nés, et comme gens braves et vaillans se re lurent au combat ; et s'estant mis en battaille, le roy leur manda qu'ils ne s'amusassent point à cela, autrement qu'ils estoient tous perdus s'ils en venoient là; toutesfois s'ils vouloient estre sages, qu'il leur fairoit si bonne et honneste guerre, qu'ils auroient occasion de se contenter en leur octroyant, leurs vies et bagues sauves, la retraicte de gens de guerre, ensemble seure conduicte.

Leur maistre de camp qui leur commandoii, avec d'autres capitaines, admirans la générosité de nostre roy, se mirent tous à dire :

o Admirez ce généreux roy, lequel ne se c tente point de vaincre les hommes avec

>it-il ;toneso- .ille,

Rodomontades ëspaignolles. 16$

armes, mais les vainc encore et les gagne par toutes sortes de courtoisies et d'honnêtetés 1 . » Pour ce ils acceptèrent le party. Et pour se retirer, marchans par la ville, le roy les voulut voir passer; lesquels tous luy vindrent faire de grandes révérences, au moins les capitaines; les soldats le saluoient avecques leur gentille mode, ainsy qu'ils sçavent très bien faire. Le roy leur rendit la pareille, selon le respect de sa royale grandeur, et les fit très seurement conduire au lieu de leur retraicte. Ce ne fut sans dire tous les biens du monde de ce grand roy, comme ils avoient raison; car s'il eust voulu estre cruel, ils estoient tous perdus et mis en pièces.

Quasi telles et semblables paroles dirent ces pauvres Espaignols restés devant Mets de feu M. de Guyse le grand, lesquels ayant trouvé au levement du siège misérables, malades, mourans de froid et de faim, fit retirer, loger, substanter, panser, si que plusieurs en eschapperent par son bon traictement, et puis les fit conduire tous à sauveté vers Thionville. Ce fut à eux d'en dire tous les biens du monde, comme de raison. Et entre autres beaux mots qu'ils en proférèrent, furent ceux-cy, qui portent grand poids, bien qu'ils soient courts et briefs : « Qu'il était équitable ennemi et miséricordieux vainqueur 8 . »

i . Mira aquel rey valeroso, el quai no se contenta de vencer los nombres con las armas, mas los vence y gana con toda cortesia y gentileza.

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