‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 116 sur 179 · Lui donna le mulet quand il sortit des pages · texte numérisé non relu

Lui donna le mulet quand il sortit des pages

j . Qui sont subtils et qui excellent en ce genre. Lever la paille se dit encore en langue d*oc pour exceller, par allusion à la propriété qu'a Tambre irotté de soulever certains coips légers comme la paille. De là aussi le terme connu fin comme Vambre.

214 Discours sur les sermens

de choses dont l'on a veu de grands miracles.

Je cuydois n'allonger ce petit traicté des Jaremens espaignols tant comme j'ay faict. Mais, comme un propos ameine l'autre, je me suis perdu un peu en ces petits contes precedens, qu'il vaut mieux dire que raconter ces énormes juremens et blasphèmes, qui sont par trop scandalleux, et très-nuisibles à l'ame, et plus qu'on ne pensée Et m'estonne qu'on ne s'en corrige mieux qu'on ne faict. Mais, à ce que j'ay veu et pratiqué, il n'y a guieres peuple, de quelque nation que ce soit, qui ne s'en ayde fort vilainement. Les François s'en accommodent aussy bien que les autres, et mesmes les Gascons, voire plusieurs Francimans', et sur tout les soldats et advanturiers de guerre, ainsy qu'en couroit le temps passé le proverbe : Il jure comme un advanturier, ou comme un sergent qui prend et tient son homme au collet. Les lansquenets jurent estrangement aussy. Bref, tous s'en aydent, et principalement les Italiens; car ils prennent Dieu, la Vierge Marie, et tous les saincts et sainctes, par le haut, par le bas, par le mitan, que c'est chose fort abhorrable. Ceux qui en ont pratiqué le pays en confirmeront mon dire.

Je vis une fois (je ne diray plus que cestuy-

1 . Comme on Va vu déjà plus haut, Tauteur ne manque jamais, quand il raille à propos de religion, de se mettre aussitôt à couvert en ajoutant quelque correctif.

2. Nom donné par les Français du Midi à ceux du Nord, ainsi qu'aux gens de tout pays se piquant de parler le beau langage de Paris. C'est avec ce dernier sens que le mot semble placé ici.

cy) un capitaine de galleres italien, genevois ', que je ne nommeray point, qui suivoit M. le grand prieur de France de la maison de Lorraine. Estans sur mer, ainsy que nous estions prests à passer le goulphe de Livourne, qui est très-dangereux, jouant aux dez contre un autre, luy ayant livré dix pour son poinct et sa chance, et rencontré et pris pour luy quatorze, il se mit, en tirant les dez, à dire par trois fois : « Fais quatorze, ô Dieu ! ou tu perds une ame chrétienne*. » En ce disant, il fit la chance de son homme, et luy perdit.

Puis, continuant et renforçant plus vilainement son blasphème, il dist : « Je vois bien que Dieu me veut aujourd'hui précipiter en quelque malheur; mais tu mentiras, dit-il en regardant le ciel, car je ne jouerai plus*. » Et, prenant les dez, il les jetta dans la mer, en se retirant avec une perte de trois cens escus.

Ce blasphème porta si grand malheur, que nous estant engoulphés en cedict goulphe, seize galleres qu'avoic ledict M. le grand prieur courrurent grande fortune, et cuyoerent quasi toutes périr. Mondict sieur le grand prieur ayant sceu après le blasphème dudict capitaine, l'en tança très-aigrement, et qu'il n'y retournast plus, autrement il luy fairoit

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