‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 122 sur 179 · C'est-à-dire prêts à se retourner et à montrer les dents · texte numérisé non relu

C'est-à-dire prêts à se retourner et à montrer les dents

224 D'aucunes retraigtes de guerre.

de ceste retraicte à M. de Bayard ^M. du Bellay y met M. de Sainct-Pol, m^is rEspaignol ne faict mention que de messieurs de Bayard et Vandenesse), luy recommandant surtout Fartillerie qu'elle ne fust prise, M. de Bayard luy respondit : « Monsieur, j'eusse fort désiré que le roy et vous m'eussiez donné ceste charge en fortune plus prospère et heureuse que radventure me traicte *; je feray en sorte que tant que i'auray la vie, je la deffendray si bien que l'ennemy n'en triomphera point. »

Et ainsy qu'il le dit il le tint très-bien, demeurant toujours serré sur la queue, et rendant tousjours quelque gentil combat. Mais le malheur fut qu'il eut une grande mousquetade dans l'espaule, qui le força de la douleur de mettre pied à terre : et souaain, ayant esté assisté des siens, et le voulant desarmer et porter sur des picques (car il n'y avoit soldat qui ne l'aimast et ne l'honorast plus que le gênerai), il pria chascun de se retirer et sauver, a Car, quant à moy, dit-il, je veux mourir dans le champ où j'ay combattu , n'estant bien séant à un grand homme de guerre de mourir autrement qu'armé de toutes ses armes. »

Et ainsy que les soldats espaignols, poursuivant la victoire, le voyant estendu, luy demandèrent qui il estoit, et qu'il se rendist : « Ouy,

I . Bayard était d'autant mieux fondé à le dire que l'incapacité de Bonnivet avait fait le jeu des Espagnols, et que les intrigues de la cour de France retiraient la direction des armées aux bons chefs comme lui.

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dit-il, je me rends à M. le marauis de Pescayre»; dont tous les Espaignols commencèrent à le louer grandement, disans : a Qu'ils s'emerveilloient fort du grand jugement d'un si valeureux homme, lequel sçachant bien que la suprême authorité du gouvernement appartenoit à don Charles de Lànoy et M. de Bourbon, néanmoins il aima mieux se rendre au marquis qu'aux autres, sçachant bien que le renom de la guerre, gaigné par une vraie vertu et par illustres faicts, est plus honorable que celuy qui se gaigne par le jeu de la fortune amoureuse, ou par la superbe faveur des roys*.»

M. le marquis aussy le receut fort honorablement, et luy bailla des gardes pour l'avoir en recommandation « qu'il ne receut jiulle violence ni injure d'aucun soldat avare ou ignorant de l'art de la guerre ; car il luy falloit poursuivre l'ennemy * » .

Ledict marauis le voyant en tel estât, s'écria aux solaats : « Soldats , nous avons la victoire, puisque le capitaine Bayard est

1. Que se maravillaban mucho del gran juicio de tan valeroso hombre, el quai sabiendo muy bien que la suprema autoridad del gobierno estaba en poder de don Carlos de Lanoy, y del duque de Bprbon, quisiese antes rendirse al marques que à ellos ; dando à entender que el renombre de guerra ganado con valor verdadero, y con hechos illustres. era muy mas noble y honrado, que no el que se gana con et juego de la fortuna amorosa, y con el soberbio favor de los reyes del mundo.

2. Que no recibiese ninguna violencia ni injuria de ninguno soldado avariento, 6 ignorante, porque era menester que persiguiese los enemigos.

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mort*.» Et luy fit tous les honneurs du monde pour si peu de vie qu'il luy restoit, et les meilleurs traictemens; ayant commandé luy faire tendre un pavillon fort superbe sur le champ mesme, et un lict pour se reposer; et mourut ainsy sans jamais se desarmer.

a Et ainsi mourut tout armé dans le camp% comme il avoit toujours souhaité '. »

Après sa mort, le marquis honora son corps de superbes obsèques , et le renvoya aux siens honnorablement. qui l'emmenèrent en France.

Ce fut lors qu'il dict à M. de Bourbon ces belles parolles que M. du Bellay a mises dans ses Mémoires, Car, ainsy que M. de Bourbon poursuivoit l'ennemy, et passant auprès de M. de Bayard, et le voyant en si piteux estât, luy dict : « Monsieur de Bayard, j'ay grand'pitié de vous. » Lequel luy respondit : « Mais moy. Monsieur, de vous, qui combattez contre vostre Dieu, vostre roy et vostre patrie ; et moy, je meurs les armes à la main pour les deffendre. »

Je suis esté un peu long en cest incident, et crains qu'on ne me coulpe * de m'estre ainsy extravagué. Toutesfois, parlant si bien de ce

frand personnage, tout peut passer sous ceste elle monstre.

1 . Ea I soldados, Victoria tenemos, porque es muerto e capitan Bayardo.

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