L'amiral Coligny assiégea Poitiers en
2. En sa contrée et pays de Basques? En langue d'oc, on dit baschOy dont vasche est une forme. D'où la facétie populaire : ParUr français comme une vache espagnole.
3. Son père avait résigné en sa faveur la moitié du commandement de sa compagnie.
d'aucunes RETRAICTES de guerre. 2J}
d'une grosse troupe de François et de reystres ; mais luy, au lieu de faire une belle tirade et grande cavalcade, s'en alla repaistre et dormir à trois petites lieues du camp seulement, pensant avoir faict un beau coup. Les poursuivans, en ayant eu si-tost nouvelles, le pensant aller lancer jusqu'à sept ou huit lieues, en eurent très-bon marché, le trouvèrent et le prindrent dans le lict irès-aysement à trois lieues; dont la risée en fut très-grande au camp de l'un et de l'autre. Et quand on luy demandoit ce qu'il pensoit faire, il respondoit seulement : « Je pensois faire ce que j'ay faict, et ne pensois pas qu'on me deust suivre plus loing qu'à une lieue de là, m'estant approché si près d'eux. » Si vous asseure-je
Eourtant que despuis il s'est rendu vaillant et on homme de guerre, car il en est de race.
Voyià une belle retirade, ou, pour mieux dire, coyonade ou caçuade.
Or, si nous louons les grandes armées et conducteurs d'icelles pour leurs retraictes en un grand bloc gênerai, nous en avons aussy aucuns particuliers, c'est-à-dire en petite troupe. Et commançons à une poignée de sept à huict cens Espaignols, qui se sauvèrent de la battaille de Ravenne, lesquels, après qu'ils eurent veu la totale fin de la battaille à leur très-grand dommage, résolurent de se retirer et sauver leur vie; et marchant en bon ordre, serrés et résolus-, M. de Nemours, qui ne se sentoit encor bien assouvi du grand past et festin qu'il avoit faict tout le long du jour sur le sang répandu de tant d'ennemys,
voyant que le dessert de ces Espaignols s'en alloit tout entier sans en taster ; et à sa veue, part la teste baissée avecques seulement vingt ou vingt-cinq qui estoient restés avecques; et quoiqir aucuns luy criassent : « Monseigneur, soubvenez-vous ae ce que vos bons capitaines, qui ont suivi la victoire, vous ont prié de les attendre, et de ne bouger du camp, et de tenir ferme jusqu'à leur retour, et que vous leur avez si sainctement juré et promis. »
Il n'en voulut rien croire ny faire; mais tout courageusement et tout haut cria : « Ah! qui m'aymera si me suive, et donne! » Ces Espaignols, qui le virent venir, luy crièrent :
a Ah ! monseigneur, nous sommes pauvres gens, à demy perclus et sans puissance. Laissez-nous aller par notre maie adventure, et contentez-vous de la victoire, que vous ne rendrez pas plus illustre pour nous deffaire tuer et perdre*. »
Mais M. de Nemours, ne se contentant, donne dedans, où il fut tué et plusieurs des siens, et les autres blessés à mort et trouvés entre les morts, comme M. de Lautreq.
Cela faict, lesdicts Espaignols, sans s'estonner et s'amuser, tirent de longue, et enfilent le chemin le long d'un grand canal, marchant en très-bon ordre, et vindrent à rencontrer messieurs Louys d'Ars et de Bayard tournans de la chasse, lesquels bien las, et ne sçachant
I. Ea! monsenor, somos pobra gentedesbaratada. Dexadnos ir por nuestra mala adventura, y se contenta vuestra exceiencia de la Victoria, que no sera mas illustre por nos perder y matar.
rien de leur gênerai, s'advancerent à ces Espaignols, faisant bonne mine; car ils n'eussent sceu leur faire grand mal, d'autant qu'eux et leurs chevaux estoient si recreus a'avoir chassé si loing, qu'ils furent trèsayses quand aucuns capitaines espaignols s advancerent, qui dirent les mesmes paroUes qu'ils avoient dictes à M. de Nemours, celant pourtant sa mort. M. de Bayard, qui parloit Don espaignol, et qui les avoit long-temps pratiqués, et estoit là mesme courtoisie > et qu'ils n'en pouvoient aussy plus*, leur dit : a Allez-vous-en donc, messieurs, à la bonne heure. Vous aurez la courtoisie jusques au rendre', mais ouvrez-vous et fendez, et laissez-nous passer, et si nous voulons avoir vos enseignes », qu'ils luy donnèrent aussy tost et à grande joye. Et passant tous au travers, et s' entresaluant les uns les autres très-courtoisement, s'entredirent adieu, et chacun tira son chemin. Mais les nostres, arrivant dans le champ de battaille, et sçâchant la mort de M. de Nemours donnée par lesdicts Espai-
§nols, se repentirent bien de la courtoisie onnée.
Il n'est pas possible d'ouyr parler d'une plus belle retirade *, quasy semblable à celle
1 . Et sachant que, de son côté, les Français n'en pouvaient plus.