‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 129 sur 179 · Vous rendrez la politesse en ouvrant vos rangs · texte numérisé non relu

Vous rendrez la politesse en ouvrant vos rangs

3. Les plus belles retraites sont celles où la parole n'est donnée qu'aux armes ; elles n'ont rien de commun avec la double supplique de ce bataillon espagnol oui livre ses drapeaux ; le ton altier des Rodomontades placées en tète de ce volume £ût encore ressortir son humilité.

que firent six ou sept mille soldats romains (èncor faut-il parler un peu des antiques* puisqu'ils ont esté si braves, et les mesler un peu parmy nous autres) eschappés de la sanglante battaille de Cannes; lesquels, après avoir faict jusqu'au dernier debvoir, et combattu jusqu'à 1 extrémité, considerans ne pouvoir plus servir, sinon d'autant augmenter les morts et- ensanglanter d'autant la battaille, se résolurent de se demesler du combat et se retirer où bon la fortune les conduiroit; comme ils firent et en très-bel ordre, sentant mieux leurs vainqueurs que leurs vaincus.

Ce que pourtant ceux de leur ville n'approuvèrent, avant esté loing des coups et sous la cheminée, jugeant à leur ayse les choses autrement qu'elles ne se conduirent là à l'œil et à l'efFect; et, comme résolus censeurs et reformateurs jusques au bout des ongles. Ces messieurs firent de grandes indignités à ces pauvres soldats, leur faisant faire, advant que tourner à leur service, plus de pénitences que ne firent jamais les hermites du Calvaire, de Spolette, ou du Mont-Serrat. Et pourtant tels gentils soldats estoient beaucoup à estimer de s'estre ainsy retirés; et ne faut doubter qu'Annibal, s'il les eust peu tous faire massacrer, l'eust faict très-volontiers; mais les voyant se retirer en si belle contenance, reigle et ordre, il les laissa là ; possible, s'ils fussent allés en déroute, les eust-il chargés et mis en pièces.

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