I. Le roi d'Espagne
244 D'aucunes retraictes de guerre.
peut, jusqu'à leur faire de grands affronts et reproches d'honneur, à ce que j'ay ouy dire à ceux de leur party. Il se résolut de les laisser jouyr à pleine joye de leur composition, et la solemniser par beaux festins et carroux * dans le camp du roy. Et lui prend quelques cens chevaux des siens qu'il avoit menés du Languedoc, et autant crharquebusiers, et se met sur sa retraicte, et tire chemin sur le passage de Loyre, et advise gaigner d'où il estoit party, nonobstant qu'il fust poursuivi et couru à force, car on luy en vouloit à cause du père. M. de Mandeiot, gouverneur de Lyon, se trouve à l'audevant, et l'assaut*. M. de Chastillon le soutient, et combat si vaillamment que la perte va plus grande du costé du Mandeiot que du sien ; passe la rivière et se conduit là où il vouloit, après avoir battu les fanges' et combattu le mauvais temps l'espace de douze où quinze jours.
Certes, j'ay ouy parler à de grands capitaines que ceste retirade est des plus signalées, et qu'il paroissoit bien qu'il avoit estudié la vie de M. l'admirai son père; lequel, en tant de battailles qu'il a données en nos guerres civiles, et perdues quant et quant, en a fait ses retraictes si belles et si signalées, et mesmes en celle de Montcontour, tout blessé qu'il ëstoit, que quasy on ne sçavoit que plus louer, ou les beaux exploits d'armes qu'il y /aisoit, ou ses retirades. Ceux qui ont veules retraictes