I. Allusion à la défaite de Gembloiu (i
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Ranty, lequel, au commencement que M. de La Noue alla en Flandres (ainsy que je le tiens de plusieurs capitaines qui estoient avec luy), estoit fort nouveau, suivant le party des Estats; et, apprenant ses principales leçons de M. de La Noue, se rendit en un rien si bon capitaine, qu'il est mort (ayant changé sa robe) Pun des bons que le roy d'Espaigne eust là-bas. Il mourut à ceste estacade d'Anvers *; j'espère en parler ailleurs, pour estre l'une des belles choses qui aye esté faicte en ces guerres civilles gauloises.
Ledict marquis ne traicta mondict sieur de La Noue à sa prise comme il devoit, et comme le disciple le devoit à son maistre. Et fit fort peu de cas de luy, comme de l'incognu à rincognu. Pour fin, il fut livré à l'Espaignol, qui le met en une prison si estroicte, qu'il n'en sceut jamais sortir qu'au bout de cinq ans et demy, qu'il fut délivré par le moyen de messieurs de Guyse et Lorraine, où il y eut de très-grandes cérémonies, que, sans ces deux princes, mal aysement il fust sorty. Je le sçay aussy bien qu'homme de France, pour en avoir parlé à feu M. de Guyse pour luy assez de rois ; et la première fois ce fut à la chambre de la reyne à Sainct-Maur, après la route de M. de Strozze vers le Portugal.
Estant donc sorty, et accomply quelques solemnités promises en sa délivrance , l'occasion se présentant pour servir le roy, partit de Sedan avec quelques trouppes, et, se joi-
I. Au siège de i $8$, les Anversois avaient foit sauter une partie de Testacade qui barrait Taccès de leur port.
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gnant avec quelques partisans du roy (comme avec M. de Longueville le gênerai, et qui pour son aage promettoit d'estre un jour aussy • grand capitaine qu'aucun de ses généreux ancestres), il vint droit à Senlis que pour lors M. d'Aumale tenoit estroictement assiégé. Et, encor qu'il fust beaucoup plus fortj M. de La Noue ne refusa le combat et luy livra la battaille, si bien mise en ordre, si bien arrangée et si bien conduicte, qu'il la gaigne, et donne la chasse audict M.. d'Aumale et à ses gens, luy en deffaict grande quantité de morts
F)ar terre, et levé le siège de Senlis, ce qui ne ut pas un petit service et léger faict au roy, d'autant que M. du Mayne, accompagné d'une armée de quinze mille hommes, tous enragés, désespérés de la mort de leur brave M. de Guyse, et tous enflambés pour venger sa mort, avoient donné dans les faubourgs de Tours, les avoient faussés , et fait une grande escorne au roy, qui n'estoit assez bastant de forces, encor qu il se fust aydé de frais de celles du roy de Navarre; car volontiers on quitte > un viçil ennemy, et s'ayde de luy pour se venger du nouveau. Et M. du Mayne tenant la campaigne. estant bravigant ', car c'est la plus belle chose qu'il aye faicte en ceste guerre, et sur le poinct de faire encor quelque chose de nouveau, et de plus beau, comme d'empescher Sa Majesté de passer la Loyre, et le cogner de deçà, les nouvelles vindrent de
i.On tient quitte.
2. Menaçant. En ce sens, on dit encore bravegeant en langue d*oc.
268 Discours sur M. de la Noue.
ceste battaille de Sentis gaignée par M. de La Noue. Non que je veuille dire que M. de La Noue seul l'aye gaignée, car je ferois tort au brave M. de Longueville et autres braves seigneurs qui estoient avec luy; mais on ne sçaurait nyer qu'il n'en fust bien l'autheur du gain, à cause de sa grande suffisance et le bel ordre qu'il y mit.
Ces nouvelles estant donc arrivées au camp de M. du Mayne, les Parisiens, espouvantés de ce grand choc de fortune, mandèrent viste à M. du Mayne, et le pressèrent de rebrousser et d'aller à eux, ce qu'il luy fallut faire, estant sur le poinct le plus beau de ses affaires. Ce qui donna le temps et loisir au roy de se redresser, se renforcer, et passer la rivière à Gergeau qu'il força. Et tira droit à Paris, à sa mal heure très grande, car il y fut tué.
Or, ainsy que j'allois disant et publiant les louanges, valeurs et vertus de ce grand M. de La Noue, il y eut une personne de la compaignie, que je ne nommeray point, ny son sexe, mais bien sa qualité, qui estoit grande et haute, et avec cela fort spirituelle, et sçavoit les affaires du monde, qui me prit par la main et m'arresta, ne voulant permettre que j'en parachevasse le cours, et me dit : « Certainement, M. de La Noue ne se sçauroit tant Jouer comme ses mérites le portent; mais quand l'on considérera ses ingratitudes, dont il a eu le blasme d'estre fort remply, il se trouvera fort estrangement souillé, et si bien, que tant de belles vertus qu'il porte sur luy ne l'en sçauroient nullement laver; car il faut dire
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que c'est le plus ingrat gentilhomme que jamais nasquit en France. »
Et ceste personne disoit qu'elle le tenoit ainsy du roy et de la reyne.
a Aux premiers troubles ^, il se banda du tout contre les petits enfants du roy son maistre, qui l'avoit nourry page, aymé, eslevé et fort chéri ; mesmes que le plus souvent il ne faisoit guieres partie à la paulme qu'il. n'y appellastLaNoue,caril estoit des plus adroits et parfaicts, mesmes qu'on ne parloit que des revers* de La Noue, qui certes estoient beaux, bien tirés et de bonne grâce, et d'une terrible force; si bien qu'il le faisoit cognoistre par tous ceux de sa cour en temps de paix et en temps de guerre. S'il rompoit une lance, il publioit' qu'il en avoit rompu trois, qui certes estoit une grande bonté et faveur de maistre, et grande obligation au subject. Pour recompence, il fit la guerre du tout en tout à ses enfans mineurs.
La seconde guerre, il y retourna encor, et prit Orléans, comme j'ay dict. Aux troisiesmes troubles, il fut pris à la battaille de Jarnac,
1. c'est évidemment la persomie grande, haute, spirituelle, bien informée par le Roi et par la Reine, qui reprend ici son récit contradictoire pour ne le terminer qu'à la fin de cette notice sur La Noue. (Voir page 320.) Il est difficile de ne pas reconnaître en elle l'auteur lui-même; il se trahit à chaque instant par les digressions philosophiques et historiques dont il est coutumier. Il intervient même et se nomme page 274, et on croirait que la personne a cessé de parler si la page 320 ne lui attribuait tout ce qui précède.