‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 148 sur 179 · Ses manques de reconnaissance · texte numérisé non relu

Ses manques de reconnaissance

Discours sur M. de la Noue. 271

trouver inventions et moyens pour faire sortir Monsieur de la cour, qu il alla trouver et persuader beaucoup de choses (comme Monsieur Ta dit despuis) contre le roy et PEstat, sans la bonté de Monsieur * et la sagesse de la reyne mère qui le mit d'accord avec le roy son frère, et le remit si bien, qu'oncques puis ne s'arma contre luy.

Mais le roy de Navarre prit sa place, où M. de La Noue l'assista tousjours à. faire la guerre contre son roy, jusqu'à ce que, sentant quelques remords de conscience en soy, pour se parjurer si souvent et estre ingrat contre Sa Majesté (que j'ay ouy dire par gens qui le tenoient de luy) qu'il prit la resolution de ne

f)lus guerroyer sa patrie et son roy, ains aileurs aller porter son ambition, car il en a plus qu'homme du monde (je dis d'honneur*, mais non guieres de grandeurs et de biens) en pays estranger. Parquoy s'en alla en Flandres, où y ayant guerroyé quelque temps assez heureusement et glorieusement, fut enfin prisonnier de guerre et confiné dans une prison si obscure, si estroicte et si misérable, qu'il n'en attenaoit que d'heure à autre la sentence de sa mort, sans aucun espoir d'en sortir, non plus qu'un pauvre criminel serré dans un cachot, jusqu'à ce qu'au bout de cinq ans et demy M. de Lorraine, qui l'avoit cognu à la cour fort familièrement, et fort aymé, et joué

1 . Il aurait brouillé Monsieur avec le Roi sans son bon caractère et sans la sagesse de la Reine.

2. Je dis ambition d'honneurs, mais non de, etc. Bn pays estranger se rapporte à oorter son ambition.

272 Discours sur M. de la Noue.

souvent ensemble, eut compassion de luy, et traicta et moyenna si favorablement sa délivrance à l'endroit du roy d'Espaigne, qu'il l'obtint contre tout espoir humain.

Ce grand M. le duc de Guyse n'y espargna de son costé ny sa faveur ny son labeur, ainsy qu'iP n'a sceu s'engarder d'en dire et confesser la vérité dans son manifeste et déclaration*

au'il a faicte sur sa prise des armes pour la effense de Sedan et Jamets, frontière du royaume de France, et soubs la protection de Sa Majesté. La substance de ces paroles est donc telle : a Que monseigneur le duc de Lorraine, outre autres seuretés, s'obligeoit au roy d'Espaigne, pour luy, de la somme de cent mille escus, et en son deffaut, un prince d'Allemagne ou un canton des Suisses : que je' luy consignerois aussy mon second fils pour un an en ostage à sa cour : davantage, que ledict sieur, et mondict sieur le duc de Guyse, promettoient, par un escrit à part, signe de leur main, que je ne porterois les armes contre le roy (rEspaigne. De tous lesquels liens les Espaignols me lièrent comme s'ils eussent eu à craindre qu'un petit soldat comme moy vinst tost ou tard à altérer le cours de leur victoire : duquel pensement j'estois très éloigné, et ne tendois mon affection qu'à parvenir }usques en ma maison pour m y reposer et rendre grâces à Dieu de ce qu'il m'avoit tiré de l'ombre de la mort et du sepulchre. Estant

Page 1