‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 158 sur 179 · Fortpromptement · texte numérisé non relu

Fortpromptement

282 Discours sur M. de la Noue.

Guyse fort familièrement, j'en ay sceu »; et me raconta tous ces mesmes propos que j'ay cy-dessus escrits. Alors je luy dis librement : a Monsieur, et vous qui estes si généreux, brave et vaillant, ne voulez-vous pas faire quelque chose pour vos semblables? M. de La Noue Test tel : vous le sçavez, vous l'avez veu aux affaires; obligez-le à vous par un tel bienfaict. » Il me respondit : ce Je le voudrois bien, mon grand amy, car le pauvre homme, qui est un si grand capitaine, me fait pitié; mais je m'asseure que le roy m'en voudroit mal ; car il ne l'ayme point, et se plaint fort de luy, et si s'entend avec le roy catholique pour la grande longueur et détention de sa prison. — Vous avez raison, monsieur, luy repliquay-je, car je suis esté si hardy d'en

1)arler à Sa Majesté, qui m'a rabroué bien oing, me disant que c'estoit un ingrat, et qu'il estoit bien là où il estoit et là où il luy falloit, et que je ne luy en parlasse plus.

Toutesfois, continuay-je à M. de Guyse luy dire : Ne laissez pour cela, monsieur, à vous employer pour cest honneste homme ainsy captif misérablement; Dieu et le monde vous en sauront bon gré, et si l'obligerez à vous immortellement; et pourrez faire cela soubs bourre, si finement et excortement que l'on n'en sentira que le vent. » M. de Guyse, alors me regardant d'un bon œil : a Laissez faire, dit-il, nous ferons quelque chose si nous vivons. » Et despuis me disoit souvent : « Je croy, monsieur de Bourdeille (car il m'appelloit tousjours ainsy), que nous ferons quelque

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chose pour nostre homme; j'y ai mis desjà de bons fers au feu. »

Je croy qu'il s'y employa bien aussy pour M. de La Vallée, qui avoit esté gentilhomme de la chambre de M. le cardinal de Lorraine, et son grand gouverneur autrefois, et appartenoit de quelque chose à monsieur ou à madame de La Noue. Et si>, quelque temps avant, il avoit employé ledict M. de Guyse, au massacre de la Sainct-Barthelemy, pour les enfans dudict M. de La Noue qui avoient esté" faicts prisonniers, pour lesquels ledict M. de Guyse s'employa, ainsi qu'il me le dit une fois aux Thuilleries. J'allègue tous ces noms et circonstances, afin qu'on ne me trouve point menteur ou controuveux.

Enfin tant y a, mondict sieur de Guyse a si bien servy M. de La Noue en cecy, qu'il le faut dire le premier autheur, et M. de Lorraine. Je ne sçay comment il n'a recognu ce bienfaict à l'endroict de M. de Guyse despuis. Je pense^u'il n'eut loysir de luy estre cognoissant ; car le pauvre prince vint à estre tué à Blois. Bien est vray que messieurs de Lorraine et de Guyse estoient si proches, si unis, si alliés en ceste guerre, que qui frappoit l'un frappoit l'autre : et, à ce que j'ay ou^ dire à une personne, mondict sieur de Guyse n'en estoit guieres content ; mais il ne le publioit pas, car il estoit très-sage et retenu prince. Il n'y a eu que M. de Lorraine qui s'en soit ressenty, et M. d'Aumale à la oattaille de

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