‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 163 sur 179 · C'est-à-dire désertant le parti sans nécessité · texte numérisé non relu

C'est-à-dire désertant le parti sans nécessité

3 . Juron déguisé, et mis pour VaitnbUu qui est à son tour un déguisement de Par le ventre qui a porté Dieu!

Discours sur M. de la Noue. 293

vons plus de maux, de misères, de tourmens, que de plaisirs et bienfaicts. Si nous sommes en la guerre, il faut prodiguer nos vies et nos biens pour un morceau de pain : si nous les perdons, nous n'en avons autre chose que cela; si nous eschappons, la pluspart du monde en demeure chetifve et misérable, sans aucune recompense. Avons-nous eschappé la guerre, et la paix soit, voilà la justice qui nous fait consommer tous nos biens en procès. Le moindre delict que nous faisons, nous sommes exécutés ignominieusement; nous sommes bourellés par mille tourmens, nous sommes bannis, et nos biens proscrits et confisqués; bref, nous sommes subjects à mille injures*. Et si nous avons faict quelques services, les voilà oubliés, comme furent ceux de Themistocles, Coriolanus, Sertorius, Lucullus, Scipion, et une infinité d'autres.

Que leroit donc là dessus un gallant homme, brave, vaillant et courageux ? c'est de faire comme eux, et prendre les armes, et s'en repentir, et user de mesme ingratitude. Il n'y eut que le bon homme Scipion, lequel, je croy, s'il eust eu la mesme vigueur et force lorsqu'en sa belle et fleurissante jeunesse il entreprit le voyage d'Afîrique, il en eust fait dire dans Rome et ailleurs; et eust bien autant

I. Plainte faite pour étonner ceux qui rappellent à tout propos Tomnipotence de Tancienne aristocratie. Ils y verront qu'elle était plus ennemie de la royauté qu'on ne p«ise. Mais c'était par haine de la discipline et non du despotisme auquel chacun prétendait secrètement pour son compte sous prétexte d'indépendance.

remué que Coriolanus et Sertorius, et leur eust bien fait maudire leur ingratitude. Et pour parler d'exemples de nostre temps, q.ue pouvoient moins faire ces quatre braves frères Strozzes, et ces vaillans hommes les seigneurs Petro, Paolo, Toussin, les capitaines Mazin, Bernardo, San -Petro Corso, Jehan de Thurin, bref, une infinité d'autres bannis, tant de Fleurance que d'ailleurs, si-non de faire ce qu'ils firent, que de se retirer en France et faire au pis qu'ils purent contre leur nation, et là chercher leur vivre, et là le trouver, puisque leur patrie leur desnyoit, et sauver leur vie qu'on vouloit leur oster par cruels tourmens.*

Je sçay bien qu'il y a aucuns zélateurs de la patrie, cérémonieux et consciencieux, qui ont tenu ceste proposition : que certainement ils

{)ouvoient esviter le danger préparé, et fuyr a fureur de la patrie et de la souveraineté irritée, qui ne dure pourtant pas tousjours, et se tenir coy, et vivre en repos, et tenir les mains liées, afin de donner occasion à leur supériorité* de s'appaiser et leur user après de clémence, voyant la debonnaireté de leur doux naturel et paisibles actions. Vrayment, voylà de braves philosophes scrupuleux ! Leurs fièvres quartaines* ! Et cependant que je feray

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