‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 166 sur 179 · Je voudrais qu'on m'explique le cas suivant · texte numérisé non relu

Je voudrais qu'on m'explique le cas suivant

Discours sur M. de la Noue. 305 ^

Montgommery. Ainsy que Monsieur, nostre roy Henry despuis, lyy eut dit qu'il falloit qu'il quittast son party et fist service au roy, il luy respondit : « Certainement, monsieur, du temps que M. le prince de Condé mon maistre vivoit, j'eusse plustost choisy mille morts que de l'avoir quitté et luy et son party, , encor que je voyois bien que je faillois, et luy aussy grandement , de se bander ainsy contre son roy : et me pardonnez si je le dis; mais à ceste heure, puisqu'il est mort et que je n'ay plus de maistre ny de bienfaicteur qui me doibve tenir, lié à soy par ces petites obligations, s'il plaist au roy me pardonner, et à vous aussy, monseigneur, de me prendre pour serviteur, je vous serviray aussy fidèlement comme j'ay faict mon premier maistre. »

Il dit cela à Monsieur, et devant tout le monde, qui luy en sceut un très-bon gré ; et luy et toute l'assistance l'en estimèrent fort ; si bien aue Monsieur le prit à son service, avecques Deaucoup de protestations de le bien servir. Et quant à moy, je pense qu'il est permis de Dieu de prendre et suivre son mieux là où on le trouve.

Quelques années avant, aux premières guerres, un gentilhomme de Xainctonge, nommé Saincte-Foy, ayant esté faict créature de M. le prince et son lieutenant de sa compaignie de gens -d'armes, et à qui il avoit desparty de ses honneurs et beaucoup de ses moyens (et encor qu'il fust riche gentilhomme, si est-ce que M. le prince rayant advancé, poussé et faict cognoistre et valloir), il le vint

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à quitter à Orléans, soubs le prétexte de dévot realliste *, et vint trouver le roy au bois de Vincennes, avec d'autres que je ne nommeray point, mais non obligés audict prince. Il y fut si mal-venu et trouvé si odieux, et du' roy de Navarre, pour avoir ainsy abandonné son frère, et de tout le monde, et on en fit si peu de cas, que de despit il se retira en sa maison avec sa patente et sauve-garde du roy, que personne ne vouloit voir', au moins peu, non pas ses amys. Et quant à ceux de son party, ils luy portèrent une telle hayne et inimitié, (ju'ils ne cessèrent jamais, jusqu'à ce qu'un jour, retournant de La Rochelle, où il estoit maryé avecques la fille héritière de madame de Laneret, Dourgeoise, le guettèrent en chemin et le tuèrent.

Voylà enfin comme il en prend aux ingrats ; car, quelque belle couleur qu'ils puissent trouver en leur faict, ils sont tousjours rejettes de toutes bonnes et honnestes compaignies :

et faut bien dire qu'ils sont en rancune de tout le monde, qu'eux -mesmes se hayssent et ne se peuvent aymer ; et le plus grand desplaisir qu'on leur sçauroit faire, c est de les appeller ingrats; et confesseront plustost qu'ils sont subjects à toutes autres imperfections que tachés de ce vice. Ce qui n'advient pour autre chose, sinon de ce que l'ingratitude est inexcusable; car, faillir à l'obligation que Ton a, ce

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