‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 167 sur 179 · Même par le roi de Navarre et par tout le monde · texte numérisé non relu

Même par le roi de Navarre et par tout le monde

3. En sa maison où presque personne ne le voulait voir, et ce n'étaient pas ses amis.

Discours sur M. de la Noue. joy

vice est trop deshonneste, et ne sçauroit se couvrir d'aucune chose. Ainsy demeure tousjours toute nue, si bien qu'elle est contraincte de monstrer partout sa honte et sa vergogne ; au lieu que les autres vices se peuvent quelquefois pallier et couvrir de quelque manteau, sinon vray, du moins approchant de quelque couverture.

Et ce qui est cause aujourd'hui qu'il y a tant d'ingrats et que l'on ne soucie point de ce vice et péché, c'est qu'il ne porte point de punition quant et soy, comme plusieurs autres, et aussy qu'un tel mesfaict ne peut recebvoir peine qui le puisse esgaller. Les Égyptiens jadis en sont esté fort ennemys de telles gens, et ne les punissoient autrement, si-non qu'il les faisoient cryer et publier partout pour infâmes, afin que personne ne leur fist plus aucun plaisir, estimant peine condigne à l'ingratitude d'un amy de les luy faire perdre*.

Tous les Perses, comme dit Zenophon, ne trouvoient parmy eux aucun vice plus blasmable que ceste maudicte ingratitude, et chastioient fort rigoureusement ceux qui en estoient touchés.

Il y en a aucuns qui tiennent que, comme la trahison ne peut estre assez punie, aussy l'ingratitude ne peut estre assez blasmée et en horreur à tout le monde, estimans ces deux vices si conjoincts ensemble, que l'on peut dire que tout traistre est ingrat. Car, comrr e

I . Que c'était peine méritée par un ingrat que lui foire perdre ses amis.

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