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308 Discours sur M. de la Noue.
le traistre* n'est autre chose que faillir de foy promise ou deue à une personne, aussy estre ingrat n'est autre chose que faillir à l'obligation que Ton a et se doibt à cause d'un plaisir. Ce malheureux Judas, qui trahit Jésus- Christ son bon maistre, fut et traistre et ingrat tout ensemble; ingrat, pour avoir si mal recognù le bien et rhonneur qu'il luy avoit faict de l'avoir receu en sa tant honnorable, belle et saincte compaignie, là où il estoit plus heureux qu'il ne luy appartenoit; et traistre, pour l'avoir trahi et livré à la mort. Que gaigna-t-il par là, si-non pour le monde, que les Juifs, après s'en estre servis, se mocquerent de luy, 1 eurent en mespris et horreur ? Et quand il leur rendit leur argent, ils n'en firent compte comme de ce qui estoit. Et quant à Dieu, il fut condamné de luy aussy tost, et misérablement envoyé aux enfers.
Je voudais bien sçavoir quelle tant grande louange acquit Brutus pour avoir tué Caesar son bienfaicteur, qui l'avoit tant aymé, tant favorisé et monstre ce qu'il sçavoit de la guerre en celle de la Gaule. Encor dict-on qu'il estoit son fils, pour l'avoir engendré de Servillia, qu'il entretenoit. Ce ne rut pas tout, il luy sauva la vie dans la battailie de Pharsale, l'ayant recommandé à tous ses soldats et ceux de son camp, sur-tout de luy sauver la vie et le luy emmener vif; ce qui fut faict, dont il e .t une joye extresme : et pour recompense de tant de biens, luy conjura sa mort, luy bailla