‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 170 sur 179 · Avec cinq estafiers · texte numérisé non relu

Avec cinq estafiers

3. Mais contraint, les yeux baissés avec une mine qui annonçait sa bassesse. On dit encore cara en langue d'oc.

4. Petrinal ou poitrinal s* tst dit du. pistolet long devenu le mousqueton de cavalerie comme de la petite arquebuse, parce que la crosse s'appuyait à la poitrine.

Discours sur M. de la Noue, jij

ne recognoistre kurs bienfaicteurs , pour le plus beau de tous exemples j'allegueray cestuy-cy, qui se trouve aux histoires de Sayoye. Le comte Edouard de Savoye, le jour de la battaille de Varey, qui fut donnée entre luy et le Dauphin de Viennois, où il fut pris par un seigneur de Dauphiné, nommé Auberjour de Maleys ; mais, parce qu'il ne pouvoit le garder seul, le seigneur de Tournon apercent comme ledict comte se vouloit deffaire de luy et combattoit tousjours ; courut avecques sa trouppe, et arresterent tous deux ledict comte prisonnier ; lequel, comme ils se mettoient en debvoir de le desarmer, et luy oster son armet, le jeune seigneur de. Boselet, accompaigné du seigneur d'Antremont, le recourut d'entre les mains d'Auberjour et du seigneur de Tournon. Lesquels, voyans leur

Eroye s'enlever de leurs mains, s'escryerent à aute voix qu'on leur donnast secours, et envoyèrent un trompette à messire Albert, seigneur de Sassonnage, luy dire qu'il picquast avec sa trouppe pour ayder à reconquérir le comte de Savoye leur prisonnier qu'on avoit recouru. Mais le seigneur de Sassonnage, portantgrandeamitiéet debvoir au comteÊdouard, fit la sourde oreille, feignant d'estre empesché ailleurs contre ses ennemys; dont fut recouru ledict comte, et emmené en lieu de seureté par ses gens. Or faut^ noter qu'un peu de temps auparadvant, ledict seigneur de Sassonnage, estant ambassadeur en France, avecques charges de demander une fille au roy en maryage pour M. le Dauphin son seigneur,

314 Discours sur M. de la Noue.

tumba en un grand inconvénient et danger de sa vie, pour avoir tué le seigneur d' Aigreville, grand - maistre d'hostel de France, qui avoit respondu audict de Sassonnage, que le foy n'estoit délibéré de donner sa fille à un tel pourceau qu'estoit le Dauphin son maistre.

Pour laquelle response ledict de Sassonnage mit l'espée au poing et tua ledict grandmaistre : dequoy le roy indigné commanda aussy tost de le prendre et en faire Texecution du meurtre. Ce qui eust esté faict, et eust eu ledict Sassonnage la teste trenchée, n'eust esté le comte Edouard de Savoye, qui pour lors estoit à la cour de France, qui le fit esvader et sauver, et luy donna moyen d'esviter la fureur du roy. Ainsy le seigneur de Sassonnage, ne voulant estre ingrat à l'endroit de celuy dont il tenoit la vie, donna aussy moyen audict comte de se sauver de la battaille. Et n'est,

Ear ainsy, nul plaisir perdu entre les gens de ien. Je croy que guieres ne se trouvera un plus beau exemple de belle reconnaissance que cestuy-là, et ne sçauroit-on assez louer ledict seigneur de Sassonnage.

A * grand peine M. de La Noue eust-il fait à l'endroict de M. de Lorraine comme fit ledict sieur de Sassonnage, quand il l'eust tenu ainsy* à sa mercy, veu que de loing il l'abbayoit' et luy nuysoit le plus qu'il pouvoit.

1. Dans les éditions précédentes, cet alinéa termine le suivant avec lequel il n'a point de rapport, puisqu'il forme la conclusion du précédent. Je Tai remis à sa place.

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