‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 171 sur 179 · Le décriait · texte numérisé non relu

Le décriait

Discours sur M. de la Noue. 315

Un autre bel exemple avons-nous de Noradin, Soudan de Damas, lequel, un jour que Baudouin, roi de Hiérusalem, eut faict quelques courses sur les Sarrazins et Arabes, et eut faict un grand butin sur eux (tant de biens que de personnes, dont entre autres s'y trouva la femme du Soudan); etainsy qu'il se retiroit chargé de son butin, ladicte femme vint à accoucher en plein chemin. Il hiy fit assister de tout ce qu'il put en ses couches, et luy fit alletter (ne pouvant mieux) son enfant par une chamelle qui ne venolt que d'avoir un fan >, et puis la nt reconduire et rendre en seureté à son mary. Ce Soudan, au bout de quelque temps, recognoissoit ceste gracieuseté et courtoisie, sauva la vie audict Baudouin dans une place assiégée desdicts Arabes; et si fit bien mieux, car, quelques années après, ledict Baudouin venant à mourir sans enfans, ordonna par sa dernière volonté que son corps fust porté de Baruth* à Hiérusalem pour y estre inhumé, là où il fut fort pleuré et regretté, tant des siens que des estrangers qui s'y trouvèrent. Aucuns des principaux du conseil de Noradin s'efforcèrent de luy persuader de courir sus aux chrestiens, et qu'il n'y fit jamais meilleur, cependant qu'ils s'amusoient aux pleurs et à l'enterrement de leur roy. Mais Noradin ne le voulut jamais, tant pour les vertus de ce grand roy qu'il admiroit, et qu'il ne vouloit qu'on le perturbast en son enterrement, que pour la reco-

Page 1