San Severino
de Langeay, noble chevalier, qui le vouloit secourir dans ceste fâcheuse extrémité, et il lui dit : « Laissez-moi, mon fils, au moins « jouir de mon malheureux sort, et partez « d'ici avec toute la vitesse que vous pourrez, « pour aller secourir le roy ; et si vous vous « tirez de la bataille, comme un bon et pieux « ami, vous vous souviendrez de mon nom et c( de ma fin honorable ^ » Ces rodomontades ' et parolies graves sont belles.
Mais encor plus est une que prononça le marquis de Pescayre de cydevant, lequel, allant un jour à un combat contre Berthelemy d'Alviano, grand capitaine vénitien, « ayant quitté son cheval, et estant à pied avec une pique à la main, il se tourna en arrière et dit : « Or çà, mes amis, en entrant à la battaille, « si par hasard j y meurs hanorablement, « ayez soin, vous autres, de ne point souffrir « que je sois foulé aux pieds des ennemis plu* « tôt qu'aux vôtres. » Les soldats, criant avec ardeur, lui tepondirent fort joyeusement qu'il passât devant avec sûreté, parce qu'ils estoient déterminés à remporter la louange due aux grands courages, luy estant très obéissans, comme à leur capitaine, et comme à un soldat
I . Que, combatiendo valerosamente, muriô delante del rey, con honrado fin de vida, y satisfizo lo que debia à la gracia real, y â su honra esclarecida; el quai, cayendo de su cavallo, vueltô â don Guillelmo de Langeay, noble cavallero, que io queria socorrer en aquel ei^tremo caso, le dixô : « Dexadme, hijo, gozar â lo menos de mi hado, y partid de aqui con toda la presteza que podreis, y corred à defender sd re^ ; y si os librais salvo de la pelea, os acordareis, como amigo y piadoso, de mi nombre y honrado fin. •
qui combattoit vaillamment : et le succès ne trompa point leurs espérances, parce qu'ils combattirent tous très bien, et avec une ardeur incroyable*. »
En ceste rodomontade, il y a à remarquer deux choses. L'une, qui se peut mieux représenter que dire, d'autant qu'il se faut représenter que c'est une grande gloire au soldat, alors qu'il void son couronnel abatu mort par terre à sa teste, qui ne s'estonne point, et ne reculle point en arrière, mais pousse plus avant, aymant mieux fouler le corps de son gênerai et luy passer sur le ventre en vangeant sa mort vaillamment, que si son ennemy venoit après triomphant, et luy foulast le corps, et passant par dessus, et en suivant les autres siens ennemys sans autre forme de vengeance ; ce qui estoit certes très bien advisé et remonstré à ce grand marquis*. L'autre chose qui est à noter, est que les soldats disoient qu'ils eStoient prest d'obeyr non seulement à leur capitaine, mais à un soldat qui en vouloit faire le mestier avecques eux;
1 . Dexaado el cavallo, â pié, con una pica en la mano, vuelto atras, dixo : « Ea, soldados ! tened cuidado que entrando yo en la batalla, si quiere mi ventura que muera honrâdamente en ella, vosotros no permitais que sea antes hollado de los pies de los enemigos, que de los vuestros. » Los soldados , gritando animosamente, le respondieron, muy alegres, que pasase delante con buen animo, porque ellos estaban determinados à ganar loor de tan gran virtud, siendoles muf obededentes como à capitan, y como â soldado peleando esforzadamente : y no engaiiô el succeso à sus esperanzas, porque todos combatieron muy bien con furioso asalto.