‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 23 sur 179 · De la part de ce grand marquis · texte numérisé non relu

De la part de ce grand marquis

48 Rodomontades espaignolles.

comme certes rien n'anime tant le soldat que quand il void son couronnel, son maistre de camp et son capitaine faire de mesme comme luy. Les soldats dudict marquis ne faillirent pas à son dire; car ils firent si bien qu'il gaignerent la bataille : et se lit que le roy Ferdinand voulut avoir le nom, non-seulement des capitaines, mais des soldats, et les fit mettre )ar escrit, de ceste façon que : « encore auourd'huy, l'on voit elegament écrit * dans les ivres des trésoriers les noms des soldats qui, dans l'affaire de Vicence, sur la rivière de Brenta, gagnèrent, avec une merveilleuse valeur, la bataille en combattant à l'avant gardé*. »

Lorsque ce grand roi d'Espaigne, qui fut l'an 1 588, fit et dressa un si grand et superbe apareil de mer contre l'Angleterre, après leur nauifrage, je vis aucuns soldats et capitaines, voire gentilshommes, espaignols, passant par la France, et tirant vers leur? pays, qui m en firent de hauts contes. Entre autres choses, ils me faisoient l'armée de six vingts vaisseaux , dont le moindre estoit de trois cens tonneaux. Il y en avoit vingt de mille à douze cens tonneaux, dont il y en avoit quatre ou cinq grandes galleasses du tout incomparables; plus de quarante à cinquante de sept à huict cens ; si bien qu'il y avoit trois ans que ce

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