De Flandes, senor. — Y que nuevas? leur repliquay
Considérez, s'il vous plaist, où ces gens m'allerent faire et prendre leur comparaison ! Comme de vray, parmi ces belles antiquités de Rome, il n'y a rien encor de si beau à voir que ces braves légionnaires romains avec leurs habillements de teste, tant couverts de plumes*, les unes haussantes, les autres penchantes. Et si telle veue estoit agréable, elle estoit bien autant effroyable par la représentation des horribles testes et grandes gueules de lions, et autres bestes espouvantables, qu'ils portoient naïfves' avec leurs peaux, ou faisoient engraver pour les représenter sur lesdits habillemens et casques.
Par ce dire de ce soldat vous voyez, et
{)ar ceste rodomontade précédente, comme es soldats espaignols se sont donnés et assurés
je. — No otras^ senor, me dirent-ils, sino quando sotnos partido, ay seis dias, vinieron al principe de Parma mil y docientos hombres de armas de las viejas compamas de Napoles, las mas bravas de valor y de cavallos que salieron jamas del reyno, tan bien armados tan lucidos de oro y de plata, tan bien ataviados y emplumados de grandes y gentiles panachos, â manera de los antiguos soldados y legionarios romanos, à los quales se pueden igualar en todo : de modo que ahora la Flandes no ha que tener, pues que esta brava cavalleria esta juntada en nuestra infanterîa espahola, que se puede decir la flor de todas las otras naciones, sin gastar (digo yo) la honra de los soldados franceses, que en verdad bravos son. Mas adonde son los soldados espaholes, todos con razon deben callar, como Vuestra Merced lo puede bien saber, puesque los habeis praticados y tratados, como yo lo conosco en su trage y hablar soldadesco.
1. Les centurions d'infanterie et les cavaliers avaient seuls des plumes ou des cimiers.
2. C'est làgaUa pellibus tecta qui distinguait le signifer (porte-enseigne) seul. — Une peau naifve était une peau conservée au naturel, sans accessoire.
i6 Rodomontades espaignolles.
de tout temps la gloire d'estre les meilleurs de toutes nations. Et certes ils ont raison d'avoir ceste opinion et créance, car les effets s'en sont ehsuivys.
Ce sont esté eux, qui, depuis cent à six vingts ans en ça, ont conquis par leur valeur et vertu les Indes occidentales et orientales, qui sont tout un monde complet.
Ce sont esté eux qui nous ont tant de fois combattus, battus et rebattus, au royaume de Naples, et puis nous en ont chassés.
Ce sont esté eux q^ui en ont tout de mesmes faict en Testât de Milan, qui nous avoit cousté tant de sang et de moyens pour l'avoir, et nous en ont frustré en nous ostant nostre ancien patrimoine ^
Ce sont esté eux qui, non contens de ces biens ravis à nous, ont passé en Flandres, et venus en France pour essayer à nous chasser de nos foyers; mais, ne pouvant, nous ont faict de grands maux, nous ont pris de nos villes , nous ont donné des battailles et gaigné sur nous, et nous ont faict mourir je ne sçay combien de cens mille hommes : aussi leur en avons-nous bien faict mourir des leurs.
Ce sont esté eux qui sont venus au bout des Allemans, et leur ont mis le joug en la guerre d'Allemaigne. chose non encor ouye ny veue ni feicte aes le grand Jules César, ny des autres grands empereurs romains.
1 Le mariage de Valentine de Milan avec un fils du roi de France Charles V avait donné des droits à sa descendance sur le duché. D'où les guerres continuées par Louis XII et François !•'.
Rodomontades espaignolles. 17
Ce sont esté euk qui, suivant la devise de leur grand empereur Charles, de passer plus oultrcy ont traversé les mers, ont donné dans l'Afrique, pris leur principale ville et forteresse,. Tunis et la Collette.
Ce sont esté eux qui ont passé en Barbarie, ont pris le royaume d'Oran, les villes d'Afrique et de Tripoli, Belys et son Pignon >, et qui eussent faict davantage sans le barbare élément de mer et du ciel, non pas plus doux ny piteux que l'autre, qui les empescha soubs leur empereur, ostant occasion de prendre le royaume d'Alger, qui estoit emporté, ne faut point douter, si ces deux elemens tant soit peu eussent voulu favoriser et incliner à ces entreprises.
Ce sont esté eux lesquels, par petites poignées de gens enclos dans les citadelles, rocques' et chasteaux, tiennent et ont tenu en bride, et ont donné les loix aux potentats de l'Italie et aux estats de Flandres, et en
[)lusieurs endroicts delachrestienté jusaues à a Barbarie, Morée et autres pays infiaelles, voire jusques en la Transylvanie (soubs ce brave Castaldo), et Hongrie et Boesme.
Ce sont esté eux lesquels l'empereur Charles, au plus fort de ses affaires et combats, quand il s'en voyoit entourné seulement de quatre ou cinq mille, se tenoit du tout invin-
1 . Peîîon de Vêlez, poste fortifié sur la rive marocaine. — Pignon garde ici le sens de grand rocher quMI avait en langue d'oc, car un rocher protégeait le port.
2. Rocque se disait du réduit qu'on taillait dans la roche pour la défendre comme de la roche elle-même.
Branthôm, Jjtx 2
i8 Rodomontades espaignolles.
cible, et hasardoit et sa personne et son empire, et tous ses biens soubs leur valeur seulement. Et disoit souvent que le sucoès <le ses guerres reposoit sur les mesches allumées de ses arquebusiers espaignols*. Car certainement, de ce temps, ils en ont emporté le prix, et si nous en ont appris l'art et les premières leçons; car avant eux, nous n'usions que d'arballestes% et n'avions pas l'esprit de nous accommoder et approprier dès arquebuses.
Ce sont esté eux qui, en nostre temps et à nos veues, ont remis, soubs la conduite de ce grand duc d'Albe, qu'ils appeloient leur père, en un tour demain, toute la Flandres rebellée à leur seingneur».
Ce sont esté eux desquels' environ mille à douze cens, en cestemesme guerre enZellande, traversèrent un bras de mer d'un qua^t de lieue large, estant basse, sans autres armes que leurs épées qu'ils tenoient en leur bouche,
1 . La suma de sus guerras era puesta en las mechas encendidas de^us arquebuzeros espanoles.
2. Les arquebusiers espagnols étaient bons, mais ils ne nous avaient pas appris l'usage des armes à feu portatives. Dès le milieu du quinzième siècle les communes de France avaient leurs compagnies de coulevriniers bourgeois. Les coulevrines à mains ont été des arquebuses primitives. Des coulevriniers postés aux ailes de l'armée française avaient contribué au gain de la bataille de Fornoue. L'arquebuse, connue au quinzième siècle en France, n'était employée que comme bouche à feu de petit calibre ; elle prit ensuite la place de la coulevrine, qui cessa d'être une arme portative.
3. L'admiration pour l'Espagne mène Branthôme un peu loin, ici comme ailleurs. Quand le duc d'Albe obtint son rappel (i$72), il désespérait de la réduction complète des Flamands.
Rodomontades espaignolles. 19^^
allèrent deffaire environ quatre ou cinq mille Zellandois de commune % qui les attendoient sur le bord de propos délibéré, et les mirent tous en pièces. Grand miracle de main, certes !
Ce sont esté ceux là qui ayderent don Jehan d'Austrie à gaigner ceste belle et signallée battaille de Lepanthe. Ce sont ceux là encor qui, avec ce grand capitaine le prince de Parme, ont faict trembler toute la France, et longtemps tenue en allarme*.
Ce sont esté ceux pour lesquels ce grand et mesmes empereur Charles s'humilia à PEspaigne, lorsqu'estant party par mer de Flandres, pour y aller finir ses jours convertis, s'estant desembarqué à Laredo', port vers Biscaye et y prist terre, on dict qu'il s'agenouilla aussy tost. Et remercia Dieu de ce qu'à ses derniers jours il luy avoit faict ceste grâce de pouvoir encor revoir ce pays, lequel par dessus tous autres il avoit anymé, pour luy avoir aydé à estre parvenu à l'empire; et à une si haute grandeur qu'il avoit eu en son temps ; attribuant, après Dieu, à la nation espaignolle toutes ses victoires et triumphes. Et proffera ces parolles : « Dieu vous garde et vous maintienne, ô ma chère mère ! Comme je suis sorti nud du ventre de ma mère, de mesmenud je me tourne vers vous comme vers