Comme bons ouvriers et laboureurs, ils avaient entrelace
5 . Porque como buenos ofidales y labradores, habian texido con sus manos propias la corona de laurel que llevaba al derredor de la cabeza, no temiendo dar fin à sus vidas, para hacer vivir la fama dél y de ellos,
Branthôme, HK. 7
98 Rodomontades espaignolles.
Un simple soldat espaignol, pour avoir esté trouvé en quelque larcin, fut condamné d'avoir une oreille coupée ; à quoy il s'écria, en disant : a Une oreille, maugrebleu! Mais j'aimerois mieux mourir que de souffrir un tel affront. » Alors le capitaine ordonna qu'on accordât la grâce de mourir à ce soldat si désireux de son honneur *, et il ayma mieux passer par les armes, et mourir que d'avoir l'oreille coupée.
J'aymerois autant d'un soldat gascon, lequel, estant sur l'eschelle près de la mort, il y eut une femme qui le vint requérir pour mary, ainsy que le temps passé se faisoit, suivant l'ancienne loy des Goths. Luy, la voyant boiteuse, laide et fort contrefaicte, et marcher incommodement, il dict : « Que ferois-je de cela.f^ Je n'en aurois que du desplaisir et incommodité. Pinge, pinge* ! » dict-il au bourreau, qui est autant à dire en gascon, pends, pends ! ce qu'il fit; et le gallant ayma mieux estre pendu que de s'assubjectir à une si laide teste. Celuy-là estoit fort curieux de son ayse, et ennemy de la laideur.
Aux premières guerres civiles, lorsqu'il fallut assaillir les lauxbourgs et portereaux' d'Orléans, feu M. de Guyse commanda aux François donner d'un costé, et aux Espaignols
1 . Una oreja, pesia mas tal ! Mas querria yo morir, que sufrir tal afrenta. En tanto dixô el capitan: « concedâse esta gracia à este soldado tan deseoso de honra. »
2 . Il faut lire penge. En langue d'oc, on dit encore pengear pour pendre.
3. Il faut lire le Portereau. C'était un ouvrage avancé des fortifications d'Orléans. Il est nommé ainsi dans les textes.
Rodomontades espaignolles. 99
de l'autre, A la teste du régiment des Espaignols se trouva un jeune soldat, qui, par dessus tous, se faisoit si bien paroistre en ses armes et son harquebuse et son fourniment fort beau, et très-leste en grâce, en façon et en habillement, car il avoit un pourpoinct de satin jaune, tout couvert de passement d'argent, et les chausses à bandçs de mesmes, avecques un chapeau de taffetas noir, tout Couvert de plumes jaunes, si bien qu'il le faisoit très beau voir, car avecques cela il estoit beau et agréable de visage, et d'une jolie, gentille et maigrelline taille; enfin il paroissoit tel, que feu M. de Guyse demanda à don Carajaval, qui leur commandoit, qui estoit ce jeune homme, car, à sa contenance, il monstroit estre de lieu * et de courage. Caravajal luy respondit qu'il estoit de la maison de Mendozze, de laquelle sont sortis de grands personnages en tout : et, sur ce, il le présenta a M. de Guyse pour luy faire la révérence.
Ainsy que mondict seigneur de Guyse le receut tort courtoisement, et Caravajal luy dict la bonne opinion Vju'avoit M. de Guyse de luy, et comment il luy avoit demandé son nom. En faisant la révérence à M. de Guyse et luy en rendant humbles grâces, alors ce jeune homme respondit : a Monseigneur, ou je mourrai aujourd'hui avec honneur, ou je changerai ma couleur jaune en vermeille par quelque cruelle, mais honorable blessure, ou je laisserai quelque marque illustre de mon nom,
I. Venir de bon lieu, la maison Mendoza était illustre en Espagne.
pour reconnoitre la erâce et Thonneur que m'a fait mon gênerai de s'en informer*. »
Ainsy qu'il le dict et promit, ainsy il le tint : car d'abordade, et s'aavançant des plus avant, il receut une grande harquebusade au corps, du costé gauche, dont pourtant il ne mourut; et M. de Guyse le fit penser fort soigneusement, et deux jours après le fit mettre sur l'eau dans un batteau, et le conduire à Bloys avec d'autres blessés : et vis comme M. de Guyse le recommanda à la reyne par Jehan Baptiste, qu'on nommoit le compère, qu'il envoyoit vers elle. Je vis tout cela, car j'y estois.
Certes, ce jeune gentilhomme espaignol accomplit mieux sa parolle que ne fit une fois un grand seigneur estranger, que je ne nommeray point pour sa qualité, qu il faut révérer. Lequel, s'estant retiré vers le roy Henry pour avoir receu une par trop grande injure de l'empereur Charles, qui luy avoit faict massacrer son père, aussy qu'un sien frère estoit mort dans un siège pour le service du roy; quelque temps après, ainsy que le roy Henri marcnoit pour livrer battailie à l'empereur devant Valenciennes (le jour advant, lorsque l'armée marchoit en belle ordonnance de guerre, et que ce jour on tint l'empereur plus près qu'il n'estoit), ledict seigneur, armé de toutes pièces, monté sur un beau coursier,
I . Monsenor, hoy ô moriré con honra, ô mudaré mi color amarillo en Colorado, por alguna sangrienta y noble herida: 6 dezaré alguna ilustre seâal de mi nombre, por la merced y favor de mi gênerai que ha preguntado por él.
Rodomontades espaignolles. ioi
grand et fort, se vint présenter au roy, et ayant tiré son espée, aict au roy : <c Sire, aujourd'hui je veux avec ceste espée venger la mort de mon père et de mon frère*. » Et, voyant aue le roy applaudissoit à ses beaux mots, plus encouragé, vint à pousser son cheval en advant, pour luy faire faire quelques passades. Mais le cheval estant un peu rude et gaillard, et trouvant son homme soubs soy un peu de légère tenue, s'advisa de s'en desfaire, et le porter par terre, en lui faisant faire la conversion de sainct Paul* : et ce fut aucdit seigneur à crier : « Ah ! je suis à demi mort» », et toute la jeunesse qui estoit près du roy Henri à rire leur saoul, et à faire relever leaict seigneur. Le lendemain, qui estoit le jour qu'on pensoit assurément de venir aux mains, puisqu'on y avoit failli le jour précèdent, et aue les deux armées ne s'en pouvoient desdire, ledict seigneur voyant que c'estoit à bon escient qu'il y falloit faire, commença à crier : « Comment! il n'y aucune rivière, aucun bois, ni aucune montagne entre eux et nous! Cela n'est pas bon*. »
Asseurez-vous qu'il desiroit bien quelque obstacle, ou de montaigne, ou de marets, ou d'une rivière, ou ruisseau, pour se garder de joindre de près; mais il n'y avoit lieu. Que si
1. Ogeî con questa spada io voglio vendicar la morte del padre e del fratello.