‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 3)Chapitre 52 sur 179 · Ahi me I yo son mezzo morto · texte numérisé non relu

Ahi me I yo son mezzo morto

4. Corne! Non c'è nessun fiume, nessum bosco, nessun monte tra noi e loro. Questo non è buono.

102 Rodomontades espaignolles.

l'empereur eust voulu mordre, le champ de Mars ne fut jamais si beau; mais il fuyt le choc par de Dons retranchemens qu'il avoit faict auprès de la ville de Valenciennes; si bien que pour le coup la partie ne fut jouée en gros; si non par légères escarmouches. Ce qui fut un grand contentement audict seigneur qui par advant avoit menacé et crié vengeance, car il ne vouloit venir aux mains nullement, si non de parolles bravasches, dont il s'ayda encor pis que devant. Je tiens ce conte de M. d'Uzais, qui le faisoit le plus plaisamment qu'il estoit possible. Au bout de trois ans ledict seigneur et son frère, et toute sa maison, se retirèrent du party du roy ; et, sans aucun respect d'injure reçue, espouserent et prinrent celuy de 1 empereur.

Le jour de la battaille de CerizoUes, ainsy que le marquis del Gouast recognoissoit nostre armée qui marchoit à luy, il vint dire aux

f^ens de pied espaignols : a Courage, soldats, es Gascons, vos voisins et presque vos frères, sont ici, si je ne me trompe. Que s'ils sont vaincus, nous restons vainqueurs de tous les autres > ; ni plus ni moins que quand un corps est abattu et renversé par terre, tous les autres membres restent sans vigueur* et sans

1 . Le propos manquait à nos recueils de gasconnades, où il mérite une place.

2. Ea, soldados; aqui estan, â mi parecer, los Gascones, vuestros vednos y quasi hermanos : i ellos î Que si son vencidos, somos vencendores de los otros, ni mas ni ménoi quando un cuerpo esta derribado y caido en tierra, todoi los otros miembros quedan sin fiierza y valor.

Rodomontades espaignolles. ioj

force. » Voylà une grande louange pour les Gascons, mettant toute la force de l'armée ce jour-là en eux comme en estant le vray corps, et que quasy un corps ayant esté desfaict et abattu, toutes les autres forces n'avoient que tenir.

Je tiens ce conte de M. de Grillé, brave et gallant gentilhomme provençal qui, pour sa valeur, fut despuis faict du roy seneschal de Beaucayre, et qui estoit capitaine en chef d'une compagnie de gens de pied en ceste battaille, et parloit bon espaignol ; car, ayant esté pris dans Therouanrie, avoit demeuré trois ans prisonnier parmy eux.

Estant à la cour d'Espaigne, au retour de la conqueste de Belys, force gallans hommes, gentilsnommes, capitaines, et autres Espaignols qui y avoient estes, estant venus à ladicte cour pour faire la révérence .au roy, et se faire remarquer et recognoistre pour leur voyage, je vis passer, estant dans une boutique de marcnand, un jeune gentilhomme bizarre, et fort bigarré en ses habillemens, et force plumes en son bonnet de diverses couleurs, monté sur un cheval d'Espagne, beau, avec une housse de velours, en relevant ses moustaches à chaque pas de son cheval; enfin, faisant bien la piaffe, vray piaffeur, homme de main, point autrement. Je vins demander à un capitaine qui estoit dans la boutique, marchant dant avec moy, qui pouvoit estre celuy-là qui faisoit si bonne mine. Il me respondit seulement : « C'est celuy qui prit le Pignon de Belys, où cependant il ne fut jamais. Laissez,

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monsieur, aller' à tous les diables avec ses plumes cet homme qui fait si mal à propos le Drave*. »

J'aymeroisautantd'ungentilhommetolédan, lequel menaçoit tous les jours ^u'il s'en alloit faire un voyage aux Indes, et jamais ne partoit. Un jour, il parut avecques un chapeau tout couvert de plumes, dont il y en eut un qui rencontra' ainsy sur lui : « Il est impossible que ce trait ne parte point présentement, puisqu'il est si bien emplumé^. » Faisant allusion sur un vireton, ou traict d'arballeste, qui part et décoche mieux quand il est bien empenné.

C'estoit lors un grand cas que ceste conquest e de Belys et de son Pignon, qui estoit une naulte roche où il y avoit une forteresse fort mal aisée à monter : et dedans y pouvoit avoir quelques soixante Turcs naturels* ; mais ils s'effrayèrent et 's'en allèrent, n'ayant tenu que trois à quatre jours. L'armée qui estoit devant estoit très belle, de plus de dix mille hommes, et de soixante et dix galleres, où commandoit don Garcie de Tolède, visce-roy de Sicile, car je la vis.

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